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02/12/2016

Le Brexit menace les accords du Touquet

Royaume-Uni en Europe

Le Brexit menace les accords du Touquet

Grâce à l'accord du Touquet, la frontière britannique se situe côté français, à Calais.

@lumokajlinioj/shutterstock

L’accord bilatéral concernant la gestion de la frontière franco-britannique pourrait être une des premières victimes du Brexit.

En sortant de l’Union européenne, le Royaume-Uni pourrait bien se retrouver isolé face au problème de surveillance de ses frontières avec la France, alors que l’immigration a constitué un des principaux angles d’attaque de pro-Brexit pendant la campagne.

Après le vote britannique du 23 juin, plusieurs personnalités politiques françaises ont appelé à réviser – voire à annuler – les accords du Touquet, qui ont positionné la frontière franco-britannique du côté de la France.

Révision des accords

Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France (ex Pas-de-Calais) a demandé au gouvernement britannique ce vendredi la renégociation de ces accords.

L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy avait estimé qu’en cas de sortie du Royaume-Uni, la France n’aurait plus à assurer le contrôle des frontières à la place des Britanniques, ce qui est le cas aujourd’hui.

De son côté, l’eurodéputée écologiste, Karima Delli, est  même allée plus loin en demandant l’annulation pure et simple de ces accords.

« Il est avant tout indispensable que les Accords du Touquet soient purement et simplement renvoyés aux oubliettes. Cet accord […] entame le droit de circulation des personnes, principe fondamental de l’Union » a-t-elle souligné dans un communiqué.  « Le Royaume-Uni dehors, alors cet accord scandaleux doit être oublié. » a-t-elle poursuivi.

>>Lire : La crise des migrants de Calais plane sur le sommet franco-britannique

La question des accords du Touquet avait déjà été soulevée en amont du référendum britannique par le  ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui avait mis en garde le Royaume-Uni sur les conséquences d’un Brexit sur cet accord bilatéral.  « La France ne retiendrait plus les migrants à Calais » avait-il averti.

Pour l’élue LR Françoise Grossetête, la France doit aussi arrêter de gérer l’afflux des réfugiés pour le Royaume-Uni. «Il faut montrer de la fermeté au Royaume-Uni désormais. C’était un mauvais accord, il a été mal négocié, il faut maintenant que les Britanniques reprennent la gestion leur frontière».

Accords bilatéraux en péril

Ces accords, signés le 4 février 2003 entre les deux pays devaient concrétiser la fermeture de centre d’hébergement de Sangatte, démantelé en 2002 sous Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.

>>Lire : Calais, le cul-de-sac migratoire de l’Europe

Pour réguler les flux migratoires vers le Royaume-Uni, les accords du Touquet prévoient que le contrôle effectif des frontières, notamment du fret, se fasse du côté français. Ils autorisent également les agents des deux pays à effectuer des contrôles d’un côté et l’autre de la manche.

Enfin, les règles en matière de traitement des demandes d’asile laissent souvent reposer sur la France la prise en charge administrative. En cas de refus d’une demande, es demandeurs déboutés sont en plus censés être renvoyés à Calais.

>>Lire : À Calais, l’UE peine à concilier valeurs européennes et barrières de barbelés

Ce cadre juridique a eu pour effet un certain glissement des frontières, exacerbé par le nombre de candidats au départ vers le Royaume-Uni en partant de France,  beaucoup plus nombreux que l’inverse.

Crise des frontières

Pour l’eurodéputé centriste Dominique Riquet, les accords du Touquet sont en grande partie responsable des problèmes de Calais, où  4500 migrants s’entassent de dans le camp de la Lande surnommé « la Jungle », dans l’espoir de rejoindre la Grande-Bretagne, selon les dernières estimations de la préfecture.

« Maintenant qu’on n’en a vu les effets [des accords du Touquet], on devrait les dénoncer et mettre en jeu le préavis de deux ans pour leur retransférer la garde de leur frontière. A partir du moment où les migrants pourront traverser la Manche et déposer leur demande d’asile sur le sol britannique, les Anglais ne pourront pas les refouler. Ils seront obligés d’instruire les demandes. Le problème de Calais serait résolu par le Brexit » a-t-il poursuivi dans une interview à la Voix du Nord en mars.

La renégociation des accords n’est pourtant pas garantie. « On sait que le président de la République ne reviendra pas sur les accords du Touquet parce qu’il ne veut pas indisposer les Anglais » a-t-il souligné.