Les indépendantistes écossais ravis des élections anticipées

Nicola Sturgeon relance les discussions sur l'indépendance de l'Écosse. [Flickr]

Les Écossais veulent profiter des élections générales anticipées convoquées par la Première ministre britannique Theresa May pour faire progresser l’idée d’un référendum d’indépendance.

La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, cheffe du parti indépendantiste SNP, a accusé Theresa May d’être une « hypocrite » pour avoir nié pendant des mois vouloir avancer la date du scrutin prévu en 2020. Mais elle a prévenu que si elle en sortait victorieuse, l’obstacle dressé par Theresa May au référendum « se réduira en poussière ».

Pari facile à tenir: le SNP détient 56 des 59 sièges réservés à l’Écosse au Parlement de Westminster, ayant récolté 50% des voix écossaises en 2015.

L’Écosse a voté en 2014 contre l’indépendance à 55%, mais le Brexit a changé la donne, les Écossais s’étant massivement prononcés (62%) pour un maintien dans l’UE.

Nicola Sturgeon a donc demandé à Londres un nouveau référendum, refusant de voir l’Écosse sortie de l’UE contre son gré. Theresa May, par définition hostile à l’éclatement du Royaume-Uni, a répliqué que l’approche des négociations sur la sortie du pays de l’Union européenne n’intervenait  « pas au bon moment ».

« Le SNP va remporter cette élection, cela ne fait aucun doute », a dit à l’AFP Craig McAngus, expert en politique de l’université d’Aberdeen. « Vous pouvez parier votre chemise qu’il va récolter plus de 40%, voire 50%, et cela va renforcer Nicola Sturgeon ».

En revanche, la tenue d’un second référendum sur l’indépendance ne fait pas l’unanimité parmi les Écossais.

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Lassitude électorale

Même les nationalistes peuvent se lasser de la succession de scrutins: référendum sur l’indépendance en 2014, élections générales en 2015, référendum sur l’UE en 2016, élections locales en mai et générales en juin 2017…

« Theresa May mise sur le fait que les Écossais en aient marre d’entendre parler d’indépendance et que le moment n’est pas venu », relève Craig  McAngus. « Mais elle ne peut pas refuser indéfiniment un nouveau référendum et Nicola Sturgeon a encore quelques atouts dans sa manche », souligne-t-il.

Pour John Curtice, expert en sondages et professeur de politique à l’université de Strathclyde, le SNP gardera la plupart de ses sièges et continuera à prêcher l’indépendance.

« Ils défendent 56 sièges sur 59 donc ils ne peuvent que baisser », estime-t-il. « Mais s’ils remportent 45 à 50% des voix, ça ne voudra pas dire qu’ils ont bu la tasse ».

Les conservateurs locaux pourraient éventuellement décrocher quelques rares sièges. Leur unique député à Westminster, David Mundell, est « solidement installé ». Et leur cheffe, l’atypique et populaire Ruth Davidson, homosexuelle affichée, a été élue députée au parlement local pour Édimbourg centre en 2016.

« Ce sera sans doute 50/50 pour les partis unionistes et le SNP, estime John Curtice, soit la situation que nous connaissons déjà. Mais Theresa May peinera à repousser le référendum au-delà de mai 2021 », selon lui.

« Elle a dit ‘pas maintenant’ mais elle n’a pas dit quand et ses arguments sont contredits par sa décision soudaine de convoquer des élections anticipées », souligne-t-il. « Si on peut tenir des élections en plein Brexit, pourquoi pas un référendum sur l’indépendance? »

Pour Craig McAngus, « si les indépendantistes décrochent à nouveau une majorité claire avec un mandat clair pour un nouveau référendum, il faudrait un sacré culot au gouvernement de Londres pour refuser! ». Et de conclure: « En fin de compte, il y aura un référendum, ce n’est qu’une question de temps. »

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