Pour Tony Blair, un référendum sur l’UE mènerait au chaos

Organiser un référendum mènerait au chaos et à l’incertitude, a déclaré l’ancien Premier ministre, Tony Blair, le 8 avril, accusant David Cameron de troquer les intérêts nationaux de son pays contre des avantages politiques.

Lors d’un discours dans son ancienne circonscription de Sedgefield, Tony Blair a déclaré que si les conservateurs remportaient les élections du 7 mai, les entreprises britanniques feraient face à la plus grande période d’incertitude depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Imaginez le chaos engendré par la possibilité, voire le fait, que le Royaume-Uni quitte l’Europe », a commenté Tony Blair. « Les entreprises plongeraient dans une période de grande incertitude avant le vote.

Si les Britanniques s’expriment en faveur d’une sortie de l’UE, le Royaume-Uni se retrouverait dans une situation d’anxiété commerciale, de changement, et d’instabilité telle qu’il n’en a plus vu depuis la guerre.»

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Cette intervention de Tony Blair risque de susciter la controverse. Malgré trois victoires électorales, l’ancien Premier ministre est très impopulaire au sein d’une grande partie de l’opinion publique, principalement à cause de ses actions en Irak.

Ed Miliband, a été nommé chef du parti travailliste grâce à sa promesse de s’éloigner du programme « New Labour » de Tony Blair.

Selon Tony Blair, Ed Miliband fait preuve d’un « véritable leadership » en ne cédant pas à la pression du référendum. L’ancien Premier ministre soutient à « 100 % » l’actuel chef du parti travailliste.

David Cameron a promis d’organiser un référendum sur l’adhésion à l’UE d’ici fin 2017 dans le but d’attirer les électeurs tentés par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni.

Tony Blair a critiqué cette stratégie, déclarant que « cette question, qui concerne l’avenir du pays, est trop importante pour être bradée de la sorte ».

« Le Premier ministre ne croit pas réellement que nous devrions quitter l’Europe ; même l’Europe actuelle. Il s’agit d’une manœuvre pour attirer une partie de l’électorat UKIP, une concession destinée à amadouer le sentiment anti-Europe de certains médias. »

« Nous ne devrions tenir un référendum que si nous croyons sérieusement que sortir de l’Europe est une priorité nationale. Si ce n’est pas le cas, alors il s’agit d’un pari inacceptable sur notre avenir », s’est indigné Tony Blair.

Royaume-Désuni

Le regain d’attention apporté à l’UE dans la campagne coïncide avec la publication d’un rapport du Centre pour la réforme européenne indiquant qu’un Brexit nuirait à certaines zones défavorisées de manière disproportionnée.

Le rapport montre que les régions les plus pauvres du Royaume-Uni sont celles qui dépendent le plus des exportations vers l’UE.

Dans le nord-est de l’Angleterre, les exportations d’une des régions les plus pauvres du pays vers l’UE représentent 15 % de la production du secteur privé. Un pourcentage qui chute à 9 % dans la région plus riche du sud-est.

Si le Royaume-Uni quitte l’UE, il cherchera à négocier un accord commercial pour accéder au marché unique. Selon le rapport, un tel accord n’est pas garanti.

« Nous avons de bonnes raisons de penser qu’un accord de libre-échange post-Brexit ne sera pas conclu », avertit le rapport. « Les membres de l’UE chercheraient à punir la Grande-Bretagne, à dissuader d’autres États d’adopter la même stratégie… il est facile d’exagérer l’importance du marché britannique pour les autres États membres.»

Le rapport souligne aussi le fait que l’accès de Royaume-Uni au marché unique ne serait garanti que s’il accepte les règles le régissent, y compris la libre circulation des personnes, un sujet extrêmement controversé.

« Cette preuve devrait pousser les responsables politiques, particulièrement dans les régions pauvres du Royaume-Uni, à reconsidérer les risques [d’un Brexit] », conclut le rapport.

« Retour aux sources »

S’adressant au Sunday Telegraph le week-end dernier, David Cameron a appelé les électeurs de droite à « un retour aux sources » et à voter Tory en mai.

Le Premier ministre a dit comprendre la frustration ressentie par les électeurs sur les deux sujets avec lesquels UKIP fait campagne, l’immigration et l’Europe, mais les exhorte à bien penser leur choix de vote.

« Dans ces élections, il n’y a pas de place pour les votes de protestation », a-t-il affirmé. « Ces élections doivent permettre de choisir le gouvernement de ce pays pour les cinq prochaines années. »

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Pour l’eurodéputé UKIP, Patrick O’Flynn, les commentaires de David Cameron sont « arrogants ».

« Les électeurs de UKIP viennent de milieux politiques très différents et nombreux sont ceux qui ne se sont pas rendus aux urnes depuis 20 ans ou plus », a rappelé l’eurodéputé. « Ils ne considèrent pas du tout les partis politiques traditionnels comme leur « source », c’est typique de l’arrogance de Cameron de dire que oui. »

Contexte

Le Premier ministre David Cameron prévoit d'organiser un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE s'il est réélu en mai.

Son parti, au coude à coude avec le parti travailliste d'opposition dans la plupart des sondages, a promis de renégocier les liens avec Bruxelles avant un référendum fin 2017.

L'ancien chef de file du parti travailliste, Tony Blair, a été élu trois fois Premier ministre et a occupé le poste de 1997 à 2007.Durant ses mandats, le Royaume-Uni a développé une relation étroite avec le reste de l'UE. Tony Blair a rejeté le chapitre social du Traité de Maastricht et souhaitait rejoindre la zone euro.