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23/01/2017

Osborne veut négocier le soutien britannique à une zone euro renforcée

Royaume-Uni en Europe

Osborne veut négocier le soutien britannique à une zone euro renforcée

George Osborne, le ministre britannique de l’Économie, a promis que Londres soutiendra une zone euro plus intégrée si les conditions posées par le Royaume-Unis pour rester dans l’UE sont acceptées. 

George Osborne a abordé pour la première fois les détails des exigences britanniques lors d’un discours à l’association de l’industrie allemande (BDI), dans la capitale allemande le 3 novembre. Le ministre a expliqué que le Royaume-Uni pourrait rester dans l’UE en échange de garantie quant à l’indépendance du pays vis-à-vis de la zone euro, d’une protection de la City de Londres, de réductions des allocations obligatoires aux immigrés européens et de la fin du principe d’une « union toujours plus étroite ».

Londres devrait enfin officialiser ses exigences pour le renouvellement de sa relation avec Bruxelles ce mois-ci. Les Britanniques s’exprimeront sur l’appartenance du pays à l’UE dans un référendum qui se déroulera sans doute en 2016. Le Royaume-Uni a rejoint l’UE il y a 42 ans.

Le discours de George Osborne suivait un énième appel à rester dans l’union par la chancelière allemande, Angela Merkel. « Nous ferons notre possible pour que la Grande-Bretagne reste », a assuré la chancelière devant un parterre de dirigeants d’entreprises, sans pour autant préciser jusqu’où Berlin irait pour tenter de répondre aux demandes britanniques.

Changements nécessaires pour le Royaume-Uni

Bien que le ministre britannique ait insisté sur le fait qu’il « donnait pour la première fois des détails sur les changements nécessaires pour que [le Royaume-Uni] reste dans l’Union européenne », il a en réalité donné peu d’informations concrètes au-delà des quatre grands sujets déjà abordés.

Les conditions exactes de Londres devraient être écrites pour la première fois avant d’être soumises au président du Conseil, Donald Tusk, dans les semaines à venir.

George Osborne a réutilisé la formule souvent exprimée par les personnalités conservatrices, assurant que « franchement, le peuple britannique ne veut pas participer à une ‘union toujours plus étroite’ ». Cette condition sera sans doute une des plus faciles à obtenir de Bruxelles.

Il sera en revanche moins aisé de limiter l’accès des Européens travaillant en Grande-Bretagne aux systèmes d’allocations et de sécurité sociale britanniques, ou de protéger les droits des États membres qui n’ont pas adopté la monnaie unique.

>> Lire : Le Brexit inquiète les Européens travaillant en Grande-Bretagne

L’un des problèmes du ministre, comme le reconnaissent des diplomates européens, est que le Royaume-Uni a très peu de choses en commun avec les autres pays qui ne sont pas dans l’euro et qui, à l’exception notable du Danemark, ont pour vocation de rejoindre la monnaie unique à l’avenir.

« Nous voulons que des principes garantissant le bon fonctionnement de l’Union pour ses 28 États membres soient intégrés dans le droit européen et lient de manière contraignante les institutions de l’UE », a-t-il expliqué. Ces principes doivent soutenir l’intégrité du marché unique européen », a-t-il insisté.

Approfondissement de la zone euro

« Cela inclut la reconnaissance du fait que l’UE a plus qu’une monnaie et qu’aucune entreprise ne doit faire l’objet de discrimination en fonction de la monnaie utilisée dans le pays où elle siège. Ces principes doivent également garantir que l’approfondissement de la zone euro ne sera pas concrétisé d’une manière qui nuise aux intérêts des États membres qui n’ont pas l’euro », ajoute-t-il.

George Osborne s’est par ailleurs irrité du fait que la Grande-Bretagne a été initialement incluse dans le renflouement de la Grèce « sans même qu’on prenne la peine de nous avertir par téléphone ».

Nigel Farage, le leader du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), a qualifié le discours du ministre de « pathétique ».

Tweet de Nigel Farage (@Nigel_Farage), le 3 novembre 2015 : Le discours de George Osborne à Berlin aujourd’hui expose une fois encore le caractère pathétique de la « renégociation ». Il n’y a rien de fondamental à la table des négociations.

Valeurs partagées

George Osborne a cependant annoncé sa ferme intention de faire campagne pour l’UE lors du référendum, tout comme le Premier ministre, David Cameron, si les exigences de Londres sont entendues. Son discours à Berlin était amical, conciliant et plein de louanges pour l’Allemagne.

>> Lire : Ce que Cameron demande pour défendre le non au Brexit

« Je suis venu vous parler des valeurs communes que nous partageons. Du Wertegemeinschaft que nos deux pays essayent de construire.

Un Wertegemeinschaft, une communauté de valeurs partagées, fondée sur le respect mutuel et la tolérance vis-à-vis de nos différences, l’ouverture et un engagement pour la liberté », a-t-il assuré.

Il a également décrit la chute du mur de Berlin comme « le moment politique le plus extraordinaire, excitant et exaltant de toute ma vie ». Il avait à l’époque 18 ans.

Le ministre a exhorté l’UE à être plus compétitif, mais aussi à « réparer la relation entre les États membres de la zone euro et les autres, pour que [l’Union] fonctionne au mieux pour tous ».

Quant aux négociations à venir, « au final, la logique inexorable de l’union monétaire signifie que les traités devront être modifiés pour soutenir l’union financière et économique nécessaire à une zone euro plus forte à long terme, la zone euro solide que nous voulons construire ».

>> Lire : Le Brexit priverait le Royaume-Uni de 14 % de son PIB

« Laissez-moi être tout à fait honnête : nous pouvons trouver un accord et œuvrer de concert. Plutôt que d’être en travers de votre chemin, ou d’imposer notre veto aux amendements nécessaires, le Royaume-Uni peut soutenir les changements permanents dont vous [la zone euro] avez besoin pour renforcer l’euro. En retour, vous pouvez nous aider à apporter les changements nécessaires à la protection des intérêts des économies qui ne sont pas dans la zone euro », a-t-il plaidé.

« Quels sont ces changements ? Je vais vous en dire plus à ce sujet que ce que nous n’avons jamais dévoilé en public. Nous ne cherchons pas à assurer une clause de non-participation pour le Royaume-Uni, nous ne participons déjà pas à l’euro. Nous ne cherchons pas non plus à entraver le fonctionnement de la zone euro », assure le ministre.

« Ce que nous voulons, ce sont des principes garantissant le bon fonctionnement de l’Union pour ses 28 États membres soient intégrés dans le droit européen et lient de manière contraignante les institutions de l’UE. Ces principes doivent soutenir l’intégrité du marché unique européen », a-t-il insisté.

>> Lire aussi : Le parlement britannique rejette les modalités du référendum sur le Brexit

Contexte

La montée de l'euroscepticisme au Royaume-Uni a fait de l'adhésion à l'Union européenne une controverse politique de premier plan.

Le parti conservateur, au pouvoir, a promis l'organisation d'un référendum sur la question d'ici fin 2017, plaçant l'avenir de l'Europe au centre du débat politique.

Le Premier ministre, David Cameron, a déclaré qu'il ferait campagne en faveur de l'adhésion du Royaume-Uni dans l'UE, mais seulement s'il parvient à négocier des réformes avec l'UE, affirmant que « l'intérêt national de la Grande-Bretagne est mieux servi dans une Union européenne souple et ouverte ». 

Prochaines étapes

  • 17-18 décembre 2015 : Sommet européen sur les propositions de réforme du Royaume-Uni.
  • 2016 : Année probable du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE.
  • 2017 : Date limite imposée par David Cameron lui-même pour organiser le référendum.