EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/09/2016

Le grand flou des sondages britanniques

Royaume-Uni en Europe

Le grand flou des sondages britanniques

Flou total sur les intentions de vote.

[Jeff Djevdet/Flickr]

Maintien dans l’UE ou Brexit, les sondages ne parviennent pas à s’accorder.

Certains prédisent un Brexit inéluctable. D’autres assurent du maintien du Royaume-Uni dans l’UE. À quatre mois du référendum, force est de constater que les sondages peinent à s’accorder sur ce que pense réellement le peuple britannique.

Pas une semaine ne se passe sans son lot d’enquêtes d’opinion. Et elles varient, selon les sensibilités, du très alarmant au parfaitement rassurant.

La dissonance est telle qu’elle pose une nouvelle fois la question de la fiabilité des instituts de sondages britanniques, qui auraient pourtant intérêt à viser juste, après avoir complètement manqué le coche lors des élections de l’an dernier, remporté par les Conservateurs, à leur grande surprise.

La palme du sondage le plus exotique revient au Daily Express, le plus europhobe des tabloïds, qui a titré le 5 février : « 92% des Britanniques veulent quitter l’UE! » après un sondage réalisé… auprès de ses propres lecteurs. Si les instituts sérieux n’arrivent pas à ces résultats extrêmes, leurs prévisions font toutefois le grand écart.

Des sondages plus contradictoires que jamais

Le 4 février, l’institut YouGov a ainsi donné le camp du non à l’UE vainqueur à 45 % contre 36 %. Moins de deux semaines plus tard, Ipsos-MORI a accordé une avance sans équivoque aux partisans du maintien, à 54 % contre 36 %.

Ce mercredi, quelques jours après l’accord arraché par le Premier ministre David Cameron à ses partenaires européens, YouGov met les deux camps dos à dos (37 % pour rester, 38 % pour partir et 25 % d’indécis). Mais ComRes continue à donner douze points d’avance aux pro-UE.

« C’est assez déroutant », concède Adam Drummond de l’institut Opinium. Alors qui croire? Professeur à l’Université du Kent, Matthew Goodwin conseille de se référer aux sites spécialisés qui proposent une moyenne des derniers sondages. Selon whatukthinks, 55 % des Britanniques veulent rester et 45 % partir.

« La vérité se situe sans doute au milieu des deux extrêmes », abonde Adam Drummond. En attendant, il n’a « pas souvenir » de sondages aussi contradictoires.

Méthodes et psychologie

« Les instituts qui mènent les sondages par téléphone, comme ComRes ou Ipsos-MORI, donnent tous une avance de 15 points aux partisans de l’UE. Les sondeurs qui font leurs enquêtes en ligne, comme YouGov ou ICM, montrent, eux, que les deux camps sont au coude-à-coude voire accordent une légère avance aux partisans d’un Brexit », souligne Adam Drummond.

La méthodologie semble donc jouer un rôle décisif mais les spécialistes peinent à expliquer pourquoi. « En fait, on a du mal à comprendre ce qui se passe », avoue John Curtice, pourtant considéré comme le plus grand expert britannique des sondages.

Tout en soulignant qu’il n’y a pas d’explication convaincante, Matthew Goodwin tente la piste psychologique : « les citoyens interrogés au téléphone sont davantage enclins à opter pour la réponse qu’ils pensent socialement la mieux acceptée, dans ce cas précis le maintien dans l’UE ».

Ce réflexe a déjà été identifié par le passé dans le cadre des élections où certains électeurs ont dit qu’ils allaient voter travailliste avant de virer conservateur.

« Face à un interlocuteur direct, il est plus difficile de dire qu’on n’a pas d’opinion », ajoute Anthony Wells de l’institut YouGov pour expliquer l’énorme écart d’indécis selon que le sondage a été effectué en ligne (environ 20%) ou au téléphone (environ 10%).

Message d’espoir pour les partisans d’un maintien dans l’UE, les analystes estiment, à l’image d’Adam Drummond, que « la majorité des indécis dans ce type de scrutin ont tendance à opter au final pour le statu quo ». Mais tout cela reste fragile, prévient-il, rappelant qu’aux élections législatives de 2015, les deux méthodes avaient échoué sur toute la ligne.

« On s’est tous plantés en beauté l’an dernier », ajoute-t-il. « L’avantage des gros écarts actuels, s’ils se confirment, c’est que cette fois, il y en a au moins quelques-uns qui auront eu raison. »