L’idée d’un statut spécial du Royaume-Uni en UE fait son chemin en France

The SNP and UKIP may play an important role in changing British priorities after the election. [Shutterstock]

La sénatrice Fabienne Keller a passé à la loupe les liaisons dangereuses qu’entretient Londres avec l’Union européenne. A la veille d’élections législatives marquée par le spectre du « Brexit », la renégociation du statut de l’île semble incontournable.

La place du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne pose question en France, où l’idée même de la construction européenne est souvent considéré comme un acquis chez les politiques. De son côté, la Commission européenne craint que Londres ne veuille renégocier de pans entiers de sa participation à l’UE et le Royaume-Uni, pas vraiment adepte de l’idée d’une Europe fédérale.

« L’idée de construire les États-Unis d’Europe provoque de leur part un sourire amusé, car non seulement ils n’en veulent pas, mais ils pensent que l’idée est une douce utopie » souligne la sénatrice Fabienne Keller, dans un rapport d’information sur la place du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne présenté le 5 mai.

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A l’approche des élections législatives du 7 mai qui devraient ouvrir la porte, quel que soit le résultat, à une renégociation sérieuse de la participation du Royaume-Uni aux différentes politiques européennes, la question du positionnement de Londres face à l’UE est cruciale.

Et les craintes britanniques sont multiples. « Une partie très éclairée de l’opinion, habituée à regarder vers le grand large, est parvenue à imaginer que le pays est limité dans son essor par l’Union européenne » relève le rapport.

Dangereuse zone euro et immigration

Autre phobie, celle de se retrouver « citoyen de seconde zone » au sein de l’UE. « Les Britanniques apparaissent extrêmement inquiets de l’approfondissement de la zone euro » dont ils ne font pas partie », détaille Fabienne Keller. « Ils craignent que cette partie se fasse sans eux ».

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« Le Royaume-Uni appelle de ses vœux qu’à l’avenir, les non-membres de l’Euro zone soient associés aux décisions prises par l’Euro zone afin que le marché intérieur ne soit pas perturbé et que les intérêts des non membres ne soient pas lésés ».

Autre sujet sensible, celui de l’immigration. « Il y a un véritable ressentiment de la part de la population britannique face à l’immigration intra-européenne, notamment des pays de l’Est et Baltes, qu’ils tiennent responsables de l’absence de hausse des salaires même en temps de croissance » reconnait la sénatrice UMP.

Vers un statut spécial ?

Pour autant, l’issue du débat britannique sur l’appartenance à l’Union ne tend pas forcément vers la solution du Brexit.

Mais l’audit du partage des compétences pose « les jalons d’un statut spécial le Royaume-Uni » pointe le rapport, davantage que d’une sortie pure et simple de la construction européenne.

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David Cameroun, qui entretient un discours de plus en plus eurosceptique à mesure du succès dans les sondages du parti antieuropéen Ukip de Nigel Farage, s’est toutefois engagé dans un travail de revue minutieux des différents domaines de collaboration entre l’UE et le Royaume-Uni.

Depuis 2012, près de 32 chapitres couvrant différentes thématiques allant du marché intérieur à l’immigration, en passant par la politique agricole commune (PAC).

Travail d’audit

Un travail d’audit minutieux « que seul le Royaume-Uni parmi les États membres a entrepris » pointe du doigt la sénatrice. Ce travail de revue constitue pour David Cameroun la base d’un argumentaire destiné à renégocier certains chapitres de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, réclamée par le premier ministre depuis des mois.

« Ce travail a permis au Royaume-Uni d’avoir une vision très pragmatique de l’Union européenne, de ses atouts et de ses défauts » explique la sénatrice. Résultat, Londres a identifié un certain nombre de secteurs dans lesquels la répartition des compétences entre Londres et Bruxelles est à revoir :

« Selon l’audit, les domaines où la réforme s’impose sont les suivants : pratique de la subsidiarité et proportionnalité, politique économique et monétaire, libre circulation des personnes, budget européen, politique de cohésion, Pac et fiscalité » détaille le rapport.

L’euroscepticisme « semble une attitude britannique, parfaitement compatible avec l’appartenance à l’Union » conclut la sénatrice.

Contexte

Le Premier ministre, David Cameron, a promis aux Britanniques d’organiser un référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à l’UE s’il remporte les prochaines élections, prévues en 2015.

>> Lire : David Cameron prend le risque d’organiser un référendum sur l’UE

Cette promesse, officialisée dans un discours de janvier 2013, avait à l'époque séduit les Britanniques.

Un sondage d'opinion réalisé le mois suivant a de fait révélé que si le référendum se déroulait sur le champ, 50 % de la population auraient voté pour une sortie de l'Union, alors que seuls 33 % auraient voté contre, et que 17 % se seraient abstenus.

>> Lire : La moitié des Britanniques voteraient pour une sortie de l'UE

Toutefois, un sondage plus récent, publié en 2014, montrait que 56 % de la population soutiendrait l'adhésion à l'UE contre 36 % qui choisirait d'en sortir.

C'est le plus haut niveau de soutien pour l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE depuis 1991 et un véritable tournant par rapport à 2012, lorsque davantage de Britanniques soutenaient une sortie de l'Union.

Prochaines étapes

  • 7 mai : Élections législatives au Royaume-Uni

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