Pro-UE mais réservés sur l’immigration, le dilemme des syndicats britanniques

[@EPA/ANDY RAIN]

Ils veulent tous garder des liens étroits avec l’Union européenne. Mais les syndicalistes britanniques, réunis cette semaine en congrès, sont bien plus réticents sur l’immigration européenne.

.Comme chaque année, la confédération des syndicats britanniques (Trade Union Congress, ou TUC) a réuni ses troupes dans la station balnéaire de Brighton, dans le sud de l’Angleterre. Et depuis le vote pour le Brexit en juin 2016, les futurs liens avec l’UE constituent l’essentiel de ses préoccupations.

Contrairement à la Première ministre conservatrice Theresa May, les syndicats présents -qui représentent quelque 5,6 millions de travailleurs- défendent le maintien dans le marché unique européen et mettent en garde contre les dangers d’un « Brexit dur ».

D’autant qu’une étude dévoilée par le TUC à l’occasion de son congrès montre que 2,5 millions d’emplois au Royaume-Uni dépendent directement des échanges avec les États européens.

Mais ils ne veulent pas forcément de la libre circulation des travailleurs européens – l’une des quatre libertés du marché unique avec celles des biens, des services et des capitaux -, accusée de tirer les salaires à la baisse et cause du vote pour le Brexit de la part d’un certain nombre de Britanniques.

Londres veut abandonner la libre circulation des travailleurs

Le Royaume-Uni veut mettre fin à la libre circulation des travailleurs après sa sortie de l’Union européenne et limiter l’immigration des Européens peu qualifiés, selon un document de travail du gouvernement britannique publié par The Guardian.

« Nous n’avons jamais été idéalistes à propos de l’Europe », lance Len McCluskey, leader du principal syndicat du pays, Unite.

Unite réclame le maintien dans le marché unique, mais voudrait que les employeurs ne puissent plus verser aux travailleurs étrangers des salaires inférieurs à ceux des travailleurs britanniques.

« Les emplois et les droits d’abord », a lancé de son côté la secrétaire générale du TUC, Frances O’Grady.

Elle a plaidé pour que les employeurs ne puissent plus faire de campagnes de recrutement à l’étranger avant d’avoir proposé ces postes au Royaume-Uni et suggéré de réserver des emplois publics aux citoyens britanniques.

Mais dans le même temps, elle craint que le Brexit ne soit « une course qui tire vers le bas » les droits des travailleurs et réclame « que les droits des Britanniques (ne soient pas) inférieurs à ceux dont profitent les Européens ».

« Contre les travailleurs »

Le TUC se doit de ménager la chèvre et le chou puisque, selon sa dirigeante, six adhérents sur dix ont voté pour le maintien dans l’UE, ce qui signifie qu’une forte minorité s’est exprimée pour le Brexit.

Mais certains syndicalistes rejettent jusqu’à l’idée de rester dans le marché unique et sont furieux de voir le Parti travailliste réclamer une période de transition avec maintien dans ce marché unique.

Si le TUC n’est pas officiellement affilié au Labour, leur histoire et leur financement se conjuguent.

« Le Parti travailliste est en quelque sorte malhonnête, après avoir voté pour le déclenchement de l’article 50 (qui a lancé la procédure de sortie de l’UE, ndlr) et avoir dit qu’il voulait mettre fin à la libre circulation », estime Kate Brown, 61 ans, une ancienne universitaire qui vend un magazine communiste devant le centre de conférence en front de mer.

« Beaucoup de choses dont le TUC dit qu’elles ont été apportées par l’UE ont en réalité fait l’objet de combats de la part des organisations syndicales britanniques bien avant que nous n’ayons rejoint l’UE », ajoute-t-elle.

Le syndicat du secteur des transports RMT est le seul à s’opposer à la vision positive du TUC sur le marché unique, accusant l’UE de propager « des mesures contre les travailleurs ».

« C’est Thatcher qui a fait campagne pour le marché unique. Nous devrions travailler pour le socialisme, pas pour les patrons », lance son représentant Edward Dempsey.

Les négociations du Brexit prennent du retard

Michel Barnier estime que les deux camps sont encore « loin » d’avoir réalisé des progrès suffisants pour lancer les discussions sur la future relation commerciale entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit.