EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

28/09/2016

Le Royaume-Uni lance un ultimatum à l’UE

Royaume-Uni en Europe

Le Royaume-Uni lance un ultimatum à l’UE

George Osborne.jpg

George Osborne, ministre des Finances britanniques, s’apprête à mettre en garde l'UE dans un discours. Il exige une révision des traités européens pour éviter le naufrage économique.

George Osborne, proche allié de David Cameron, confirmera aujourd’hui l'engagement pris par le Parti conservateur s'il était réélu à la tête de l'État en 2015. Les Tories comptent en effet renégocier les traités européens avant d’organiser un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne.

« Notre volonté est claire : mener cette réforme et après laisser le peuple décider, » déclarera George Osborne selon les extraits de son discours publiés par son cabinet.

« C'est le statu quo qui condamne les peuples de l'Europe à la crise économique actuelle et à son déclin continu. Et donc, un simple choix se pose à l'Europe : réformer ou sombrer. »

Selon une source, George Osborne sera clair : le Royaume-Uni veut rester au sein de l'UE, mais de profondes réformes sont nécessaires afin que son pays reste au sein de l'Union, dont il est membre depuis 1973.

« Le chancelier [de l'Échiquier] insistera sur le fait que les réformes et révisions de l'Union européenne sont nécessaires pour à la fois maintenir l'adhésion du Royaume-Uni et éviter la crise et le déclin économiques actuels, » précise la source.

La participation du ministre des Finances aux débats passionnels des Britanniques sur l'Europe a de fortes chances d'agacer les dirigeants politiques européens. Ces derniers lui reprocheront certainement la sombre analyse qu’il fait de l'économie de l'UE et la dureté de certains de ses propos.

Certains interpréteront probablement son intervention comme une tentative de consolider la position fragile de son parti en amont des élections européennes de mai. Les Tories devront faire face au Parti eurosceptique pour l'indépendance du Royaume-Uni, et rassurer les membres eurosceptiques de leur propre parti à l'orée des élections nationales qui auront lieu en 2015.

L'Europe : sujet de discorde chez les conservateurs

Le Parti conservateur a toujours été tiraillé sur la question européenne dans le passé. Elle est d’ailleurs à l’origine de la chute des deux derniers premiers ministres conservateurs, John Major et Margaret Thatcher.

David Cameron a cru que son projet dévoilé l'année dernière, la révision du traité et l'organisation d'un référendum, aurait resserré les rangs au sein de son parti. C'était sans compter les députés eurosceptiques qui ramènent le débat européen sans cesse sur la table.

Près de 100 députés sur les 303 du parti conservateur, qui siègent à la Chambre basse, ont écrit au premier ministre ce weekend pour lui demander qu'il donne la possibilité à cette chambre de bloquer les nouvelles législations européennes et de révoquer les mesures existantes qui menacent « les intérêts nationaux ».

Les ministres ont fait savoir que cette demande était « irréaliste »/

De nombreux sondages ont montré qu'une faible majorité de Britanniques voteraient en faveur de la sortie de l'UE, si la possibilité leur était donnée. Ils sont déçus par la bureaucratie européenne et par ce qu'ils considèrent comme une intrusion manifeste de l'Union dans leur vie quotidienne.

D'autres sondages sont moins équivoques. Mais les groupes proeuropéens et eurosceptiques sont d'accord pour dire qu'un référendum serait imminent.

Les conservateurs n'ont pas encore dévoilé tous les domaines qu'ils comptent réformer. Mais le fond de leur démarche est de rapatrier des compétences au niveau national dans certains domaines politiques, tels que l'immigration et la sécurité sociale.

George Osborne, à la barre d’une économie de nouveau florissante, affirmera que l'économie européenne est dans l’impasse et qu’elle est en train d'être dépassée par des économies telles que la Chine et l'Inde.

« Nous savions qu'il y avait un problème de compétitivité en Europe avant la crise, » précisera le ministre chargé des finances.

« Mais la crise a accéléré de façon spectaculaire le glissement des plaques tectoniques des économies […] qui se déplacent maintenant vers l'est et vers le sud de notre planète. »

Il pointera du doigt certains symptômes qui montrent le déclin européen : la baisse de la part européenne des dépôts de brevets au niveau mondial, le haut taux de chômage et les dépenses en matière de sécurité sociale.

« Comme Angela Merkel l'a souligné, l'Europe représente à l’échelle mondiale seulement un peu plus de 7 % de la population mondiale, 25 % de l'économie et 50 % des dépenses en matières de sécurité sociale. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. »

Contexte

La sortie éventuelle de la Grande-Bretagne de l'Union européenne figure en tête du calendrier politique à la suite du discours du premier ministre David Cameron de janvier 2013. Il a déclaré que la Grande-Bretagne saisir l’occasion de la crise de la zone euro pour renégocier ses relations avec l’UE.

En janvier 2013, en effet, le premier ministre a promis aux Britanniques un référendum clair sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, s’il était réélu en 2015. Il souhaite également renégocier le traité européen.

Avec le début de la crise de la zone euro et le besoin d'intégration économique et politique renforcée, le Parti conservateur de David Cameron tente de plus en plus de desserrer les liens entre la Grande-Bretagne et l'UE. Certains sont en faveur d'une sortie complète de l'UE accompagnée d'un renforcement des liens économiques avec les pays du Commonwealth et les États-Unis.

La Grande-Bretagne a négocié plusieurs désengagements de domaines politiques clés de l'UE depuis son adhésion en 1973. Elle n'est pas membre de la zone euro, n'a pas ratifié le traité de libre circulation de Schengen et ne veut pas respecter un certain nombre de règles européennes de coopération policière et judiciaire.