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27/09/2016

Les « expats » en état de choc après le Brexit

Royaume-Uni en Europe

Les « expats » en état de choc après le Brexit

La Manche n’était plus vraiment considérée comme une frontière par de nombreux Européens. La sortie du Royaume-Uni pose de sérieux problèmes aux Français vivant outre-Manche comme aux Anglais en France.

Jane Freedman, sociologue anglaise vivant à Paris, s’est réveillée en larmes le 24 juin à l’annonce des résultats du référendum britannique. « C’est horrible ce qui arrive à mon pays. C’est comme si Le Pen gagnait en France, cette campagne nous a profondément divisés, les racistes d’un côté, les pro-Européens de l’autre », confie la Britannique.

Jane a désormais l’intention de demander la nationalité française ainsi que pour ses trois enfants nés au Royaume-Uni. « J’espère que ce ne sera pas trop compliqué, jusqu’à maintenant avec mon passeport européen je n’avais pas besoin de papiers français, maintenant si »,  explique-t-elle.

>>Lire : En direct: Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne

Et elle n’est pas la seule à penser à assurer ses arrières. Car si les ressortissants britanniques installés en France profitaient jusqu’à aujourd’hui de la libre circulation des travailleurs européens, le Brexit risque de changer la donne.

Changer de nationalité ?

Et Jane n’est pas la seule à envisager de changer de nationalité après le Brexit. « Aujourd’hui, je vais demander la nationalité française » explique Louise, « même si j’ai envie de rester britannique ». « Est-ce que je vais pouvoir continuer à vivre ici comme avant ? Je n’en sais rien, on ne sait rien »

Cette enseignante de yoga britannique vit depuis 14 ans en France, ce qui lui a tout juste permis de voter lors du référendum. Après 15 ans de résidence à l’étranger, les Britanniques ne sont en général plus autorisés à voter dans leur pays.

« J’ai voté pour la première fois de ma vie à ce référendum parce que c’était vraiment important. Je suis très énervée par le résultat » explique la jeune femme. « Je ne connais personne dans les Britanniques qui vivent dans un autre pays européen qui a voté en faveur du Brexit » reconnait Louise.

Autour d’elle, seuls ses grands-parents, qui vivent dans le nord de l’Angleterre, une région qui s’est massivement prononcée pour le Brexit, étaient en faveur du Royaume-Uni. « Ils ont été sensibles aux discours sur l’immigration » regrette-t-elle.

Incompréhension

Cette incompréhension de rejet de l’Union européenne est largement partagée chez les expatriés britanniques en France. « Quand j’étais jeune, avant de quitter la Grande-Bretagne, j’ai voté en faveur d’une appartenance à l’UE. Je suis dégouté des résultats de ce référendum. Il s’agit d’un énorme pas en arrière, le résultat d’incompétences politiques navrantes et cela aura probablement des conséquences catastrophiques pour la Grande-Bretagne comme pour l’Europe. Alan, professeur de traduction, citoyen anglais, vit en France depuis 1975.

« Pourquoi avons-nous rejeté tous les experts qui nous ont conseillé le « remain » ? Je suis simplement triste » regrette Nicola. À 25 ans cette jeune Écossaise est arrivée en France il y a deux ans pour ses études et aimerait y trouver un emploi.

Ce qui risque de se compliquer avec le Brexit. « Sur le plan personnel, il sera sûrement moins simple pour moi de rester en France pour travailler. Je suis inquiète… Pour le moment, il ne faut pas de visa ou de titre de séjour, mais ça va probablement changer et il sera peut-être plus difficile de trouver un emploi » explique-t-elle.

Frustration des expatriés

De l’autre côté de la Manche, l’annonce du Brexit sonne aussi comme une véritable remise en question pour les Français qui ont choisi de s’installer en Grande-Bretagne. Parfois même jusqu’à remettre en cause des projets de vie.

« Cela fait des mois que j’ai l’impression de ne plus avoir de voix dans ce pays, et aujourd’hui je suis sans voix » explique Eliette. Cette Française qui s’est installée à Londres il y a quatre ans ne comprend pas le vote britannique. « C’est irresponsable, c’est incompréhensible ».

Aujourd’hui, Eliette travaille au ministère de l’Énergie sur un projet européen. « Là, je me retrouve dans les limbes. J’avais envie de rester encore 4 ou 5 ans dans la fonction publique britannique. Aujourd’hui je remets tout en question. Je ne me sens plus en phase avec ce qu’est en train de devenir ce pays » regrette-t-elle.

>>Lire : L’Europe sous le choc se réveille à 27

La question de l’avenir professionnel des Européens installés en Grande-Bretagne se pose aussi de manière beaucoup plus terre-à-terre. En sortant de l’UE, le statut des travailleurs issus d’autre pays de l’UE pourrait se complexifier.

«  On est tous un peu choqués ce matin. Comme la plupart des Européens qui viennent en Grande-Bretagne, on se sent rejetés » soupire Claire Wilson, une Franco-Britannique qui travaille depuis deux ans dans une maison d’édition à Londres.

« Moi, je n’ai pas de problème, car j’ai la double nationalité, mais j’ai des Européens d’autres pays dans mon équipe. La question de leur avenir ne se pose pas tout de suite, mais elle va se poser » poursuit-elle.

Les jeunes et les Ecossais en colère

Les européens expatriés ne sont pas les seuls de ce côté de la Manche à ne pas avoir vraiment pu s’exprimer pendant le référendum. Les Écossais, qui ont massivement voté pour rester dans l’Union européenne, ressentent aussi une certaine frustration face à la sortie du Royaume-Uni.

« Je me suis levée à 6h30, j’ai vu les résultats, et je n’en revenais pas. Nous pensions vraiment que le camp du Remain allait l’emporter. Dans mon entourage, je ne connais qu’une personne qui a voté pour sortir de l’UE. Je suis extrêmement choquée et déçue » explique Denise McKee, écossaise et professeur de langues.

Cette professeure de français et d’espagnol craint d’ailleurs les répercussions sur l’avenir de l’Écosse. «  En 2014, j’ai voté pour que l’Écosse reste dans le Royaume-Uni et mon mari a voté contre. Normalement, ce référendum doit avoir lieu une fois par génération, mais je pense qu’avec le Brexit, un nouveau référendum sera organisé beaucoup plus rapidement.

Autre électorat frustré, les jeunes, qui ont massivement voté en faveur du « remain ». Les 18-25 ans se sont prononcés à   64% pour rester dans l’UE, tandis que les plus de 65 ans étaient 58% en faveur d’un Brexit.

Ceux qui ont voté Leave n’ont eu aucune vision réfléchie et à long terme, alors que pour les générations futures, il est important que le Royaume-Uni soit dans l’EU, que nous ne soyons pas isolés, que nous travaillons ensemble et de façon unie », reconnait  Denise McKee.

>>Lire : Avenir incertain pour l’Écosse, l’Irlande du Nord et Gibraltar

« Il y a un peu de colère aussi, parce que beaucoup de jeunes ont voté pour rester dans l’UE, et que c’est la génération des parents qui a tout eu sur le plan économique qui ont choisi de sortir »  explique Claire Wilson.

Pour le compositeur britannique Dave Maric, qui habite également  à Londres, le salut pourrait venir du renouvellement des générations. « Dans tous les cas, les statistiques montrent que plus les électeurs étaient âgés, plus ils étaient favorables au Brexit – et donc à l’isolationnisme. Bientôt, ces personnes-là mourront, et le monde pourra enfin changer » ironise-t-il.