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24/02/2017

Le Brexit dur séduit des Européens sans concessions

Royaume-Uni en Europe

Le Brexit dur séduit des Européens sans concessions

La question du Brexit doit pousser à la redéfinition des objectifs européens, selon le centre droit

[Anna&Michal/Flickr]

La question de l’avenir des Britanniques au sein de l’Europe et de l’Europe sans les Britanniques divise  les citoyens, les responsables politiques et les think tanks. Mais l’option de la fermeté semble davantage séduire.

Que faire du Royaume-Uni après sa sortie de l’Union européenne ? La question de l’avenir des relations avec Londres agite les politiciens des deux côtés de la Manche, mais aussi les citoyens qui semblent pencher pour une séparation sans concessions.

« Nous assistons aujourd’hui en Europe à une crise de copropriétaires : les Britanniques déménagent, les autres vont rester. Cela peut être terrible si on ne se parle plus et qu’on ne veut plus payer les charges communes », prévient Yves Bertoncini, directeur de l’Institut Jacques Delors, à l’occasion d’une audition à l’Assemblée nationale.

Les parlementaires français ont mis en place une mission d’information sur le Brexit, qui planche sur les conséquences à venir de la sortie du Royaume-Uni.

Pas de séparation à l’amiable

En choisissant de voter en faveur du Brexit en juin dernier, les Britanniques ont déclenché un processus sans précédent de la sortie d’un État membre. Une situation qui interroge les Européens sur leurs projets d’avenir communs sans les Britanniques, mais aussi sur les futures relations que l’UE devra tisser avec Londres et les pays du voisinage de l’UE.

Pour l’heure, alors que le gouvernement de Theresa May doit déclencher l’article 50 en mars 2017,  les Européens semblent pencher pour une attitude peu flexible face aux Britanniques.

Selon les résultats d’un sondage réalisé par l’institut IFOP pour la Fondation Robert Schuman dans 5 pays européens (France, Allemagne, Espagne, Italie et Pologne), les   Allemands et Français sont pour moitié (49 %) prêts à souhaiter que Bruxelles ne fasse « aucune concession » aux Britanniques.

Les personnes interrogées recommandent notamment que Londres se voie retirer « tous les avantages économiques et commerciaux associés » à l’UE. Les Espagnols et les Italiens sont respectivement 46% et 41% à être sur la même ligne, tandis que les Polonais se montrent plus cléments avec 26% de partisans d’une ligne « dure ».

Malgré cette ligne dure majoritaire parmi les cinq pays européens, les positions ont évolué entre la première vague de sondage en juillet, dans la foulée du Brexit, et la seconde, réalisée en octobre, une fois l’émotion retombée.

Entre juillet et octobre, le nombre de partisans d’une ligne dure a diminué dans l’ensemble des pays : en France (-4 points), en Espagne (-5 points) en Italie et en Allemagne (-6 points) et en Pologne (-1 point).

Les États membres en question

La question de la signification du Brexit ne fait pas non plus consensus. Pour certains, le sens du Brexit n’est pas seulement à mettre au compte d’une crise des valeurs européennes, mais aussi de la situation particulière de la Grande-Bretagne au sein de l’UE et plus largement du rôle des États membres dans l’Union.

« Il ne faut pas refonder l’Europe, mais l’adapter », a déclaré Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. Selon  lui, « plus que des États malades de l’Europe, c’est aujourd’hui peut-être plus l’Europe qui est malade de ses États membres, qui doivent être plus actifs et plus impliqués dans l’UE […]Les États membres doivent pleinement utiliser leurs compétences ».

Pour Jean-Pisany Ferry, commissaire général de France Stratégie, c’est également cette répartition des compétences entre l’UE et les capitales qui plombe le projet européen.

« Toute la problématique des perdants de la mondialisation est à la charge des États membres et l’UE est relativement absente », affirme Jean-Pisany Ferry.  « Elle est inexistante dans le débat sur les inégalités quand elle n’est pas indifférente au résultat de ses propres politiques, voir elle entrave parfois les politiques nationales qui pourraient aider à compenser des effets de ses politiques  » poursuit-il.

La répartition des rôles a très bien fonctionné jusqu’ici, « parce qu’elle préservait l’autonomie des États en matière de politique sociale » poursuit le spécialiste,  « mais aujourd’hui elle bute, car cela donne l’impression que l’UE est du mauvais côté du débat sur les inégalités ».

Élargissement ou voisinage ?

Outre la question des rôles, le Brexit a également ouvert une brèche dans le projet commun. « L’Union Européenne doit évidemment savoir où elle veut aller dans les prochaines années, c’est un passage obligé pour animer la négociation avec le Royaume-Uni » explique Marcel Grignard, président de Confrontation Europe.

Parmi les politiques européennes directement concernées par la Brexit, figure la question de l’élargissement et des relations avec les pays voisins.

>>Lire : Un accord de libre-échange approfondi pour répondre au Brexit

« Désormais, on peut dire que la politique d’élargissement est stoppée, que la politique de concurrence est de plus en plus critiquée et qu’il faut peut-être la repenser » affirme Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman.

« Mais le Brexit présente aussi l’opportunité de réfléchir à la manière dont l’UE organise les relations avec son voisinage dans un contexte où les perspectives de l’élargissement sont quasiment inexistantes »,  veut croire Jean-Pisany Ferry, pointant du doigt l’importance de trouver une solution au problème des relations avec la Turquie ainsi qu’avec un certain nombre « de pays qui n’ont pas vocation à rentrer dans l’Union, mais qui ont vocation à avoir des relations étroites avec elle, tels que l’Ukraine, ou les pays du pourtour méditerranéen.