Le risque d’un référendum écossais se précise

Theresa May et Nicola Sturgeon.

Selon Nicola Sturgeon, le projet d’abandonner le marché unique européen augmente les chances d’un nouveau référendum sur l’indépendance. La Première ministre écossaise souhaite que sa région choisisse un « avenir différent » à celui du Royaume-Uni. Un article de notre partenaire Euroefe.

L’exécutif « ne peut pas nous sortir de l’UE et du marché unique sans prendre en compte l’impact sur notre économie, sur l’emploi, sur les conditions de vie et sur notre réputation de pays ouvert et tolérant », a affirmé Nicola Sturgeon, après le discours de Theresa May du 17 janvier, lors duquel la Première ministre britannique a annoncé ses priorités pour le Brexit.

La dirigeante du Parti nationaliste écossais (SNP) a défendu le droit des Écossais à « choisir entre cette option et un avenir distinct ». « Avec son discours d’aujourd’hui [17 janvier], la Première ministre a rendu ce choix encore plus probable », a indiqué Nicola Sturgeon, qui demande au gouvernement britannique un plan pour que l’Écosse reste dans le marché unique.

Lors du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, le 23 juin dernier, 62 % des Écossais ont voté pour rester dans le bloc communautaire – face à 38 % contre – alors que dans l’ensemble du Royaume-Uni, le Brexit s’est imposé avec 52 % des suffrages.

« L’Écosse n’a pas voté pour continuer dans la direction indiquée par la Première ministre dans son discours, qui va à l’encontre de nos intérêts nationaux », a souligné Nicola Sturgeon.

« Il est clair que le Royaume-Uni se dirige vers un ‘Brexit dur’, qui menace d’être catastrophique pour l’économie. Ces décisions ne sont pas prises en fonction de l’intérêt rationnel du pays, mais en fonction des obsessions de l’extrême droite du parti conservateur », a-t-elle estimé.

Depuis la victoire du Brexit dans les urnes, Nicola Sturgeon a suggéré à diverses occasions qu’elle considèrerait la possibilité de convoquer un nouveau plébiscite sur l’indépendance de l’Écosse si le gouvernement britannique ne défendait pas les intérêts de la région.

En 2014, 55 % des Écossais ont refusé de se séparer du Royaume-Uni, face à 45 % de la population qui a voté à faveur de l’indépendance.

« Même si le gouvernement écossais continue de prendre des décisions de manière ordonnée et responsable, quelque chose doit être clair : le gouvernement conservateur ne peut pas agir contre les désirs et les intérêts de l’Écosse », a-t-elle insisté. « Si, comme l’a dit la Première ministre, le Royaume-Uni ne continue pas dans le marché unique, nous donnerons alors l’occasion sérieuse à l’Écosse d’y rester. »

Clarté et frontière ouverte en Irlande

Au contraire, le gouvernement irlandais a salué la « grande clarté » avec laquelle Theresa May avait défendu son plan pour la négociation du Brexit et a défendu le maintien d’une frontière ouverte avec l’Irlande du Nord.

Dans un communiqué, l’exécutif de Dublin souligne que Theresa May a été très explicite sur le fait qu’elle souhaitait maintenir avec l’UE une « relation économique à l’avenir aussi étroite qu’elle soit », un objectif que partage l’Irlande.

« Pour l’Irlande, les priorités du processus de négociation n’ont pas changé : nos accords économiques et commerciaux, le processus de paix en Irlande du Nord, qui incluent des thématiques frontalières, la zone de transit commune et l’avenir dans l’Union européenne. »

Dans sa note, le gouvernement de Dublin se réjouit que Theresa May ait mentionné dans son discours sur le Brexit la relation « spécifique et historique » entre les deux pays.

« Dans ce contexte, elle a été claire sur le fait que sa priorité était de maintenir une zone de transit commune et d’éviter le rétablissement d’une frontière stricte en Irlande du Nord », signale le texte.

Dans un discours, Theresa May a rappelé qu’aujourd’hui, personne ne voulait le retour des frontières du passé entre les deux juridictions d’Irlande, faisant référence aux restrictions imposées durant le conflit de l’Ulster.

« Le Royaume-Uni aura une frontière terrestre avec l’UE et le maintien d’une zone de circulation commune avec la République d’Irlande est une priorité », a déclaré la Première ministre britannique.

La libre circulation des biens et des personnes entre le nord et le sud de l’île est naturelle depuis la création dans les années 1920 de la dénommée Zone de circulation commune (CTA), même si le conflit et la menace terroriste a entrainé la mise en place de contrôles policiers et militaires de la fin des années 1960 jusqu’en 1998.

Le 18 janvier, le gouvernement irlandais a indiqué avoir pris bonne note de la décision ferme adoptée par Londres de quitter l’UE, même s’il est dans son droit de négocier une nouvelle relation étroite avec ses 27 membres.

« Même si cela est inévitablement perçu comme un Brexit dur, l’analyse du gouvernement irlandais a contemplé tous les scénarios possibles pour la future relation du Royaume-Uni avec l’UE », a ajouté le communiqué.

Le Premier ministre irlandais, le conservateur Enda Kenny, a prévu de se réunir avec sa collègue britannique à la fin du mois pour aborder ce sujet, a confirmé un porte-parole officiel.

Theresa May a indiqué qu’elle pourrait activer l’article 50 du traité de Lisbonne avant la fin du mois de mars, ce qui lancera la période de deux ans de négociations avec l’UE sur les termes de ce divorce.