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11/12/2016

Le Brexit n’arrange pas du tout les Écossais

Royaume-Uni en Europe

Le Brexit n’arrange pas du tout les Écossais

Les économistes voient rouge pour l’Écosse en cas de sortie de l’UE : l’économie pourrait connaître un recul de 2 milliards à 13 milliards d’euros d’ici 2030, selon le gouvernement écossais.

La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, veut assigner un nouveau ministre à la gestion des relations avec le gouvernement britannique dans la « période précédant et suivant le recours à l’article 50 ».

Malgré la pression exercée par les autorités européennes sur le Royaume-Uni pour que cet article soit invoqué le plus tôt possible, la Grande-Bretagne a affirmé qu’elle agirait au plus tôt l’année prochaine.

« Pour ceux qui dans le passé pensaient que le Royaume-Uni garantissait à l’Écosse une sécurité financière et une stabilité, honnêtement, cet argument ne tient plus », a déclaré Nicola Sturgeon. « Le Brexit va frapper violemment l’économie et les finances publiques, c’est un fait », a-t-elle prédit, précisant néanmoins qu’elle ferait de son mieux pour minimiser l’impact.

« Il est peut-être impossible de protéger les intérêts de l’Écosse au sein du Royaume-Uni, mais cela ne signifie pas que je n’essaierai pas », a-t-elle expliqué et ajouté que toute décision concernant l’indépendance écossaise revenait aux Écossais.

La Première ministre mettra également en place un sous-comité ministériel qui surveillera et dirigera les travaux du gouvernement en relation avec le Brexit.

Avant le vote, et immédiatement à la suite de l’annonce des résultats, elle avait prévenu que si l’Écosse devait quitter l’UE en raison des votes anglais, le mouvement indépendantiste écossais reprendrait certainement.

>> Lire : L’Écosse envisage un nouveau référendum d’indépendance en cas de Brexit

En septembre 2014, les Écossais s’étaient finalement décidés contre une sortie du Royaume-Uni, à 55 % des voix contre 45 %, lors d’un référendum soutenu par le Premier ministre, David Cameron.

Le gouvernement écossais s’est engagé à trouver un moyen de rester membre de l’UE, malgré les résultats du référendum en juin dernier. L’Écosse, l’un des quatre États composant le Royaume-Uni, avait voté pour rester dans l’UE à 62 % des voix, contre 38 % pour une sortie du bloc.

La nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, avait cependant averti que les projets de l’Écosse pour rester au sein de l’UE, alors que le Royaume-Uni avait voté pour un départ, étaient « impraticables ».

En mai 2015, le parti national écossais a remporté les élections nationales britanniques, occupant presque tous les sièges écossais à Westminster.

Cette élection a également été remportée par David Cameron, qui s’était engagé à organiser un référendum au sujet de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE s’il était élu.

>> Lire : Le raz de marée conservateur au Royaume-Uni ravive l’hypothèse du Brexit

Les estimations écossaises, concernant le coût du Brexit, s’appuient sur les résultats des études de groupes de réflexion économiques et du ministère des Finances britannique, observant les différentes possibilités d’accords commerciaux en cas de sortie de l’UE, mais aussi l’incertitude économique tant que la décision n’a pas été prise.

« En optant pour une solution qui force l’Écosse à quitter l’UE, nous prenons le risque de nuire aux exportations écossaises, de rendre le pays moins attrayant pour les investisseurs internationaux et de réduire la croissance économique et la prospérité », a développé le gouvernement écossais décentralisé.

Le gouvernement écossais a fait un compte rendu des conséquences potentielles des différentes solutions commerciales britanniques (rejoindre l’espace économique européen, signer un accord de libre-échange ou devenir membre de l’Organisation mondiale du commerce) sur l’économie, évaluées par un certain nombre de groupes de réflexion.

Les chercheurs du Fraser of Allander Institute de l’université de Strathclyde ont ainsi revu à la baisse leurs prévisions pour le PIB écossais 2017 : en prenant en compte l’incertitude économique et la perte de confiance des consommateurs après le référendum, la baisse devrait être de 1,9 % au lieu de 0,5 %.

Or, les exportations écossaises dans l’UE valaient près de 14 milliards d’euros en 2014 et représentaient 42 % des produits vendus en dehors du pays.

Les premières données concernant la période post-référendum n’ont révélé aucun impact majeur immédiat sur l’économie britannique, au vu de la montée en flèche des ventes au détail en juillet et la baisse des demandes des allocations chômage.

Cependant, les économistes s’attendent à une inflation croissante avec l’affaiblissement de la livre qui a perdu plus d’un dixième de sa valeur par rapport à l’euro. Ils prévoient également une baisse de la confiance dont les conséquences seront visibles dans les mois à venir.

Nicola Sturgeon n’exclut pas la possibilité d’un nouveau référendum écossais pour que l’Écosse reste dans l’UE, bien que l’indépendance n’ait pas été mentionnée dans le résumé des risques du Brexit sur l’économie écossaise.

Elle a d’ailleurs cherché du soutien pour rester au sein de l’UE, même si l’Angleterre quitte le bloc, et a mené une offensive diplomatique pour améliorer le profil de l’Écosse.

« Il y a […] un large consensus parmi les économistes : toute option prévoyant une sortie de l’UE impliquera une multiplication des obstacles pour le commerce et un ralentissement de la croissance économique sur le long terme », conclut le rapport.