EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

30/09/2016

Première victoire de Theresa May pour succéder à Cameron

Royaume-Uni en Europe

Première victoire de Theresa May pour succéder à Cameron

Theresa May, ministre britannique de l’Intérieur, est arrivée largement en tête du premier vote des députés conservateurs pour la désignation du nouveau Premier ministre d’un Royaume-Uni en proie aux premiers signes de panique liés au Brexit sur le marché immobilier.

Theresa May, une eurosceptique qui avait finalement rejoint la campagne pro-UE, a reçu le soutien de la moitié des 330 députés tories, soit 165 voix.

La favorite n’affrontait plus que deux autres candidats : la ministre pro-Brexit de l’Énergie, Andrea Leadsom (66 voix), et le ministre de la Justice, Michael Gove (48).

>> Lire : Theresa May tient la corde pour succéder à David Cameron

« Un gros travail nous attend : unifier notre parti et le pays, négocier le meilleur accord possible en quittant l’UE et faire en sorte que le Royaume-Uni soit au service de tous », a déclaré Theresa May après le scrutin. « Je suis la seule candidate capable de remplir ces trois tâches. »

Arrivé quatrième avec 34 voix, le secrétaire d’État aux Retraites, Stephen Crabb, a annoncé qu’il se retirait au profit de Theresa May, précisant à la BBC qu’il soutenait « de tout cœur » la favorite. En cinquième position avec 16 voix, l’ancien ministre de la Défense, Liam Fox a été éliminé de la course pour trouver un remplaçant à David Cameron, qui a annoncé sa démission le 24 juin, pour cause de Brexit.

Un Brexit qui commence à provoquer un vent de panique sur le marché immobilier britannique, avec trois fonds – Standard Life, Aviva Investors et M&G Investment – ayant brutalement suspendu leurs activités depuis le début de la semaine face à l’afflux des demandes de remboursements.

« Cela n’est probablement qu’une question de temps avant de voir d’autres fonds suivre le même chemin », a estimé Laith Khalaf, analyste chez Hargreaves Lansdown.

 Libre circulation

Le processus de sélection du Premier ministre qui va gérer la situation de crise économique et politique née de la sortie de l’UE doit se poursuivre jeudi et mardi prochain, pour parvenir à dégager deux finalistes qui seront ensuite départagés par un vote des 150 000 militants conservateurs durant l’été. L’élu(e) sera désigné(e) officiellement le 9 septembre.

Dans cette compétition, le ministre de la Justice, Michael Gove, l’une des figures de proue du camp du Brexit, souffre d’un manque de confiance auprès des députés après sa candidature surprise vécue comme une trahison envers Boris Johnson.

L’ancien maire de Londres, qui a fait sensation en se retirant de la course, a décidé de se ranger derrière Andrea Leadsom, 53 ans, une quasi inconnue du grand public avant la campagne référendaire.

Theresa May a répété lundi son intention, si elle est élue, de mettre dans la balance le sort des trois millions de citoyens européens installés au Royaume-Uni lors des négociations avec l’UE, ce que refusent ses adversaires.

En ce qui concerne l’activation de l’article 50, qui enclencherait la procédure de divorce, Theresa May et Michael Gove sont d’accord pour prendre leur temps, malgré la pression des Européens qui souhaitent aller le plus vite possible.

« Je ne comprends pas que le camp de ceux qui veulent quitter l’UE ait besoin de temps et de réfléchir avant de savoir ce qu’il faut faire », a raillé mardi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, moquant par ailleurs les « tristes héros d’aujourd’hui » : Boris Johnson et Nigel Farage, le chef démissionnaire du parti europhobe UKIP.

Jean-Claude Juncker, ainsi que le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont répété que le Royaume-Uni devrait accepter les règles européennes de libre circulation s’il veut garder accès au marché intérieur européen.

 Référendum hongrois

« Nous ne braderons pas nos libertés, et il n’y aura pas de marché unique à la carte », a insisté Donald Tusk, alors que la Hongrie a annoncé qu’elle organiserait le 2 octobre son propre référendum sur le plan européen de répartition des réfugiés entre les pays membres.

>> Lire : La Commission dénonce le référendum hongrois sur les quotas de migrants

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a lui critiqué la proposition du ministre britannique des Finances, George Osborne, de réduire l’impôt sur les sociétés à moins de 15% pour contrer les effets économiques négatifs du Brexit.

Mais côté britannique il y a urgence : outre le marché immobilier, la croissance dans le secteur des services, prépondérant dans l’économie du pays, a affiché un très net ralentissement en juin, a indiqué le cabinet Markit. Face aux craintes de récession, la Banque d’Angleterre a réagi en incitant les banques à ouvrir les vannes du crédit pour les ménages et les entreprises.

Dans la perspective du désengagement du Royaume-Uni, le secrétaire d’État britannique aux Affaires européennes, David Lidington, a laissé entendre que des discussions étaient « en cours » sur la possibilité que son pays renonce à assurer la présidence tournante du Conseil de l’UE, de juillet à décembre 2017.

>> Lire : La Bundesbank reste calme face au Brexit