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25/09/2016

Le Brexit plonge le Parlement européen dans le brouillard

Royaume-Uni en Europe

Le Brexit plonge le Parlement européen dans le brouillard

Farage_UKIP_Parliament_CREDIT[European Parliament]

Au Parlement européen, l’incertitude créée par le referendum britannique divise les eurodéputés sur le sort réservé à leurs collègues britanniques. Seul Nigel Farage fait l’unanimité contre lui.

Que faire des eurodéputés britanniques ? La question agite le Parlement européen, qui avance en ordre dispersé sur la question.

Dans la foulée du référendum britannique, le Parlement avait adopté une position stricte sur les conditions de sortie du Royaume-Uni. Mais le report à septembre de la mise en œuvre du Brexit par le Royaume-Uni a laissé les élus face à une certaine incertitude : sortira ou sortira pas ?  Et en attendant, que faire des eurodéputés britanniques ?

Depuis le 23 juin, le discours officiel des responsables européens n’a pas varié. « Il n’y a pas d’autres solution que l’activation de l’article 50 » a martelé Manfred Weber.  « L’UE est prête dès aujourd’hui à procéder à un divorce avec l’UE. Mais nous ne pouvons pas forcer le Royaume-Uni à prendre cette décision » a rappelé le président du Conseil européen, Donlald Tusk, lors d’un débat dans l’hémicycle.

>>Lire : Le Parlement prévoit une session extraordinaire en cas de Brexit

Un certain agacement pointe parmi les élus pro-européens face à l’attentisme britannique.  « Si l’on veut que les négociations avec les britanniques soient rapides, on ne peut pas attendre que les conservateurs aient choisi un nouveau premier ministre ! » s’est énervé le leader du groupe libéral, Guy Verhofstadt.

>> Lire : Les conservateurs britanniques prévoient des élections en novembre

Inaction britannique et européenne

Pourtant, de son côté, le Parlement européen est loin d’avoir réglé la question de l’avenir des députés britanniques. Le sujet déchire déjà les différentes familles politiques. Les uns souhaitent une mise à pied immédiate des élus, les autres militent pour le statu quo.

Problème, aucun texte européen ne règle véritablement le sort des élus britanniques, et personne au Parlement ne semble prêt à prendre une position politique. Le sujet a d’ailleurs été renvoyé à septembre à l’ordre du jour de la conférence des présidents, et le président de l’institution, Martin Schulz s’est bien gardé de prendre position sur le sujet.

Manfred Weber, le chef de file du principal groupe au Parlement a soutenu que les eurodéputés britanniques « avaient tous leurs droits au sein du Parlement ». Mais les François voient ca d’un autre oeil.

>>Lire : Les institutions européennes se préparent au Brexit

« Pouvons-nous accepter qu’une loi européenne, qui ne s’appliquera pas au pays qui nous quitte, soit adoptée par une majorité obtenue grâce aux représentants de ce pays, contre une minorité de pays à qui la loi s’appliquera ? » a questionné le président de la délégation française du PPE au Parlement, Alain Lamassoure.

Pour d’autres, la question de l’avenir des parlementaires britanniques semble indissociable de leur position dans la campagne. « Les parlementaires britanniques sont membres à part entière tant que la procédure de l’article 50 n’est pas achevée. Mais cela n’empêche pas de mettre la pression sur certains, comme Nigel Farage » explique une source française.

Autre proposition pour régler le sort des élus d’outre-manche, leur demander de voter systématiquement en accord avec leur groupe politique, afin que cela ne change pas  l’équilibre des votes. Ou alors de ne pas voter du tout.

« Mais personne n’est d’accord sur cette question, ni au sein du Parlement, ni au sein des groupes politiques, ni même parfois au sein des délégations nationales » reconnait un eurodéputé.

« Je pense que le Parlement va avoir besoin d’encore un peu de temps pour tirer les conséquences de ce qui s’est passé » reconnait Rebecca Harms, la coprésidente du groupe de Verts.

« Tout le monde est assommé par le souffle du Brexit, résultat tout le monde attend » s’agace Alain Lamassoure. D’autres commencent à douter d’un Brexit. « Je ne suis pas certain aujourd’hui que le Royaume-Uni va sortir de l’UE. Mais s’ils ne le font pas, ce serait l’enterrement du projet européen » prévient le député vert José Bové.

De l’impossibilité du Brexit

Eviter le Brexit, « c’est juridiquement possible, mais politiquement incorrect » résume l’eurodéputé socialiste français, Jean-Paul Denanot.

« Moi c’est le Brexin qui me plaisait, mais je vois mal comment changer ce vote. Nous ne sommes pas là pour changer les résultats du vote britannique mais s’ils se rendent compte qu’ils ont fait une ‘grosse connerie’, alors qu’ils le reconnaissent » philosophe le chef de file des socialistes, l’italien Gianni Pitella. « Il n’y a rien de pire que de persister dans un mauvais choix ».

>>Lire : L’UE compte mener la vie dure au Royaume-Uni en cas de Brexit

Les élus de Grande-Bretagne sont également dans le brouillard. « Les britanniques doivent maintenant décider de leur réaction au référendum » a affirmé Syed Kamall, le leader des conservateurs britanniques au Parlement, partisan du Brexit pendant la campagne.

« Les anglais ont voté, on ne peut pas remettre en cause une nouvelle fois un vote populaire sous prétexte que ça déplait à certains » s’est agacé l’eurodéputé Vert Yannick Jadot. « Si l’on devait faire un deuxième référendum  au Royaume-Uni, ce serait sur un projet européen ambitieux ».

La pro-Brexit cloués au pilori

Finalement, seul le sort de Nigel Farage, le président de l’UKIP et leader du groupe anti-européen EFDD au Parlement européen semble mettre tout le monde d’accord.

Le leader populiste, une des principale figure de la campagne pour le Brexit, a annoncé son intention de démissionner de son mandat de président de UKIP. Mais compte poursuivre son mandat au Parlement européen jusqu’à son terme, soit en 2018.

« Je suis surpris que Nigel Farage démissionne de l’UKIP mais reste président de son groupe politique au Parlement européen » a relevé le président du groupe PPE, Manfred Weber.

« Nigel Farage veut avoir plus de temps pour lui-même, pour dépenser son salaire européen », a pour sa part dénoncé Guy Verhofstadt.

>>Lire : Juncker dit au revoir à un Farage fanfaron au Parlement européen

Absent de l’hémicycle européen pendant toute la session, le leader britannique s’est néanmoins fendu d’une conférence de presse le 6 juillet. « Je vais finir mon mandat ici au Parlement européen car je veux être libre de mes commentaires lorsque l’article 50 sera activé » a-t-il affirmé.

Si le chef de file de l’UKIP a démissionné de sa fonction au sein du parti Ukip, dans la foulée du Brexit, il demeure président du groupe politique de l’EFDD au Parlement européen, et touche toujours son salaire de député européen. C’est surtout ce point qui irrite : des eurodéputés de tout bord réclament son départ.