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25/07/2016

Les attentats alimentent les “pro” comme les “anti” Brexit

Royaume-Uni en Europe

Les attentats alimentent les “pro” comme les “anti” Brexit

La police montait la garde à la station Maelbeek le soir du 22 mars. [James Crisp]

Les politiques britanniques des deux camps citent les attentats de Bruxelles pour défendre leur point de vue sur l’Europe et Schengen.

L’UE rend-elle le Royaume-Uni plus ou moins sûr ? Les Britanniques s’écharpent avant le référendum sur l’Europe. Au centre du débat depuis le 22 mars, la zone Schengen, sans passeport, et ses possibles implications sécuritaires.

Quatre Britanniques ont trouvé la mort dans les attentats de Bruxelles. Un cinquième n’a pas encore été retrouvé. Les contrôles aux frontières ont été réinstaurés entre la Belgique, la France et les Pays-Bas après les attentats.

Schengen était déjà mis en cause en Grande-Bretagne dans le contexte de la crise des réfugiés, qui, selon certains, pousse le système à bout et a des implications terroristes non-négligeables. L’immigration et le contrôle des frontières sont en effet des enjeux clés dans le débat sur l’appartenance du pays à l’UE.

>>Lire : La question des réfugiés pourrait inciter au Brexit

Invasion

« Un homme politique américain a un jour dit que l’immigration sans assimilation était une invasion – et il avait raison », a déclaré Arron Banks, le fondateur de la campagne europhobe Leave.EU.

« Comme on pouvait s’y attendre, les partisans du Brexit tentent d’utiliser les atrocités de Bruxelles pour vanter le Brexit et dénoncer Schengen », indique Denis MacShane, ancien ministre à l’Europe sous Tony Blair et auteur d’un livre sur le sujet. « Ils semblent oublier les attentats du métro et du bus à Londres, en 2005. Le Royaume-Uni ne fait pas partie de Schengen et les services de sécurité et de renseignement britanniques ne sont pas non plus parvenus à empêcher les attentats. »

« Grâce au mandat d’arrêt européen, le Royaume-Uni a au moins réussi à faire extrader un des terroristes d’Italie », rappelle-t-il.

« L’immigration ne peut pas être utilisée comme épouvantail pour accélérer le Brexit », s’indigne Peter Wilding, du groupe pro-UE British Influence. « Les Britanniques sont plus intelligents que ça. La question de l’adhésion du pays à l’UE est plus large et plus historique. Nous devons prendre une décision cruciale et historique : pour lutter contre le terrorisme, qui ne connait pas de frontières, nous avons besoin de coopération, pas d’isolation. »

Commission

Le 23 mars, la Commission européenne a souligné que les attentats prouvaient cette nécessité de coopération entre les services de renseignements nationaux, via des structures européennes.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a appelé à la création d’une « union de la sécurité » lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre français, Manuel Valls.

>>Lire :

Jonathan Hill, le commissaire européen britannique, a insisté sur l’importance de la distinction entre Schengen et terrorisme. Un avis partagé par d’autres personnalités britanniques, comme Theresa May, ministre de l’Intérieur conservatrice, ou Andy Burnham, responsable des questions lié à l’Intérieur au parti travailliste.

« Le Royaume-Uni a des services de sécurité et de renseignement enviés partout dans le monde », a souligné Theresa May lors d’un débat à la Chambre des Communes. « Nous devons continuer à partager ces renseignements avec nos partenaires, et les encourager à faire de même. Chaque fois que les terroristes attaquent, ils tentent de nous diviser. Chaque fois, ils ont échoué. »

Les polices française et britannique ont ainsi participé à la recherche de Salah Abdelsam, organisateur des attentats de Paris, arrêté le 17 mars.

« L’UE renforce notre sécurité », assurait Theresa May dans une interview accordée au Times et publiée le jour des attentats. « En tant qu’États membres, nous pourrions améliorer notre partage d’informations, mais la coopération avec l’UE est bénéfique quand il s’agit d’attraper des criminels. »

Michael Howard, ancien dirigeant du parti conservateur et partisan du Brexit, compare quant à lui la zone Schengen à « une pancarte souhaitant la bienvenue en Europe aux terroristes ».

« Dans sa forme actuelle, l’Union européenne est défaillante, c’est un projet imparfait qui rend nombre de ses habitants plus pauvres et qui ne parvient pas à les protéger », a-t-il soutenu lors d’une intervention pour le groupe de réflexion de centre-droit Politea. Il assure avoir écrit ce discours avant les attentats.

UKIP sur la sellette

Après les premières explosions, à l’aéroport de Zaventem, et avant même que la piste terroriste ait été confirmée, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, UKIP, a publié un communiqué accusant l’espace sans frontière Schengen.

La missive envoyée par email à un grand nombre de personnes, a valu à ses auteurs des critiques immédiates sur les réseaux sociaux. Même le Premier ministre britannique, David Cameron, a réagi, qualifiant ces accusations de « déplacées ».

« Le fait que des terroristes puissent frapper le cœur de l’Europe avec une facilité apparente montre qu’ils sont parfaitement placés pour exploiter une situation sécuritaire laxiste créée par l’accord de Schengen et la politique de ‘portes ouvertes’ de l’UE », avait assuré Mike Hookem, porte-parole UKIP pour la Défense, qui n’a pas souhaité retirer ce commentaire. Nigel Farage, chef de file du parti, avait retweeté ces observations.

« Comme Donald Trump et ses remarques idiotes sur les musulmans, les partisans du Brexit en Grande-Bretagne sont prêts à aller aussi bas que possible pour tirer profit d’une tragédie comme celle-ci et défendre le Brexit », a commenté Denis MacShane, qui regrette que ce genre d’attentats encourage le sentiment eurosceptique.

 

Contexte

 

Deux jours après le double attentat qui a frappé l’aéroport de Bruxelles et une station de métro, le bilan est de plus de 30 morts et environ 250 blessés. Les autorités belges ont déclaré trois jours de deuil national.

Les deux auteurs des attentats, des frères bruxellois, étaient connus des services de police. Un troisième complice serait en fuite. Grâce aux informations données par le chauffeur de taxi qui a conduit les terroristes à l’aéroport le matin du 22 mars, la police a trouvé des explosifs et des drapeaux de Daech lors d’une perquisition.