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22/01/2017

L’ambassadeur britannique auprès de l’UE quitte le navire

Royaume-Uni en Europe

L’ambassadeur britannique auprès de l’UE quitte le navire

L’ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l’UE a inopinément démissionné, quelques semaines seulement avant que l’article 50 ne soit déclenché pour entamer les négociations sur le Brexit, a rapporté le Financial Times le 2 janvier.

L’annonce a été confirmée le 3 janvier par la représentation permanente à Bruxelles : Sir Ivan Rogers a démissionné de l’ambassade où il dirigeait le personnel depuis fin 2013. Il a même aiguillé David Cameron dans sa lente et laborieuse renégociation de l’adhésion du Royaume-Uni l’année dernière, avant le référendum fatidique de juin 2016.

Le départ choc de Sir Ivan Rogers, seulement huit semaines avant le délai de mars 2017 fixé par la Première ministre Theresa May pour entamer les deux années de négociations, a pris Londres et Bruxelles par surprise.

Pourtant, l’ambassadeur a été poussé sous les feux de la rampe suite à la fuite d’un de ses mémos en décembre, qui suggérait qu’un accord complet sur le Brexit pourrait prendre beaucoup plus de temps que les deux années stipulées dans le traité de Lisbonne, et pourrait ne pas être conclu avant les années 2020.

Le Financial Times a rapporté le 3 janvier qu’Ivan Rogers avait écrit une note à son personnel en expliquant simplement qu’il partait de manière prématurée, avant son départ prévu pour octobre 2017.

Dans son mail de démission envoyé à ses collègues, il fait une liste de critiques cinglantes. Il reproche notamment au gouvernement britannique de manquer « d’expérience sérieuse en négociation multilatérale ». Il va jusqu’à ajouter que la structure de l’équipe de négociation britannique « doit rapidement être revue ».

Même si cette critique pourrait être adressée au personnel en charge des négociations, il semblerait qu’elle soit davantage dirigée vers le trio des ministres du Brexit : Boris Johnson, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, David Davis, secrétaire d’État pour la sortie de l’UE, et Liam Fox, secrétaire d’État au commerce.

Sir Ivan Rogers a également conseillé à ses collègues de donner aux ministres pour le Brexit leur véritable point de vue lors des négociations – « même quand cela est embarrassant ». « J’espère que vous continuerez à affronter les arguments infondés et les réflexions confuses et que vous ne craindrez pas de dire la vérité à ceux qui sont au pouvoir »,  a-t-il insisté dans son email.

Ce bouleversement dans la délicate et complexe préparation des négociations par l’un des Britanniques les plus expérimentés risque de remettre en question l’état de préparation du camp londonien.

Rigoureux, droit et sincère

Lors de ses briefings sporadiques avec les journalistes de Bruxelles, Sir Ivan Rogers était perçu comme un personnage consciencieux et prudent – qui manquait peut-être du panache et du charme d’autres ambassadeurs britanniques dans d’autres grandes capitales européennes – mais toutefois droit et sincère.

Pour Nick Clegg, porte-parole du parti des libéraux démocrates sur le Brexit, « la démission d’une personne aussi expérimentée que Sir Ivan Roger est un coup dur pour les projets du gouvernement liés au Brexit ». L’ancien vice-premier ministre a également ajouté que l’ambassadeur était « scrupuleusement objectif et rigoureux ».

Incertitude

Alors que Downing Street, les institutions bruxelloises et les partis au Parlement n’ont pas immédiatement réagi, Charles Grant, du Centre d’études européennes, a quant à lui tweeté qu’un bon accord sur le Brexit était « moins probable ».

Selon lui, Ivan Rogers « faisait partie de ces rares personnes au sommet du gouvernement britannique qui comprenait l’UE ». Il semblerait que Shan Morgan, son adjointe, se retire également.

Il y a environ 72 heures, lors de ses vœux, la Première ministre Theresa May rassurait les électeurs britanniques sur le fait qu’elle chercherait à satisfaire les deux camps, du Leave et du Remain – une promesse qui parait ambitieuse, surtout depuis l’annonce de cette démission.

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Un choc

Hilary Benn, président de la commission du parlement britannique en charge du Brexit, a déclaré que la nouvelle était une véritable « surprise » et « pas une bonne chose ».

« Il ne peut pas y avoir de moment plus crucial pour un Britanniques à Bruxelles. C’est un poste absolument vital et il rapportait toujours de manière honnête ce qu’il comprenait de l’attitude des 27 autres États membres en vue des futures négociations », a-t-il déclaré à la BBC.

Richard Corbett, président adjoint des travaillistes au Parlement européen a quant à lui estimé que cette démission montrait « le fossé entre les partisans idéologues du Brexit et les négociateurs expérimentés ».

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