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30/09/2016

Le gouvernement français affirme que la frontière à Calais restera « fermée »

Royaume-Uni en Europe

Le gouvernement français affirme que la frontière à Calais restera « fermée »

Plus de 6000 migrants peuplent la Jungle de Calais en attendant de pouvoir passer au Royaume-Uni.

@ lumokajlinioj/shutterstock

Le gouvernement français oppose une fin de non-recevoir à ceux qui veulent revoir, à la faveur du Brexit, les règles visant à contenir l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni.

« Remettre en cause l’accord du Touquet au prétexte que le Royaume-Uni a voté le Brexit et va donc engager des négociations pour sortir de l’Union européenne n’a pas de sens », a déclaré François Hollande à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles.

La renégociation de l’accord du Touquet, conclu en 2003, est réclamée notamment par deux ténors de l’opposition de droite, Alain Juppé, candidat à la primaire pour la présidentielle de 2017, et Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France qui estime lui que « faire comme si le vote sur le Brexit n’avait aucune conséquence n’a pas de sens ».

« Ceux qui, aujourd’hui, demandent sa suppression sont ceux-là même qui l’ont conclu », a relevé le chef de l’État.

>> Lire : Le Brexit menace les accords du Touquet

François Hollande a promis d’évoquer dès vendredi, avec le Premier ministre britannique démissionnaire David Cameron, « tout ce qui peut encore être amélioré », notamment pour « éviter qu’il y ait un certain nombre de camps qui ne sont pas dignes » de la France.

Près de 4 500 migrants selon les autorités — plus de 6 000 d’après des associations — peuplent la « Jungle » de Calais, le camp le plus important du nord de la France, dans l’espoir de rejoindre la Grande-Bretagne.

L’accord du Touquet permet de placer la frontière franco-britannique à Calais, et ainsi d’entraver l’immigration clandestine au Royaume-Uni.

« Bras de fer »

« La frontière à Calais est fermée et a vocation à le demeurer », a martelé pour sa part le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Une sortie du Royaume-Uni de l’UE « n’entraîne aucune modification de la frontière entre les deux pays », a-t-il assuré après une rencontre à son ministère avec des élus du Calaisis qui lui ont pourtant demandé d’engager un « bras de fer » avec Londres.

Remettre en cause l’accord enverrait « un mauvais signal » aux passeurs et aux migrants, a-t-il estimé, mettant en garde contre les risques d’une ouverture de la frontière : « intensification de la traite des êtres humains » par des passeurs « relégitimés », ce qui provoquerait « un afflux supplémentaire de migrants à Calais », « recrudescence des risques d’accident mortel » lors des tentatives de passage et « saturation » du travail des forces de l’ordre.

>> Lire : Calais, le cul-de-sac migratoire de l’Europe

De plus, l’accord du Touquet prévoit un préavis de deux ans en cas de dénonciation : cela créerait une « période d’incertitude » et sans doute « une situation d’extrême confusion ». « Les conséquences en termes d’attractivité économique de la région seraient à n’en pas douter négatives », a-t-il estimé.

« On n’en peut plus », « je demande qu’on renégocie les accords du Touquet », a dit la maire de Calais Natacha Bouchart à l’issue de la rencontre, « on veut un bras de fer avec le nouveau gouvernement britannique pour clarifier » la situation.

Pour elle, qui réclame l’installation d’un camp de migrants sur le sol britannique, « il faut un plan pour organiser le démantèlement en priorité » de la zone nord de la « Jungle ».

Xavier Bertrand, qui demande aux Britanniques de « reprendre la gestion de la frontière » pour « obtenir une résolution définitive », a aussi évoqué une « réunion de travail » prévue « dans quelques jours » place Beauvau pour voir dans quelles conditions un tel démantèlement serait possible.