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06/12/2016

Le Brexit durera « des années et des années » selon Van Rompuy

Royaume-Uni en Europe

Le Brexit durera « des années et des années » selon Van Rompuy

Herman Van Rompuy [President of the European Council/Flickr]

Pas de panique, le Royaume-uni ne faisait déjà plus partie de l’UE. C’est en substance, ce que plusieurs ministres des Affaires étrangères de l’UE ainsi que l’ex président du Conseil européen Herman Van Rompuy ont évoqué lors d’une table ronde à Paris.

Le thème du Brexit s’est naturellement imposé lors de la journée Europe de la semaine des ambassadeurs de France, à Paris, même si les diplomates se sont attachés à minimiser l’impact de la sortie de Londres de l’UE.

« L’Europe traverse un moment d’introspection, cela peut être utile si nous savons retrouver une cohésion renouvelée » a prudemment remarqué le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. L’ex-maire de Nantes a évoqué la mémoire de Winston Churchill, et cité son discours de Zurich dans lequel il appelait à créer des États-Unis d’Europe.  «Mais dans l’idée de Churchill, qui est parfois mal comprise, les États Unis d’Europe n’incluaient pas le Royaume –Uni ! » a rappelé le ministre.

Un Royaume-Uni devenu inactif sur la politique étrangère de l’UE

L’ex-président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, est allé encore plus loin en stigmatisant le rôle centripète que le Royaume-Uni avait adopté depuis plusieurs années.

« Le Brexit, c’est une amputation politique. Mais le Royaume-Uni n’était pas membre à part entière de l’Union européenne ! » a-t-il estimé, rappelant les nombreux « opt- out » dont bénéficient le pays. « Et même en matière de politique étrangère le pays n’était plus actif » a-t-il souligné, rappelant les accords de Minsk qui avaient réuni France, Allemagne, Ukraine et Russie, mais sans le représentant du Royaume-Uni.

Selon l’homme politique belge, le Brexit ne doit pas être analysé comme un phénomène européen, mais un cas spécifique, qui tient à des éléments nationaux surtout, et dans le cadre desquels l’Europe est un bouc émissaire.

« Les négociations dureront des années et des années » a-t-il prévenu, tout en alertant sur le fait que la question britannique ne doit pas accaparer l’Union européenne, notamment parce que les citoyens européens ont d’autres préoccupations. «Et ce n’est pas avec un nouveau baratin » (new narrative) qu’on convaincra les citoyens, ça, c’est quand on a pas d’idées ; ce qu’il faut, ce sont des résultats » a-t-il demandé, visant à mots semi-couverts la Commission actuelle.

Le Brexit au menu de Bratislava

L’ex numéro un européen a aussi minimisé l’impact du Brexit, en déclarant que le risque d’implosion de l’UE ne venait pas du Royaume-Uni, mais plutôt de l’instabilité politique d’un des grands pays de le la zone euro, faisant implicitement référence aux situations politiques délicates de l’Italie, de l’Espagne et potentiellement de la France en 2017 .

Le ministre des Affaires étrangères slovaque, Miroslav Lajcak, dont le pays est la tête de la présidence tournante de l’UE jusqu’en décembre, a de son côté déroulé l’agenda de la rencontre de Bratislava, le 16 septembre, en affirmant qu’ils discuteraient de Brexit, en plus des autres sujets : économie, sécurité et efficacité de l’action européenne.

Enfin Pierre Moscovici a préféré avoir une approche mathématique du Brexit. « Le Brexit, c’est une étape où pour la première fois l’Union européenne va devoir se construire avec une soustraction » a remarqué le commissaire, tout en rappelant que l’UE avait déjà résisté à une soustraction : celle de son budget. Sur la période 2014 – 2019, et ce pour la première fois, alors que les enjeux européens sont de plus en plus nombreux, les États membres ont réduit la capacité budgétaire de l’UE.

Alerte à l’euroscepticisme rampant

Le commissaire a par ailleurs alerté du risque de délitement non pas à la marge de l’UE, avec le Brexit, mais en son cœur, et notamment dans les rangs de la classe politique.  « D’anciens ministres, appartenant à des partis de gouvernement, de gauche comme de droite, appellent à supprimer la Commission européenne, ou à en faire un secrétariat du Conseil, c’est inacceptable » a déclaré le commissaire.

Il faisait référence notamment à Laurent Wauquiez, ex-secrétaire d’État aux affaires européennes devenu très agressif envers l’Europe, et qui avait demandé au lendemain du Brexit la suppression de la Commission, et à Arnaud Montebourg, candidat à la présidentielle pour 2017, qui a régulièrement des mots très durs envers les eurocrates.