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06/12/2016

Merkel, Hollande et Renzi tentent de faire preuve d’unité face au Brexit

Royaume-Uni en Europe

Merkel, Hollande et Renzi tentent de faire preuve d’unité face au Brexit

Merkel et Hollande au Parlement européen l'année dernière [European Parliament/Flickr]

La chancelière allemande Angela Merkel a insisté le 27 juin sur le fait que les pays européens ne négocieraient pas le divorce du Royaume-Uni avant que ce départ ne soit officiellement notifié.

« Le Royaume-Uni doit invoquer l’article 50. Avant cela, aucune négociation ne sera possible. Il n’y aura aucune discussion formelle ou informelle avant que l’article 50 soit activé », a déclaré Angela Merkel, faisant référence à la partie du traité de Lisbonne permettant à un pays de quitter l’Union.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé qu’il démissionnerait en octobre et qu’il ne ferait pas d’annonce officielle aux autres États membres durant les mois restants.

Les électeurs britanniques ont choisi de quitter l’Union européenne lors d’un référendum le 23 juin, provoquant ainsi une crise politique au Royaume-Uni.

Angela Merkel avait déjà affirmé que les discussions concernant le Brexit ne devaient pas être précipitées. Hier, elle a toutefois déclaré que l’UE devait éviter un « jeu sans fin, que ce soit pour la notification ou pour les négociations ».

François Hollande et Matteo Renzi, le Premier ministre italien, ont utilisé des mots plus forts pour demander au Royaume-Uni de se dépêcher de partir. « Ce doit être aussi rapide que possible, c’est mieux pour toute l’UE », a estimé le président français.

« Demain et après demain, il est important que nous respections le programme du mieux que nous le pouvons », a-t-il ajouté, en référence au Conseil européen qui commence le 28 juin.

>> Lire : Les 27 accordent un premier délai au Brexit

Angela Merkel s’est empressée de dissiper les rumeurs selon lesquelles elle avait invité François Hollande et Matteo Renzi à Berlin pour décider quand et comment le Royaume-Uni divorcerait de l’UE.

Les trois chefs d’État seront rejoints demain par 25 autres dirigeants pour un sommet à Bruxelles et pour les premières discussions avec David Cameron depuis le référendum britannique.

« Trois chefs d’État ne peuvent décider de rien avant le Conseil européen », a déclaré Angela Merkel lors d’une conférence de presse.

La conférence de presse conjointe était une manifestation calculée d’unité de l’axe franco-allemand, à un moment où l’Europe est plongée dans une crise sans précédent.

Des divisions perdurent toutefois entre la France et l’Allemagne, mais aussi à l’intérieur des deux pays.

France

Le Président français François Hollande a multiplié les rencontres depuis le vote sur le Brexit, dont le gouvernement et tous les partis politiques français le 25 juin.

L’Élysée s’était déjà lancé dans un consultation comparable il y a huit mois, après les attentats terroristes du mois de novembre à Paris. Cette fois, la situation s’est révélée très différente puisqu’aucune unité n’a émergé des discussions.

Au contraire, la droite française est sur le point d’imploser autour du concept d’Europe. Laurent Wauquiez, ancien ministre des Affaires européennes qui préside maintenant la région Auvergne Rhône-Alpes, a même appelé à la suppression de la Commission européenne.

>> Lire : La pression monte sur la Commission Juncker

D’autres figures de proue du parti, comme Alain Juppé, Bruno Le Maire ou Nicolas Sarkozy, divergent fortement sur la voie à suivre.

Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire demandent tous deux l’organisation d’un référendum en France, alors qu’Alain Juppé, le candidat favori des élections présidentielles, trouve cette idée « irresponsable ».

De son côté, Marine Le Pen plaide fermement pour un référendum, et son parti, le Front National, pavoise depuis le vote des Britanniques.

À gauche, on rêve surtout de reconsidérer les politiques d’austérité à l’occasion du départ d’un des membres les plus libéraux de l’UE. « C’est peut-être le bon moment de promouvoir l’Europe sociale. Nous devons trouver un chemin politique pour sortir de la crise », a déclaré l’eurodéputée Pervenche Beres, le vendredi 24 juin avant de rencontrer le président.

Axe franco-allemand

L’idée de reconsidérer le pacte de stabilité financière gagne du terrain en Allemagne. Martin Schulz et Sigmar Gabriel, leaders du SPD, ont aussi commencé à critiquer les politiques d’austérité.

Pour le président français, le plus important est néanmoins de manifester son unité avec l’Allemagne, pour garantir le projet européen.

« Pour l’instant, nous devons montrer que l’axe franco-allemand est fort et va de l’avant », a insisté une source.

Selon cette dernière, François Hollande et Angela Merkel se sont appelés plusieurs fois ce week-end et se sont mis d’accord. Ils s’opposent toutefois sur le vocabulaire, sur le discours à tenir face au Royaume-Uni.

La France insiste sur le fait que quitter l’UE doit avoir un coût pour le Royaume-Uni, qui était au courant des conséquences d’un Brexit.

Après Donald Tusk le matin du 27 juin, ce fut au tour du président du Parlement, Martin Schulz, de déjeuner avec François Hollande à Paris. Ils se sont mis d’accord pour faire pression sur le Royaume-Uni pour activer l’article 50 du traité de Lisbonne le plus rapidement possible.

Rencontre des ministres des Affaires étrangères

Les ministres français et allemand des Affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier (SPD) et Jean-Marc Ayrault (PS), se sont rencontrés à Berlin le 25 juin. Ils ont affirmé que les États membres devaient à l’avenir se concentrer sur la sécurité, la défense et la migration.

La « bonne réponse » au Brexit n’est « ni un simple appel à plus d’Europe, ni une phase de simple réflexion », ont-ils déclaré dans une lettre commune publiée le 27 juin et intitulée « pour une Europe plus forte dans un monde d’incertitudes ».

La lettre indique que l’Europe a été mise à l’épreuve par « une série de crises dans le sud et à l’est », et est en train de remonter doucement la pente de la croissance économique.

Les deux ministres se sont rencontrés à Prague le même jour avec leurs homologues du groupe de Visegrad (République tchèque, Pologne, Hongrie et Slovaquie), où ils ont appelé à un « meilleur contrôle » du partenariat européen et à une action commune après le Brexit.

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