Le raz de marée conservateur au Royaume-Uni ravive l’hypothèse du Brexit

Laut Cameron ist das "Übel der Korruption" mit den dringendsten Problemen der Welt eng verknüpft. [brett jordan/flickr]

David Cameron est en passe de remporter une victoire écrasante et inattendue aux élections législatives. L’organisation d’un référendum sur l’appartenance du pays à l’UE semble incontournable.

Les sondages prévoyaient que les deux partis principaux, les conservateurs et les travaillistes, seraient au coude à coude, ce qui aurait mis le parti de centre-gauche dans une position de force lors des négociations pour la formation d’un gouvernement de coalition. Les urnes les ont pourtant démentis : le gouvernement sortant crée la surprise avec une victoire écrasante.

David Cameron a promis d’organiser un référendum sur le Brexit d’ici la fin de l’année 2017 s’il est réélu au 10 Downing Street. « Nous devons organiser ce référendum », a-t-il encore déclaré ce vendredi.

Les conservateurs semblent bien partis pour rester le parti le plus important du pays. Ils ont même remporté 20 sièges en plus que lors de leur victoire en 2010. Avant les résultats, les sondages estimaient que les « Tories » remporteraient 316 sièges et les travaillistes 239. Vu les chiffres actuels, le parti du Premier ministre pourrait même former un gouvernement sans devoir s’allier à un autre parti et former une coalition.

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Le parti nationaliste écossais (SND), pro-UE, a pour l’instant remporté une victoire irrésistible en Écosse, récoltant 56 des 59 sièges.

Le Parti travailliste a quant à lui remporté 25 sièges de moins que lors des élections précédentes, un résultat décevant qui soulève la question de la crédibilité et de l’avenir de son chef de file, Ed Miliband. Il pourrait d’ailleurs démissionner avant minuit.

« Cette nuit a été très difficile et décevante pour le parti travailliste », a-t-il déclaré au matin du 8 mai. « Le nationalisme écossais nous a submergé. » Ed Miliband conserve son siège à Doncaster, dans le Yorkshire.

Douglas Alexander, le ministre fantôme des Affaires étrangères, qui a dirigé la campagne des travaillistes, a quant à lui perdu sa circonscription écossaise, remportée par un candidat du SNP de 20 ans, tout comme Jim Murphy, chef de file des travaillistes en Écosse.

Au moment où nous écrivons ces lignes, Ed Balls, chancelier de l’Équichier du cabinet fantôme, risque de perdre lui aussi son siège dans la circonscription anglaise de Morley and Outwood.

Lib Dems et UKIP décimés

L’écrasante victoire du SNP survient tout juste huit mois après le référendum sur l’appartenance de l’Écosse au Royaume-Uni. Elle est aussi marquante que l’échec cuisant des libéraux-démocrates, pro-UE.

Les « Lib Dems » ont en effet perdu 47 sièges, selon les sondages à la sortie des bureaux de vote. Les ministres Lib Dem du gouvernement de coalition actuel ont été massivement abandonnés par l’électorat. C’est le cas de Vince Cable, ministre du Commerce, de Danny Alexander, ministre du Trésor, d’Ed Davey, ministre de l’Énergie et de l’ancien chef de file du parti, Charles Kennedy.

Nick Clegg, leader actuel du parti et vice-Premier ministre conserve cependant son siège à Sheffield Hallam, à l’issue d’une âpre bataille avec les travaillistes dans cette circonscription-clé.

Malgré cette modeste victoire, il ne devrait pas être en mesure de garder son porte de chef de file du parti après la défaite de tant de personnalités importantes des Lib Dems.

L’électorat du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, UKIP, s’est élargi, mais le parti anti-UE ne devrait remporter qu’un siège à Westminster. Douglas Carswell, qui a quitté son parti pour UKIP et a remporté une élection partielle il y a quelques mois, conserve en effet son siège.

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Nigel Farage, qui dirige UKIP, devrait n’arriver qu’en troisième position dans sa circonscription de South Thanet. Il a déclaré vouloir se retirer de son rôle de leader si c’était le cas.

La non-élection Nigel Farage, personnalité phare de UKIP, serait un coup dur pour le parti, dont les résultats lors des élections européennes de mai 2014 n’avaient déjà pas été fameux.

Brexit

David Cameron a promis d’organiser un référendum sur le Brexit d’ici 2017 s’il est réélu au 10 Downing Street. Le maire conservateur de Londres, Boris Johnson, élu député de Uxbridge, a déclaré ce matin qu’il était temps d’organiser ce référendum.

« Ce n’est pas seulement dans l’intérêt de la Grande-Bretagne, mais aussi dans celui de toute l’Europe », a-t-il déclaré à la BBC.

La chef de file du SNP, Nicola Sturgeon, a quant à elle estimé que l’Écosse ne devrait pas être retirée de l’UE en fonction du résultat du vote anglais. Londres ne peut pas fermer les yeux sur le résultat des élections en Écosse, a-t-elle insisté ce matin.

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Étant donné le vote presque unanime en Écosse, un référendum sur une éventuelle sortie du pays de l’UE pourrait engendrer un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Écosse.

Ed Miliband et David Cameron ont tous deux exprimé la nécessité de réunifier un Royaume aujourd’hui désuni.

Selon l’eurodéputé conservateur Sajjad Karim, un autre référendum écossais n’aurait cependant lieu que si les Britanniques votaient en faveur du Brexit.

Réformes européennes

La victoire de David Cameron signifie également que ses relations houleuses avec les autres dirigeants européens se poursuivra dans les années à venir. Le premier ministre britannique a mené une campagne virulente contre la nomination de l’ancien premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, au poste de la présidence de la Commission européenne.

Il a insisté pour que les chefs d’État et de gouvernement prennent position sur la question lors du sommet européen du 27 juin dernier, alors même qu’il ne disposait pas de la minorité de blocage nécessaire. Sans surprise, ce vote a résulté en 26 voix en faveur contre deux opposées à la nomination de Jean-Claude Juncker.

Cette nouvelle victoire électorale devrait cependant raviver sa combattivité pour des réformes de l’UE dans des domaines comme l’immigration et la liberté de circulation. Le spectre d’un référendum britannique sur l’UE donne au Premier ministre britannique une influence non-négligeable.

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Le pub Finborough Arms, à Kensington, Londres a reçu l’autorisation exceptionnelle ne pas fermer en cette nuit d’élections.

Pour Jeff Bell, 36 ans, gérant du pub, la victoire des conservateurs est une bonne nouvelle. Il est pourtant « très surpris par le résultat ».

En ce qui concerne le référendum sur un possible Brexit, il espère que la Grande-Bretagne pourrait mener des réformes constructives au sein de l’UE. « Je ne pense pas que je voterais pour une sortie de l’UE, mais ce n’est pas impossible », explique-t-il.

Au moment où nous publions cet article, les conservateurs avaient remporté 315 sièges, les travaillistes 228, le SNP 56, les Lib Dems 8 et UKIP 1.

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Réactions

Charles Goerens, eurodéputé ALDE, réagit à l'annonce des résultats. « Cameron avait promis de consulter les citoyens britanniques sur la question de savoir si le Royaume-Uni allait rester membre de l'Union européenne. Aussi avait-il annoncé que les citoyens britanniques auront l'occasion de se prononcer sur l'avenir de l'Europe. À cette fin il avait promis de négocier un traité sur l'Union européenne plus compatible avec ses vues. Les conservateurs veulent en effet remettre en question les acquis de la construction européenne dont notamment le principe de la libre circulation des personnes. Il incombe dès lors aux 27 États membres de décider s'ils veulent réserver une suite favorable aux demandes de Cameron. Si tel était le cas, l'on mettrait fin à la construction européenne du type « d'une Union européenne sans cesse plus étroite ». On ne peut pas s'imaginer un seul instant les 27 États membres céder aux exigences britanniques. Dans l'hypothèse où le référendum aura lieu, il est évident que les britanniques ne pourront se prononcer que sur l'approfondissement de l'Union européenne dans le respect des traités en vigueur ou sur la sortie de l'Union. Ainsi le nouveau gouvernement britannique pourra-t-il choisir entre « in or out ». Mais si les autres États membres restent fermes, ils détermineront les termes du choix faisant l'objet du référendum. »

Contexte

La montée de l'euroscepticisme au Royaume-Uni a fait de l'adhésion à l'Union européenne l'un des sujets brûlants des élections.

En cas de victoire de son candidat, le parti conservateur, au pouvoir, a promis l'organisation d'un référendum sur la question d'ici fin 2017, plaçant l'avenir de l'Europe au centre du débat politique.

Le Premier ministre David Cameron a déclaré qu'il ferait campagne en faveur de l'adhésion du Royaume-Uni dans l'UE, mais seulement s'il parvient à négocier des réformes avec l'UE, affirmant que « l'intérêt national de la Grande-Bretagne est mieux servi dans une Union européenne souple et ouverte ».

>> Lire notre LinksDossier : Voting on Brexit: The EU issues shaping the UK election (en anglais)

Prochaines étapes

  • 2017 : Date prévue pour le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE.