Osborne prône le nucléaire face aux renouvelables

Le ministre des Finances britannique, George Osborne, redoute un PIB moins élevé de 6% d'ici 2030 en cas de Brexit [HM Treasury]

George Osborne, le ministre de l’Économie britannique, a reçu une volée de bois vert après avoir assuré que le nucléaire était « beaucoup moins cher que toutes les autres technologies à faibles émissions de carbone ».

Le 9 septembre, George Osborne défendait le projet Hinkley C, lors d’une réunion du comité des affaires économiques de la chambre des Lords. Le nucléaire est « beaucoup moins cher que toutes les autres technologies à faibles émissions de carbone », a-t-il notamment expliqué.

Une déclaration qui a déclenché de vives critiques de la part des chercheurs et défenseurs de l’environnement, qui démontrent son inexactitude.

Le projet, qui devrait coûter environ 34 milliards d’euros, vise la construction d’un nouveau réacteur nucléaire, Hinkley C, dans la centrale existante de Hinkley Point. EDF a conclu un accord qui lui garantit un approvisionnement en électricité à 127,5 euros le mégawatt heure (MWh).

Le contrat de différence est d’environ le double du prix de l’énergie en gros en Grande-Bretagne. Cette augmentation devrait se répercuter sur les factures des consommateurs.

Des chercheurs et activistes environnementaux ont assuré à EURACTIV que les données diffusées par le gouvernement lui-même prouvent que bien d’autres sources d’énergie à faibles émissions de carbone sont déjà moins chères que le nucléaire.

« Soit le ministre tente délibérément d’induire le parlement et le public en erreur, soit il a une compréhension très limitée des faits », estime John Sauven, directeur exécutif de Greenpeace UK. « Si George Osborne retirait ses œillères idéologiques un instant, il se rendrait compte que les technologies propres sont un pari bien plus sûr pour l’avenir énergétique du pays qu’un projet nucléaire aux coûts élevés, dont la conception est bancale et qui est confronté à des retards de construction, des poursuites légales, etc. »

La subvention publique à Hinkley C a été qualifiée d’« incroyablement chère » et de « puits sans fond » par Lord Turnball, membre de la seconde chambre parlementaire britannique, lors d’une audition de 90 minutes.

Les résultats du premier appel d’offres du gouvernement pour un contrat de différence pour les énergies renouvelables ont été rendus publics en février 2015 :

  • Éolien terrestre – prix moyen de 113 euros/MWh
  • Solaire à grande échelle – 109 euros/MWh
  • Énergie produite à partir de déchets et production combinée de chaleur et d’électricité – 110 euros/MWh

« Absolument faux »

« Non seulement l’éolien terrestre est la forme de production d’électricité à faibles émissions de carbone la moins chère, mais les coûts de l’énergie renouvelable diminuent aussi plus rapidement que ceux de l’industrie nucléaire », indique Richard Black, directeur de l’unité du renseignement énergétique et climatique.

La déclaration de George Osbone a également été qualifiée d’« absolument fausse » par Jonathan Gavanta, directeur du groupe de réflexion spécialisé dans l’environnement E3G.

« Il est inquiétant de voir que la personne chargée de l’économie britannique néglige si facilement de s’informer sur les coûts réels de l’énergie », ajoute-t-il. EURACTIV a contacté le ministère du Trésor pour demander si George Osborne maintenait sa déclaration. « Le nucléaire est une partie importante du mélange énergétique du Royaume-Uni dans notre transition vers une société à faibles émissions de carbone. C’est aussi la technologie à faible émissions de carbone qui puisse générer de l’électricité à aussi grande échelle et de manière fiable la moins chère », a répondu un porte-parole.

Un contrat de vente de l’éolien offshore aurait été plus cher, à 161 euros/MWh, mais Jonathan Gavanta cite une étude selon laquelle l’éolien offshore ne coutera plus qu’entre 88 et 143 euros/MWh d’ici 2025, l’année à laquelle Hinkley C devrait être fonctionnelle. D’ici 2030, ce prix baissera encore pour atteindre un minimum de 73 euros/MWh.

Tous les contrats de l’éolien courraient en outre sur 15 ans, alors que celui d’Hinkley couvre 35 ans, ce qui les rend moins chers si l’on considère les dépenses totales.

John Sauven ajoute que la déclaration du ministre de l’Économie est « peu rassurante pour les millions de consommateurs britanniques qui devront payer la facture des milliards de livres de subventions promises à EDF et à ses partenaires chinois ».

George Osborne se rendra en Chine dans le courant du mois pour encourager la conclusion d’un accord entre EDF et de potentiels investisseurs.

Aides d’États?

Le contrat d’Hinkley C, le premier réacteur nucléaire construit en Grande-Bretagne depuis des décennies, a été validé par les instances de concurrence de la Commission européenne en octobre de l’année dernière.

L’État autrichien et une alliance austro-allemande de fournisseurs d’énergie verte et de municipalités ont toutefois fait appel de cette décision auprès des tribunaux européens. Vienne estime que le projet est une violation des lois européennes relatives aux aides d’État et pourrait engendrer des distorsions du marché de l’énergie.

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Les fournisseurs d’énergie sont du même avis, martelant que la subvention constitue une « aide au fonctionnement illégale » qui n’aurait pas dû être approuvée. Les plaignants ont donc lancé des études scientifiques qui montrent que les subventions étatiques garanties pour Hinkley C s’élèveront à 108 milliards d’euros.

>> Lire : L’électricité verte attaque la Commission sur les subventions au nucléaire

Juste après la victoire des Conservateurs aux dernières élections, au mois de mai, le gouvernement a effectué des coupes considérables dans les subventions au solaire, à grande échelle et sur les toits, ainsi qu’au secteur éolien.

L’arrêt de la construction de centrales électriques nucléaires au Royaume-Uni est une « tragédie », a assuré George Osborne au comité de la chambre des Lords le 9 septembre. Il a ajouté que sans la centrale, qui devrait générer 7 % de l’électricité du pays, il n’y aurait pas assez d’électricité.

Le 3 septembre, Jean-Bernard Levy, directeur général d’EDF, a admis que Hinkley C ne serait pas opérationnelle en 2023, contrairement à ce qui était prévu.

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Contexte

S'il était construit, Hinkley C serait le premier réacteur nucléaire britannique depuis Sizewell B, en 1995. Il faudrait 10 ans pour construire le réacteur, et son contrat d'exploitation est prévu pour 35 ans, ce qui projette les coûts et les implications en termes de politique de cette structure dans un avenir lointain.

Le Français EDF fait partie de l'opération : un contrat avec le Royaume-Uni lui garantit l'accès à l'électricité produite par Hinkley au prix de 117,15 euros par mégawattheure pour les 35 années de vie de la centrale.

Cela représente le double du prix actuel de l'électricité. Ce coût sera répercuté dans les factures d'énergie des foyers.

Prochaines étapes

  • 2023 : Hinkley C devrait commencer à produire de l'électricité, mais le directeur d’EDF estime que ce délai est intenable.