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27/09/2016

Paris fait des pieds et des mains pour séduire la finance londonienne

Royaume-Uni en Europe

Paris fait des pieds et des mains pour séduire la finance londonienne

Le gouvernement sort le grand jeu en promettant des réductions fiscales et en mettant en avant la solidité de la zone euro, face aux incertitudes de Londres. Le risque de contagion de la dépression britannique est minimisé.

Même pas peur. C’est le sentiment que banques, assurances et institutions françaises ont tenté d’affirmer face au Brexit, lors d’un forum du Paris Europlace, une association qui promeut la place financière parisienne.

« Le Royaume-Uni est une économie importante, mais à l’échelle de la planète, elle ne représente que 4 % du PIB mondial », a rappelé Samir Assaf, économiste chez HSBC, qui a insisté sur le fait que « les vraies implications du Brexit seraient britanniques, pas mondiales ».

Selon lui, le PIB du pays pourrait être très affecté par l’épisode de séparation d’avec l’UE. Pour 2017, il anticipe un recul du PIB qui pourrait atteindre -2,7 %, pour une inflation grimpant jusqu’à 4 %

« Mais quand on regarde les marchés, on s’aperçoit que les indices sont au même niveau qu’avant le Brexit. Donc ce n’est pas la fin du monde ! » a assuré le spécialiste. Un son de cloche avec lequel Jean Lemierre, président de BNP Paribas, semble largement d’accord.

Cocorico pour la zone euro

« On ne peut plus compter sur le Royaume-Uni, pour la première fois. Il n’y a plus de gouvernement, on ne peut pas avoir confiance dans l’avenir, il y a trop d’incertitudes » a  reconnu le numéro 1 de BNP Paribas, tout en soulignant que face à cela, l’économie européenne, même sans le Royaume-Uni, restait supérieure en poids à l’économie américaine, et qu’elle disposait d’institutions robustes.

La BCE prête à tout en cas de Brexit

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a déclaré le 21 juin que la BCE est prête, quelle que soit l’issue du référendum au Royaume-Uni. Il avertit cependant qu’il est indispensable de préserver les liquidités pour éviter la panique des investisseurs.

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« Plus les incertitudes se prolongent, plus le Royaume-Uni va souffrir. Mais la zone euro est un vaste territoire avec des infrastructures solides et des compétences fortes, et pour BNP Paribas ce n’est pas un problème d’être là où se porte le business »

En revanche, ce que le monde de la finance craint, c’est que la situation d’incertitude traine. «  Ce peut être dans l’intérêt des diplomates britanniques de faire trainer leur sortie. Ils risqueraient alors d’instrumentaliser l’Europe, et de favoriser son implosion avec la montée des nationalismes » a prévenu Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d’assurance. Une crainte également manifestée par le patron de BNP Paribas. «On dit que les Britanniques pourraient finalement rester. Mais ce n’est pas possible, ils voudront pour cela supprimer la libre circulation des personnes. Ce n’est pas envisageable ».

Brexit : la place financière de Paris « veut faire valoir ses atouts »

La Place de Paris a l’intention de « faire valoir ses atouts » pour attirer les entreprises internationales, alors que sa concurrente britannique, la City de Londres, pourrait être fragilisée en cas de Brexit, ont indiqué le 30 mai de hauts responsables français.

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Valls tente de séduire les traders

De son côté, le Premier ministre, Manuel Valls, a annoncé au forum qu’il ferait tout pour « que le régime des impatriés devienne le plus favorable d’Europe ».

« C’est un geste de confiance de la France vis-à-vis de ceux qui veulent venir travailler, innover, créer des emplois en France et donc participer au rayonnement de notre pays ».

Afin de faciliter l’installation des particuliers et des entreprises, le chef du gouvernement a évoqué la mise en place, dès la rentrée prochaine, d’un « point d’entrée unique » d’information.

Ce guichet unique permettra aux candidats à l’impatriation (le fait de rentrer en France) ou à l’installation en France de s’informer facilement, dans leur langue, sur les dispositifs fiscaux qui les concernent, a-t-il expliqué. Et la durée pendant laquelle s’appliquent les exonérations fiscales partielles destinées aux impatriés sera prolongée de cinq à huit ans.

Ces mesures sont destinées à accueillir les banquiers grassement payés de la City, Français ou non et inquiets de la forte taxation des revenus en France. Enfin le Premier ministre a assuré que le taux d’impôt sur les sociétés allait progressivement baisser de 33 % à 28 %.

La compensation, un gros point d’interrogation

L’attractivité de la place parisienne devrait être renforcée, c’est aussi en raison de ses capacités en matière de compensation. Cette activité typiquement souveraine consiste à effectuer les paiements d’une institution bancaire en monnaie de la banque centrale. La compensation en euros a été autorisée au Royaume-Uni, où de nombreuses transactions ont lieu en euros, mais cette situation exceptionnelle est remise en question par la sortie du Royaume-Uni de l’Europe.

D’autres places financières sont sur les starting-blocks pour récupérer ces activités très lucratives, notamment pour le marché des dérivés. Les trois quarts du marché des dérivés en euro se déroule aujourd’hui à … Londres

Un budget européen pour dépasser le Brexit

Enfin plusieurs voix ont appelé à relancer l’intégration européenne notamment au sein de la zone euro. À la tête du mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling a reconnu que l’UE manifestait des problèmes d’intégration. « On doit avancer sur certains dossiers au niveau européen, comme sur l’Union des marchés de capitaux ou Schengen, mais d’autres enjeux doivent être relégués au niveau national » a assuré le banquier.

Qui a aussi plaidé pour un meilleur partage du risque entre pays européens, seule solution selon lui pour faire avancer l’Union économique et monétaire. « Créer une capacité budgétaire même limitée permettrait d’atténuer les chocs asymétriques. Cela existe aux États-Unis par exemple : les États peuvent emprunter à l’État fédéral en cas de crise, et rembourser un peu plus tard » a-t-il indiqué, plaidant par là même pour sa paroisse.

Le mécanisme européen de stabilité est en effet un embryon de budget européen : chaque État cotise pour l’alimenter. Mais il fonctionne comme un fonds de garantie, et son statut hybride, intergouvernemental, ne lui confère pas la crédibilité d’un vrai budget européen. Le mécanisme risque d’être appelé à la rescousse avec la crise des banques italiennes, renforcée par le Brexit.