La Deutsche Bank songe à quitter le Royaume-Uni en cas de Brexit

Siège de la Deutsche Bank à Francfort. [ConstiAB/Flickr]

La première banque privée allemande étudie les conséquences d’un Brexit. Elle envisage, le cas échéant, de rapatrier vers la zone euro ses activités en Grande-Bretagne.

La première banque allemande, dont le siège est à Francfort, a mis sur pied un groupe de travail chargé de « mesurer l’impact potentiel sur ses activités d’une sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne », a fait savoir un porte-parole dans un courriel transmis à l’AFP.

Ce groupe, composé de plusieurs responsables chargés des risques et de la stratégie, va étudier les conséquences d’un tel scénario pour la présence de la banque au Royaume-Uni et l’opportunité pour elle de rapatrier certaines activités au sein de la zone euro, tout particulièrement en Allemagne.

La Deutsche Bank, dont la présence sur le sol britannique remonte à 1873, y emploie près de 9 000 salariés (sur un total de 98 000 dans le monde) répartis sur 16 sites d’activité.

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Brexit plutôt que durcissement de la règlementation financière

« À la différence d’autres banques, notre réflexion est basée sur la possibilité d’un Brexit » et non sur le durcissement de la réglementation financière en Grande-Bretagne, a ajouté ce porte-parole.

Fin avril, HSBC, la plus grande banque d’Europe, avait indiqué envisager un déménagement hors du Royaume-Uni pour échapper à des régulations de plus en plus strictes mais aussi à la hausse des taxes.

Le débat s’est intensifié au Royaume-Uni sur le maintien du pays ou non au sein de l’UE depuis la victoire écrasante du Premier ministre conservateur, David Cameron, aux élections législatives du 7 mai et sa promesse réitérée de tenir un référendum sur la question d’ici à la fin 2017. Il pourrait être tenté de l’avancer à 2016 afin d’abréger l’incertitude, bête noire des marchés.

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La City, défavorable au Brexit

La puissante Association des banquiers britanniques (BBA) a indiqué mardi que certaines banques avaient repoussé à l’après-référendum leurs décisions sur des investissements dans le pays.

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« Une période d’incertitude prolongée sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE et son accès au marché unique pourrait fragiliser les banques internationales qui sont de gros employeurs dans le pays », a mis en garde mardi Anthony Browne, le directeur général de la BBA.

La BBA a d’ailleurs lancé mardi une étude sur la compétitivité du Royaume-Uni pour le secteur financier, confiée à l’ancien banquier et dirigeant de la défunte Autorité des services financiers (FSA) Hector Sants, avec le cabinet Oliver Wyman.

Le président de la banque américaine Goldman Sachs, Gary Cohn, avait plaidé dès le début d’année pour un maintien du Royaume-Uni dans l’UE. « Je pense que la meilleure chose pour nous tous est d’avoir une grande capitale financière mondiale qui reste au Royaume-Uni et un Royaume-Uni faisant partie de l’Europe », avait-il fait valoir sur la BBC.

À ce stade, beaucoup d’experts ne croient pas à l’hypothèse d’un Brexit en raison des enjeux économiques et plus encore financiers pour la Grande-Bretagne. La City se montre dans l’ensemble plutôt favorable à l’appartenance à l’UE, même si beaucoup plaident pour une réforme de ses institutions.

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Contexte

La montée de l'euroscepticisme au Royaume-Uni a fait de l'adhésion à l'Union européenne l'un des sujets brûlants des élections.

Le parti conservateur, qui a remporté les élections du 7 mai, a promis l'organisation d'un référendum sur la question d'ici fin 2017, plaçant l'avenir de l'Europe au centre du débat politique.

Le Premier ministre David Cameron a déclaré qu'il ferait campagne en faveur de l'adhésion du Royaume-Uni dans l'UE, mais seulement s'il parvient à négocier des réformes avec l'UE, affirmant que « l'intérêt national de la Grande-Bretagne est mieux servi dans une Union européenne souple et ouverte ».