L’Écosse envisage un nouveau référendum d’indépendance en cas de Brexit

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, en visite à Bruxelles (2 juin). [James Crisp]

Si l’Écosse est forcée de quitter l’Europe à cause d’une majorité anglaise lors du référendum britannique sur l’adhésion à l’UE, il y aura probablement un autre scrutin sur l’appartenance de l’Écosse au Royaume-Uni, avertit Nicola Sturgeon.

La chef de file du Parti national écossais (SNP) a demandé à ce que l’issue du référendum soit calculée à la double majorité : pour que le Brexit ait lieu, les quatre nations, l’Écosse, l’Irlande du Nord, le pays de Galles et l’Angleterre, devraient toutes valider cette option individuellement.

La popularité du SNP, dirigé par Nicola Sturgeon, a littéralement explosé depuis qu’il a réussi à imposer un référendum sur l’indépendance de l’Écosse l’an passé. Lors des dernières élections législatives, en mai, le SNP a ainsi remporté 56 des 59 sièges parlementaires écossais.

« Si l’Écosse est forcée de quitter l’Europe alors que le vote écossais est contre, cela aura de graves répercussions », a averti la Première ministre écossaise lors d’un discours dans la capitale européenne. « Honnêtement, je pense que la vague de colère […] pourrait entrainer l’organisation d’un nouveau référendum [sur l’indépendance de l’Écosse], probablement inarrêtable. »

La seule façon d’empêcher un tel scénario serait d’organiser un référendum à double majorité. Selon l’Écossaise, un scrutin à la double majorité rendrait bien plus crédibles les promesses faites pendant la campagne contre l’indépendance de l’Écosse que le Royaume-Uni est une « famille de nations ».

Ian Duncan, eurodéputé conservateur écossais, estime pour sa part qu’une double majorité créerait un déficit démocratique, puisque le vote de certains citoyens vaudrait plus.

« En septembre dernier, le peuple écossais a voté pour rester dans le Royaume-Uni, alors qu’il savait très bien que le référendum sur l’Europe aurait probablement lieu », a-t-il souligné.

L’Écosse dans les affaires européennes

Nicola Sturgeon a assuré que son gouvernement [écossais] tenterait d’obtenir une plus grande influence sur les prises de décisions britanniques vis-à-vis de l’UE, dans le cadre des négociations pour une décentralisation maximale promise par Londres à Édimbourg après le référendum sur l’indépendance.

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« Nous voulons avoir une position plus assurée et plus officielle », explique-t-elle. Les sujets qui touchent particulièrement l’Écosse, comme la pêche, par exemple, devraient être la cible principale du gouvernement écossais.

Le SNP voudrait aussi que les ministres du gouvernement écossais soient autorisés à mener des négociations avec les diplomates européens en tant que représentants du Royaume-Uni, si le ministre britannique concerné n’est pas disponible. Dans le passé, il est arrivé que des fonctionnaires mènent les discussions, alors même qu’un ministre écossais était présent, indique Nicola Sturgeon.

« Le gouvernement écossais est devenu obsédé par sa présence au Conseil et a tout à fait oublié le Parlement européen », assure pour sa part Ian Duncan à EURACTIV.

Critiques

La Première ministre écossaise a qualifié d’« injuste, non démocratique et injustifiable » la décision de Londres de ne pas permettre aux Européens résidant en Grande-Bretagne de voter pour le référendum sur le Brexit.

Lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les citoyens européens et du Commonwealth résidant en Écosse avaient pu voter.

Nicola Sturgeon a exprimé son soutien à un certain nombre de réformes de l’UE, et notamment à l’initiative de « mieux légiférer » de la Commission, qui a pour but d’alléger l’appareil législatif européen, mais a averti que ces réformes devaient être négociées prudemment.

David Cameron, le Premier ministre britannique, espère obtenir suffisamment de réformes de Bruxelles avant le référendum sur l’UE. Avant les élections du mois de mai, il avait promis que celui-ci se déroulerait d’ici 2017 s’il était réélu.

>> Lire : Le raz de marée conservateur au Royaume-Uni ravive l’hypothèse du Brexit

« Le Premier ministre a annoncé son intention de négocier des réformes il y a 29 mois, mais nous n’avons encore qu’une idée très vague de ce qu’il souhaite obtenir », rappelle Nicola Sturgeon. Impossible donc de savoir si les Conservateurs et le SNP s’accordent sur les réformes à mettre en place, regrette-t-elle.

La plupart des réformes ne nécessitent pas de modification des traités, assure l’Écossaise, qui indique qu’elle s’oppose à toute modification de la liberté de circulation des citoyens européens.

Quelque 170 000 ressortissants d’autres États membres vivent et travaillent en Écosse et ont considérablement contribué à la société locale, souligne-t-elle, et de nombreux Écossais vivent dans des pays de l’UE.

L’immigration et la liberté de circulation ont été les deux sujets brûlants des élections législatives britanniques, qui se sont déroulées au mois de mai. David Cameron avait pour l’occasion durci son discours en réponse à la menace que représentaient pour les conservateurs les eurosceptiques de UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni.

« Certaines rhétoriques du gouvernement britannique donnent l’impression que l’appartenance à l’UE n’est pas dans l’intérêt du pays à l’heure actuelle, sans réformes », explique Nicola Sturgeon.

Elle craint donc que l’ampleur des réformes obtenues par les Conservateurs ne prenne le pas sur une réflexion plus générale de la valeur et de l’importance de l’UE.

Si le gouvernement britannique souhaite rester dans l’UE, il devrait donner de bonnes raisons aux citoyens de voter pour, plutôt que de se concentrer sur les risques d’une sortie de l’union.

« Sans cela, [les Conservateurs] pourraient bien remporter le vote, mais les problèmes de l’UE ne seront pas résolus », ajoute-t-elle, indiquant qu’il y a ici « des leçons à tirer du référendum sur l’indépendance de l’Écosse ».

« Le SNP a complètement changé d’avis, après avoir fait campagne pour l’UE lors du référendum sur l’indépendance », raille l’eurodéputé Ian Duncan. « Je suis ravi de voir qu’ils acceptent aujourd’hui l’idée que l’Europe doit être réformée et j’attends avec impatience de voir Alex Salmond [ancien chef de file du SNP] faire campagne à nos côtés. »

Droits de l’Homme et crise de l’immigration

Nicola Sturgeon a vivement critiqué le projet de David Cameron d’annuler l’adhésion du Royaume-Uni à la convention européenne des droits de l’Homme et de la remplacer par une « déclaration des droits britannique ».

« Il est impensable qu’une personnalité politique tente de distancer le Royaume-Uni de la convention », s’indigne-t-elle. Les députés du SNP à Westminster s’opposeront résolument à toute tentative de concrétiser ce projet, avertit-elle. « L’engagement de l’Écosse pour l’UE est doublé d’un engagement envers la convention. »

Sous les applaudissements des participants de l’évènement du Centre politique européen auquel elle participait, la Première ministre a également déclaré que l’Écosse reconnaissait son devoir envers les réfugiés.

L’Écosse s’est engagée à accueillir certains demandeurs d’asile dans le cadre du programme de relocalisation avancé par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, suite à la mort de centaines d’immigrants dans la Méditerranée ces dernières semaines.

>> Lire : L’Écosse et l’Irlande du Nord opposées à la suppression de la loi sur les droits de l’Homme

Nicola Sturgeon a néanmoins indiqué qu’elle ne pensait pas que l’Écosse adopterait l’euro de son vivant.

Lors de la campagne du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les défenseurs de l’union nationale ont averti que l’Écosse ne pourrait pas garder la livre britannique si elle devenait un État indépendant. Ils ont également insisté sur le fait que l’Écosse devrait recommencer de zéro le processus d’adhésion à l’UE.

>> Lire : Le Parlement européen pourrait bloquer l’adhésion de l’Écosse à l’UE

« L’euroscepticisme existe en Écosse […] mais le phénomène n’a pas l’ampleur et la virulence qu’il atteint parfois dans le reste du pays. »

Avant Nicola Sturgeon, certains eurodéputés conservateurs en vue avaient déjà averti qu’un Brexit engendrerait un nouveau vote sur l’indépendance de l’Écosse.

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Contexte

David Cameron a remporté une victoire inattendue aux élections législatives britanniques. Sa réélection implique l'organisation d'un référendum sur l'appartenance du pays à l'UE et soulève des questions sur l'avenir de l'Écosse dans le Royaume-Uni.

En cas de victoire de son candidat, le parti conservateur, au pouvoir, a promis l'organisation d'un référendum sur la question d'ici fin 2017, plaçant l'avenir de l'Europe au centre du débat politique.

Le Premier ministre David Cameron a déclaré qu'il ferait campagne en faveur de l'adhésion du Royaume-Uni dans l'UE, mais seulement s'il parvient à négocier des réformes avec l'UE, affirmant que « l'intérêt national de la Grande-Bretagne est mieux servi dans une Union européenne souple et ouverte ».

Le Parti national écossais (SNP) pro-européen a raflé 56 des 59 sièges en jeu en Écosse lors des élections législatives britanniques. Cette victoire écrasante du SNP se produit huit mois seulement après le « oui » des Écossais pour rester dans le Royaume-Uni.

Après l'échec de sa campagne pour le « non », Alex Salmond a démissionné de son poste de dirigeant du SNP et Premier ministre écossais au profit de Nicola Sturgeon.

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