EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

04/12/2016

Les investisseurs attendent un accord « à la suisse » entre l’UE et le Royaume-Uni

Royaume-Uni en Europe

Les investisseurs attendent un accord « à la suisse » entre l’UE et le Royaume-Uni

Quelles relations commerciales le Royaume-Uni aura avec le reste du monde après un Brexit ? C'est la question à 1000 milliards de livres.

Une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’UE, il est fort probable qu’il mette en place un accord bilatéral « à la suisse » avec l’UE, selon une enquête réalisée auprès d’investisseurs institutionnels.

FTI Consulting a interrogé 154 investisseurs institutionnels, gérant à eux tous plus de 10 000 milliards de dollars d’actifs. Plus des trois quarts des répondants ont affirmé qu’il y aurait bel et bien un Brexit et que le Royaume-Uni quitterait l’UE. Plus de la moitié (58 %) estime que l’État membre sortant va négocier un accord bilatéral avec l’UE, dans la même veine que celui de la Suisse.

Le consensus dominant est que le Royaume-Uni se dirigerait plus vers un modèle suisse que vers un accord sur l’Espace économique européen (EEE) ou sur l’OMC. Seuls 14 % et 11 % d’entre eux pensent que le gouvernement de Theresa May empruntera ces voies respectives.

Passeport

« La forme que peuvent prendre les règles commerciales entre le Royaume-Uni et le reste du monde est une question à 1 000 milliards de livres », a déclaré Louise Harvey, présidente du FTI Consulting à Bruxelles, faisant référence au montant que la Grande-Bretagne échange chaque année.

En ce qui concerne l’impact du Brexit sur le Royaume-Uni, seuls 52 % des répondants pensent qu’il est probable que le pays perde son « passeport » financier, alors qu’un retentissant 80 % estiment que les restrictions à l’immigration s’appliqueront une fois que le Royaume-Uni sera sorti du bloc.

>> Lire : Brexit : quel impact de la baisse de la livre sur l’économie britannique ?

Cependant 68 % des personnes interrogées se disent inquiètes de ce problème de « passeport » européen, alors que moins de la moitié s’inquiète des contraintes liées à l’immigration.

Le passeport européen permet à une entreprise d’un État membre de l’Espace économique européen d’offrir ses services dans n’importe quel autre pays de l’EEE sans avoir besoin d’approbation pour chacun de ces pays. Les multinationales voient ce « passeport » comme un atout précieux pour faire du commerce transfrontalier, puisque cela réduit de manière considérable la paperasserie.

L’idée même que le Royaume-Uni perde ce droit a fait craindre que Londres puisse perdre son statut de carrefour financier majeur de l’Europe, puisque les entreprises et établissements bancaires s’installeraient sur le continent.

Le modèle suisse plaît aux investisseurs

Reste à savoir vers quel type d’accord le Royaume-Uni compte se diriger durant ses négociations. Avant le référendum du 23 juin, nombreux sont ceux du camp Leave qui promouvaient le modèle norvégien comme une option viable.

Le modèle suisse est quant à lui très prisé par les investisseurs, comme le montrent les résultats de cette étude. La Suisse, qui ne fait pas partie de l’EEE, a dû négocier quelque 100 accords bilatéraux pour s’assurer l’accès aux marchés européens et aux agences associées comme Europol.

Mais il a fallu huit ans pour conclure les premières négociations commerciales, soit bien plus que les deux années dont dispose le Royaume-Uni pour atteindre un accord avec l’UE, une fois l’article 50 déclenché.

>> Lire : Verhofstadt prévient qu’un mauvais Brexit détruirait le marché unique

L’accord couvre le marché interne, mais aussi des sujets tels que la libre circulation des travailleurs. L’accord a été ébranlé lorsque la Suisse a décidé de limiter la libre circulation des travailleurs.

Les espoirs britanniques d’un précédent établi par les Suisses sur la liberté de circulation et l’accès au marché unique ont été détruits en septembre quand Bern a décidé de faire marche arrière sur son projet de limiter l’immigration européenne, préférant se concentrer sur la préférence locale lors de l’embauche. Le projet sera débattu à la fin de l’année, en décembre.

L’avenir des relations UE-Royaume-Uni ne repose pas qu’entre les mains de ce dernier et Westminster risque plus de devoir accepter des conditions qu’on lui impose que l’inverse.

Sans aucune surprise, le commerce est l’un des thèmes les plus délicats en vue des négociations, que Theresa May a prévu de commencer fin mars 2017. Au Royaume-Uni, le volume total des échanges s’élevait à 1 189 mille milliards d’euros en 2014, dont 48,79 % se font avec l’UE.

>> Lire : Le Brexit négligé par les pays asiatiques