L’Irlande du Nord peut opposer son veto au Brexit

Belfast craint son expulsion de l'Europe et la réinstauration d'une frontière avec la République d'Irlande. [James Kennedy NI/Shutterstock]

Des juristes ont argué mardi 4 octobre que l’Irlande du Nord était en droit d’opposer son veto à un Brexit, en vertu de l’Accord de paix de 1998, devant un tribunal de Belfast.

« La souveraineté sur les questions constitutionnelles a été cédée » avec cet accord dit du Vendredi Saint, a déclaré l’avocat Ronan Lavery, qui défendait un recours déposé contre le résultat du référendum britannique sur l’Union européenne du 23 juin.

Tout comme l’Écosse, l’Irlande du Nord a voté pour rester dans l’UE lors du référendum du 23 juin.

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« Les habitants de l’Irlande du Nord ont le contrôle sur les changements constitutionnels les concernant, on ne peut pas les leur imposer », a-t-il ajouté, alors qu’une majorité d’électeurs en Irlande du Nord, comme en Écosse, a voté pour rester dans l’UE, contrairement à ceux d’Angleterre et du Pays de Galles.

Un argument défendu également par Ciaran O’Hare, avocat d’un militant des droits de l’Homme, Raymond McCord, qui a lui aussi déposé un recours.

Les Irlandais craignent la réintroduction d’une frontière et de barrières douanières entre les deux parties de l’île quand le Brexit sera devenu une réalité, pas avant début 2019 si Londres lance la procédure de divorce d’avec l’UE avant fin mars 2017, comme annoncé dimanche par la Première ministre, Theresa May.

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Ronan Lavery a également souligné qu’avec un Brexit, toute tentative de réunification de l’île devrait recevoir le blanc-seing des membres de l’UE, qui auraient à se prononcer sur l’entrée de l’Irlande du Nord dans l’Union.

« Il s’agit d’un obstacle pratique et illégal aux aspirations nationalistes d’une Irlande unie », a-t-il déclaré, ajoutant que « le retrait de l’UE aurait un effet catastrophique sur le processus de paix et l’équilibre constitutionnel délicat que nous avons atteint ».

Dimanche, Theresa May avait exclu toute dérogation au Brexit. « Nous négocierons comme un seul et unique Royaume-Uni et nous quitterons le Royaume-Uni comme un seul et unique Royaume-Uni », a-t-elle insisté face aux réclamations nord-irlandaises et écossaises. L’audience devant le tribunal de Belfast devait se poursuivre mercredi.

L’Accord du Vendredi Saint a été conclu en 1998 pour mettre fin aux « Troubles », terme employé pour qualifier le conflit entre partisans de l’union avec le Royaume-Uni et nationalistes aspirant à l’union avec l’Irlande, qui a fait 3 500 morts entre 1969 et 1998.

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