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25/09/2016

L’Europe à l’aube d’une tragédie proche de la Première Guerre mondiale, selon Tusk

Royaume-Uni en Europe

L’Europe à l’aube d’une tragédie proche de la Première Guerre mondiale, selon Tusk

Donald Tusk discute de la crise des réfugiés avec Angela Merkel.

[James Crisp/Flickr]

Donald Tusk, le président du Conseil européen, estime que l’Europe, coincée entre la crise de la migration et la possibilité de voir le Royaume-Uni quitter le bloc, est à l’aube d’une tragédie qu’il compare à la la Première Guerre mondiale.

Donald Tusk a prévu une série de réunions de crise avec Angela Merkel et François Hollande, entre autres, pour parvenir à un accord et garder le Royaume-Uni dans l’UE lors du sommet du 18 février. Donald Tusk a élaboré un accord de compromis avec le Premier ministre britannique, David Cameron, qui exige une réforme de l’UE en contrepartie de sa campagne contre le Brexit.

>> Lire : Bruxelles concède de nouveaux passe-droits au Royaume-Uni

Le président du Conseil a affirmé que le référendum britannique sur l’appartenance à l’UE inspirait des politiciens « égocentriques », et a comparé le paysage politique de l’Europe à celui qui avait précédé le début de la Première Guerre mondiale. Selon lui, la crise des migrants est en train d’affaiblir les liens entre les États membres.

Donald Tusk a rappelé qu’en tant que président du Conseil, ses pouvoirs étaient limités, mais qu’il était temps que les dirigeants européens, qui se rencontreront à Bruxelles la semaine prochaine, commencent à prendre leurs responsabilités. Le sommet du 18 février sera axé sur deux grands enjeux : le Brexit et la crise des réfugiés.

« Je suis tout à fait conscient que la crise de la migration et le débat sur le Brexit reviennent à se demander comment survivre dans notre tradition de démocratie libérale. Comment survivre au radicalisme et à l’extrémisme », a affirmé Donald Tusk devant les responsables locaux du Comité des régions à Bruxelles le 10 février.

« Je ne veux pas faire dans le sensationnalisme, mais vous voyez ce que je veux dire », a-t-il poursuivi. « Nous sommes comme à la veille de la Première Guerre mondiale. C’est vraiment une analogie parfaite, selon moi ».

L’avenir de l’Europe est menacé

Le Brexit ne pose pas uniquement problème pour les relations UE-Royaume-Uni, a expliqué l’ancien premier ministre de Pologne. « Il remet aussi en question l’avenir de l’Europe. Je crains que ce référendum ne devienne un modèle très attrayant pour certaines personnalités politiques qui souhaitent atteindre des objectifs personnels et internes. En réalité, j’en connais déjà certains qui copient ce modèle pour souligner leur indépendance vis-à-vis de Bruxelles. »

Donald Tusk s’en est également pris à l’américain Donald Trump, qui, selon lui, est l’exemple type de l’intolérance grandissante à travers le monde occidental.

D’après lui, la crise des réfugiés représente une arme puissante pour ceux qui veulent voir le Royaume-Uni quitter l’UE lors du prochain référendum. « Je suis sûr que les détails du document ne sont pas aussi importants pour les Britanniques que le climat politique et la crise de la migration, qui forment le pire des contextes pour ce référendum », a-t-il assuré.

« C’est facile de rejeter la faute sur l’UE dans cette crise. Je crains que ce soit l’instrument le plus utile pour les eurosceptiques, qui veulent prouver à quel point l’UE est vulnérable aujourd’hui ».

>>Lire : Marine Le Pen promet de renégocier Schengen et l’euro avec Bruxelles

Selon le président du Conseil, l’espace Schengen est en danger. Renforcer les frontières grâce à une forte coopération avec des partenaires comme la Turquie est essentiel. 

« Je sais que c’est difficile, et je sais que la Turquie n’est pas notre meilleur partenaire sur d’autres points, mais nous faisons avec ce que nous avons », a-t-il affirmé.

« Je suis trop vieux pour être idéaliste. Je suis pragmatique. Je peux organiser des Conseils européens et je peux persuader. Je dois donc utiliser ces compétences du mieux possible », a estimé Donald Tusk devant le Comité des Régions. 

Contexte

Les 18 et 19 février, les discussions du Conseil européen seront axées sur le Brexit et la crise de la migration. Plus de 650 000 des 800 000 réfugiés qui ont atteint les pays de l’UE par la mer cette année sont partis de Turquie. Le pays abrite également plus de deux millions de réfugiés ayant fui la Syrie voisine ou d’autres pays de la région.

Le Premier ministre britannique, David Cameron a promis de renégocier les relations de son pays avec l’Union européenne. La renégociation sera donc suivie d’un référendum d’ici fin 2017, pour décider si, oui ou non, le Royaume-Uni reste dans l’UE.

S’il obtient les réformes souhaitées, David Cameron fera campagne pour rester dans l’UE. Dans le cas contraire, les conservateurs appelleront à une sortie de l’UE. Cette décision aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l’investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

Certains États membres sont prêts à écouter les inquiétudes de David Cameron sur certains sujets comme l’immigration, et à faire de petites concessions pour que la Grande-Bretagne reste dans l’Union.

Néanmoins, les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l’UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l’interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l’UE. 

Prochaines étapes

  • 12 février : Seconde réunion des sherpas sur l’accord proposé par Donald Tusk.
  • 18 février : Sommet européen, les exigences de David Cameron y seront discutées.
  • Juin 2016 : Date à laquelle David Cameron souhaiterait organiser le référendum.
  • Fin 2017 : Date limite choisie par David Cameron pour l’organisation du référendum.
  • Juillet-décembre 2017 : Le Royaume-Uni sera à la présidence tournante du Conseil de l’UE.