L’Irlande se fait peur avec le Brexit

L'Irlande est très proche économiquement du Royaume-Uni © Shutterstock

L’approche des élections a fait sortir du bois l’Irlande, dont le ministre des Affaires étrangères a déclaré qu’il se battrait bec et ongles pour garder l’UE intacte.

A 2 semaines des législatives britanniques, le gouvernement irlandais a pris l’initiative exceptionnelle de mettre en garde son principal partenaire commercial contre une sortie de l’Union européenne.

Le résultat du scrutin du 7 mai reste incertain, conservateurs et travaillistes se marquant à la culotte. Mais en cas de victoire des premiers, David Cameron a promis d’organiser, d’ici fin 2017, un référendum sur l’appartenance de son pays à l’UE.

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Une promesse qui alarme Dublin, soucieux de préserver le retour de la croissance après une sévère crise économique due à l’éclatement d’une bulle immobilière.

« Garder l’UE intacte, avec le Royaume-Uni en son sein, vaut vraiment la peine de se battre bec et ongles », a déclaré récemment le ministre irlandais des Affaires étrangères Charlie Flanagan, après la publication d’une étude sur l’impact pour son pays d’un « Brexit », contraction de « Britain » et « exit ».

Les inquiétudes se focalisent sur les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Irlande qui s’élèvent à 1 milliard d’euros par semaine actuellement, et les complications qu’entraînerait une sortie britannique du club des 28.

Craintes pour le processus de paix dans le nord de l’Irlande

Dublin a aussi peur de voir les progrès accomplis dans les négociations de paix dans le nord de l’île mis en péril, tout comme la quiétude toute récente de ses relations avec Londres.

Pour l’Irlande, un Brexit « constitue le principal risque géopolitique à l’horizon des douze prochains mois, devant une guerre russe ou l’aggravation de la crise grecque », estime Stephen Kinsella, économiste à l’université de Limerick.

C’est pourquoi, alors qu’il avait choisi de garder le silence lors du référendum écossais sur l’indépendance, l’an dernier, le pays a décidé cette fois de donner de la voix, explique à l’AFP son ambassadeur au Royaume-Uni, Dan Mulhall.

« Dublin s’inquiète. L’Irlande sera le pays le plus affecté par une sortie britannique de l’UE, hormis le Royaume-Uni lui-même, souligne-t-il. Donc, dès que j’en ai l’occasion, je le dis. »

Complicité sur de nombreux dossiers européens

Un « Brexit » mettrait fin à la complicité partagée par les deux pays dans plusieurs dossiers européens, notamment sur le marché libre ou la fiscalité des entreprises, leur permettant d’allier leurs forces. L’Irlande se retrouverait donc esseulée, faisant dire au ministre délégué aux Finances Simon Harris qu’« une Union européenne avec le Royaume-Uni est une Union européenne plus solide mais aussi une meilleure Union européenne pour l’Irlande ».

Cela signerait aussi un nouveau départ dans leurs relations diplomatiques très longtemps empoisonnées.

« L’impact positif que (l’UE) a eu sur l’Irlande du Nord, nos économies et les relations britannico-irlandaises a été plus que fructueux », a estimé le Premier ministre irlandais Enda Kenny, lors d’un discours en mars à Belfast.

La crainte principale est le rétablissement d’une frontière rigide entre la République irlandaise et l’Irlande du Nord.

« Je suis assez vieux pour me rappeler la sombre époque où les contrôles frontaliers étaient de mise sur cette île », déclare le directeur de l’Institut d’études irlando-britannique à l’University College de Dublin, David Farrell.

Une forte dépendance économique

Côté économique, toute modification des tarifs douaniers pourrait affecter quelque 200.000 emplois dans les secteurs d’exportation. Le Royaume-Uni achète 40% de la nourriture et des boissons exportées par l’Irlande et la moitié de ses exportations de boeuf, dont elle est le premier exportateur d’Europe.

Selon une étude de l’Institut pour les affaires européennes et internationales de Dublin, l’instauration de barrières douanières pourrait entraîner un recul de 3,6% des exportations irlandaises vers le Royaume-Uni.

Cependant, l’Irlande pourrait aussi tirer quelques avantages d’un Brexit, en essayant notamment d’attirer les investissements qui auraient autrement été réalisés au Royaume-Uni, selon M. Kinsella.

« Il y aura des effets positifs comme négatifs. A court terme, les négatifs seront bien plus importants » pour l’Irlande, estime toutefois l’économiste.

Contexte

Le Premier ministre, David Cameron, a promis aux Britanniques d’organiser un référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à l’UE s’il remporte les prochaines élections, prévues en 2015.

>> Lire : David Cameron prend le risque d’organiser un référendum sur l’UE

Cette promesse, officialisée dans un discours de janvier 2013, avait à l'époque séduit les Britanniques.

Un sondage d'opinion réalisé le mois suivant a de fait révélé que si le référendum se déroulait sur le champ, 50 % de la population auraient voté pour une sortie de l'Union, alors que seuls 33 % auraient voté contre, et que 17 % se seraient abstenus.

>> Lire : La moitié des Britanniques voteraient pour une sortie de l'UE

Toutefois, un sondage plus récent, publié en 2014, montrait que 56 % de la population soutiendrait l'adhésion à l'UE contre 36 % qui choisirait d'en sortir.

C'est le plus haut niveau de soutien pour l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE depuis 1991 et un véritable tournant par rapport à 2012, lorsque davantage de Britanniques soutenaient une sortie de l'Union.