EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

06/12/2016

Relâcher la pression pour éviter le Brexit?

Royaume-Uni en Europe

Relâcher la pression pour éviter le Brexit?

Big Ben, Londres.

[Sarantis Michalopoulos]

La pression des médias et de la classe politique entraînent parfois une réaction inverse. Ce fut le cas lors du référendum grec de 2015 et du rejet de la France de la Constitution européenne en 2005. Un article d’EurActiv Grèce.

Selon le psychiatre, Dimitris Papadimitriadis, la psychologie est un élément essentiel pour expliquer le comportement des électeurs.

Il explique que quand les gens ont l’impression que leur liberté de choisir est menacée, ils deviennent mal à l’aise.

>> Lire : L’UE compte mener la vie dure au Royaume-Uni en cas de Brexit

« Ce sentiment les pousse à faire face à cette menace et à prouver que leur libre arbitre n’est pas mis en danger.  Ce phénomène est connu sous le nom de ‘réactance psychologique’, et a pour la première fois été décrit par J.W Brehm en 1966 », indique le docteur.

« La réactance peut survenir lorsqu’un individu sent que quelqu’un ou quelque chose limite les choix qui se présentent à lui normalement », a ajouté Dimitris Papadimitriadis.

« Par exemple, quand quelqu’un subi une forte pression pour adopter un certain point de vue ou une certaine attitude, l’individu a tendance à adopter ou renforcer une attitude contraire à celle imposée, et accroit également sa résistance à la persuasion », a souligné le psychanalyste.

« Non » n’est pas une option

Selon le docteur, la pression exercée sur l’opinion publique en Grèce était énorme. « Les personnalités publiques, les banquiers, les politiques, les chefs d’entreprise, les journalistes accaparaient tous les grandes chaines de télé et les stations de radio pour répéter à l’envi que le « non » n’était pas une option […] et qu’il n’y avait pas d’autres choix [que d’accepter] ».

Les éléments de langage dogmatique et impératif tel que « doit, nécessité, devrait », les allégations du type « cette question est extrêmement grave » et des formulations comme « toute personne raisonnable conviendra que » provoquent la colère des gens, a expliqué le docteur.

« Quand le phénomène de réactance apparait chez un individu, il commence à éprouver des sentiments d’hostilité et d’agressivité, souvent dirigés à la source du message menaçant plutôt qu’envers le message lui-même. Les arguments contenus dans les médias en faveur du ‘oui’ sont donc devenus vains pour ne pas dire totalement invisibles », a conclu Dimitris Papadimitriadis.

Des précédents en Grèce et en France

La presse généraliste, associée à la position de personnalités politiques influentes, ont joué un rôle majeur dans le résultat final du référendum sur le Grexit en juillet dernier.

Les citoyens grecs se sont rendus aux urnes dans les mêmes circonstances que les Français en 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne. Des circonstances qui ont justement fortement influencé le vote.

Avant sa dernière réélection, le Premier ministre britannique, David Cameron, avait promis de renégocier la relation du Royaume-Uni avec l’UE, puis d’organiser un référendum pour déterminer si le pays devait ou non rester dans l’Union.

On peut déduire des référendums français et grec que la psychologie de masse sera un élément essentiel du référendum sur le Brexit le 23 juin.

Le 5 juillet 2015, le gouvernement de Syriza a organisé un référendum pour demander aux Grecs s’ils acceptaient les conditions du programme de renflouement proposé par les créanciers internationaux, la Commission européenne, le Fonds monétaire internationale (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE).

Malgré la pression exercée par les médias et la grande majorité des partis politiques grecs, 61 % des Grecs ont voté « non ».

Les anciens Premiers ministres, Costas Karamanlis, Antonis Samaras, Constantine Mitsotakis, et Costas Simitis, ainsi que le maire d’Athènes, George Kaminis, entre autres, ont mené la campagne pour le « oui » et incité les citoyens à ne pas faire sortir le pays de l’UE.

>> Lire : Les masques tombent chez les élus français pro-Brexit

De la même façon, en 2005, les Français, mécontents de l’élite au pouvoir, ont rejeté la Constitution européenne alors que les médias et le monde politique faisaient pression pour qu’ils l’adoptent.

S’exprimant sur la radio et la télévision nationales depuis son bureau à l’Élysée, trois jours avant le référendum français, le président Jacques Chirac avait appelé une dernière fois les français à voter « oui », tout en prévenant qu’un « non » au référendum signifierait un « non » à l’Europe.

Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, avait aussi apporté son soutien à la campagne pour le oui du référendum français.

Les électeurs français n’ont toutefois pas écouté les conseils de leur président et sont 56 % à avoir rejeté la Constitution.

 

Contexte

En 2015, pendant sa campagne de réélection, le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis de renégocier les conditions d’adhésion du pays à l’UE et d’organiser un référendum pour que les Britanniques décident s’ils souhaitent rester dans l’union ou en sortir.

Après un sommet lors duquel il a obtenu des concessions des 27 autres États membres, David Cameron a confirmé qu’il ferait campagne pour que le Royaume-Uni ait un avenir européen.

Les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l’UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l’interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l’UE.

Un Brexit aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l’investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

La campagne sera rude dans ce pays de tradition eurosceptique et doté d’une presse de droite très hostile à l’UE. Les sondages indiquent une course très serrée.