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11/12/2016

Rajoy douche les espoirs européens de l’Écosse

Royaume-Uni en Europe

Rajoy douche les espoirs européens de l’Écosse

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a déclaré que les dirigeants européens étaient « totalement » opposés à toute discussion bilatérale sur l’adhésion de l’Écosse à l’Union européenne. [Conseil]

L’Espagne s’est opposée à toute négociation avec le gouvernement écossais sur une possible adhésion à l’UE, de peur d’encourager les indépendantistes catalans au lendemain du référendum sur le Brexit.

La décision du Royaume-Uni de quitter l’UE a poussé Édimbourg à demander la tenue d’un second référendum sur son appartenance au Royaume-Uni. Et cette fois, l’annonce de l’Écosse a été bien accueillie par les institutions européennes.

Au Parlement européen,l’eurodéputé du Parti national écossais (SNP), Alyn Smith, a été ovationné suite à son discours pro-européen lors de la session plénière du 28 juin. « Retenez cela s’il vous plait : L’Écosse ne vous a pas laissé tomber. Je vous en prie, chers collègues, ne laissez pas tomber l’Écosse. »

>> Lire : Avenir incertain pour l’Écosse, l’Irlande du Nord et Gibraltar

Et dans la foulée du Conseil européen, la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a profité de l’occasion pour se rendre à Bruxelles et préparer le terrain pour une entrée potentielle dans l’UE.

Opposition espagnole

L’empressement écossais a cependant fortement déplu à Mariano Rajoy, qui lutte contre les velléités indépendantistes de la Catalogne, et voit d’un mauvais oeil la bienveillance de Bruxelles sur une possible adhésion d’Édimbourg.

Le premier ministre espagnol s’est donc empressé de doucher les espoirs de l’Écosse. « Nous sommes totalement contre. Les traités sont totalement contre et je pense que tout le monde est totalement contre », a-t-il insisté.

« Notre seul interlocuteur est le Royaume-Uni, dans le cas contraire, nous détruisons les traités », a-t-il déclaré aux journalistes, le 29 juin, après deux jours de sommet à Bruxelles.

Si le Royaume-Uni quitte l’UE, « l’Écosse partira » aussi, a ajouté Mariano Rajoy, qui a participé au sommet tout en essayant de former une coalition gouvernementale suite aux élections générales espagnoles du dimanche 26 juin.

Lorsqu’un journaliste lui a demandé si l’Espagne opposerait son véto à une demande de l’Écosse indépendante de rejoindre l’UE, le Premier ministre a répondu que la question était trop hypothétique. « Je ne sais pas ce qu’il se passera dans le futur. »

Second référendum

Nicola Sturgeon avait déjà déclaré qu’un second référendum sur l’indépendance de l’Écosse était « très probable » suite au vote du Royaume-Uni pour quitter l’UE la semaine dernière.

Nicola Sturgeon a rencontré le 29 juin le président du Parlement européen, Martin Schulz. Elle a aussi rencontré les chefs de file des principaux groupes politiques du Parlement, dont le Parti populaire européen (PPE), le groupe auquel Mariano Rajoy est affilié, les socialistes et démocrates (S & D) et les Libéraux.

>> Lire : Le Parlement européen refuse de laisser tomber l’Écosse

Des sources du PPE ont déclaré à EurActiv que la réunion avec surtout pour objectif d’écouter le point de vue de l’Écosse sur l’UE suite au référendum du Brexit. Le président du PPE, Manfred Weber, a toutefois clarifié le fait qu’aucune mesure ne serait prise tant que Londres n’aura pas activé l’article 50 du traité européen, qui permet de déclencher la procédure de divorce sur deux ans.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a également accepté de la rencontrer après le sommet du 29 juin.

Un responsable de la Commission a constaté que l’adhésion de l’Écosse à l’UE était fortement soutenue non seulement par les citoyens écossais, mais aussi par Westminster. « Nous avons 60 Écossais au parlement britannique que nous devons écouter. »

Des sources ont expliqué que Jean-Claude Juncker avait attendu que le Premier ministre britannique David Cameron quitte Bruxelles pour annoncer sa réunion avec Nicola Sturgeon le mercredi 29 juin, qui avait lieu seulement quelques heures plus tard.

Le président du Conseil, Donald Tusk, a refusé de la rencontrer, car « ce [n’était] pas le bon moment », a expliqué un membre de son équipe.

La visite de Nicola Sturgeon survient à un moment où les dirigeants européens tentent d’accélérer la procédure de divorce avec le Royaume-Uni et de discuter la refonte d’une Union à seulement 27 membres.

Aubaine pour la Catalogne ?

Comme il fallait s’y attendre, l’élan diplomatique de Nicola Sturgeon à Bruxelles a immédiatement été remarqué par les forces nationalistes en Espagne.

Carles Puigdemont, le président de la Catalogne, a déclaré que le Brexit allait provoquer un changement radical de point de vue de l’UE à l’égard des processus d’autodétermination.

Selon lui, les députés anti-sécessionnistes au parlement devraient être plus prudents lorsqu’ils disent qu’une Catalogne indépendante serait tout de suite en dehors de l’UE.

>> Lire : Une Catalogne indépendante serait en dehors de l’UE, mais pas de l’euro

« En ce moment même, la Première ministre écossaise rencontre le président de la Commission, Jean-Claude Juncker… vous allez voir à quel point Bruxelles va changer sa manière de considérer les cas écossais et catalan, car ils deviennent réalité. »

Si l’Europe est actuellement à l’écoute du point de vue écossais, les experts et les responsables politiques s’accordent à dire que l’Écosse et la Catalogne sont deux cas très différents.

Contexte

Ces dernières années, le sentiment indépendantiste a pris le dessus en Catalogne, avivé par les désaccords avec le gouvernement conservateur au pouvoir (PP) et le marasme économique qui secoue l'Espagne et a engendré le départ au chômage d'une personne sur quatre, malgré une lente reprise ces derniers mois.

Lors d'un référendum symbolique sur l'indépendance en novembre 2014, jugé inconstitutionnel par la Cour suprême espagnole, seuls 1,9 million d'électeurs sur 6,3 millions ont voté en faveur d'une sécession.

Avant les élections du 27 septembre, les indépendantistes ont annoncé leur intention de mener à bien le processus de séparation et de déclarer l'indépendance dans les 18 mois, s'ils remportaient la majorité absolue.

Leur projet consiste à approuver une constitution catalane et mettre sur pied des institutions telles qu'une armée, une banque centrale, un système judiciaire et une agence de collecte de l'impôt.

Dans le scénario le plus extrême, le gouvernement espagnol pourrait activer l'article 155 de la Constitution, qui suspendrait l'autonomie de la Catalogne.