Le Brexit remet Gibraltar dans la ligne de mire de Madrid

À Gibraltar, le "Oui" à l'Europe a remporté une victoire écrasante.

L’Espagne a proposé à l’ONU de partager la souveraineté sur Gibraltar avec le Royaume-Uni. Depuis le référendum, Madrid tente par tous les moyens d’étendre son influence sur l’enclave britannique. Un article d’EURACTIV Espagne.

Les négociations n’ont pas encore commencé, Londres n’a même pas encore activé l’article 50, mais l’Espagne a déjà présenté sa position sur les questions principales qui se posent à la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Madrid a déjà appelé la Grande-Bretagne à payer les frais de santé de ses citoyens résidant en Espagne, et revient à présent à ses ambitions pour Gibraltar.

« L’Espagne estime que le partage de souveraineté serait bénéfique à tout le monde », a assuré Román Oyarzun, représentant permanent du pays à l’ONU, lors d’une session centrée sur la décolonisation. La proposition de cosouveraineté « résoudrait un tas de problèmes, à la fois à l’heure actuelle et à l’avenir, qui résulteraient de la décision des Britanniques de quitter l’UE », poursuit-il.

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En juillet, le gouvernement espagnol a annoncé vouloir présenter un nombre de propositions censées minimiser l’impact du Brexit sur le « Rocher ».

« L’Espagne a officiellement invité le Royaume-Uni à ouvrir des négociations pour que les dispositions des traités européens continuent de s’appliquer à Gibraltar », a expliqué le diplomate. « La non-application de ces traités mènerait à une modification radicale des relations entre Gibraltar et l’Espagne, qui nuirait surtout à l’enclave britannique. »

Le projet serait que Londres et Madrid se partagent la souveraineté de Gibraltar, afin que celui-ci reste dans l’UE et continue à profiter d’un gouvernement aussi autonome que possible et de bénéficier de son accès au marché unique. Les Gibraltariens pourraient cependant conserver leur nationalité britannique, et même demander la double nationalité espagnole. Román Oyarzun a ajouté que le « Rocher » s’intègrerait facilement au système de gouvernements autonomes espagnol.

La proposition inclut des mesures comme un système fiscal séparé, compatible avec la législation européenne et la suppression de la barrière séparant l’enclave britannique de l’Espagne, érigée il y a plus de 100 ans par le Royaume-Uni. « L’Espagne et le Royaume-Uni seraient responsables ensemble de la défense, des affaires étrangères, du contrôle des frontières, des questions d’immigration et du système d’asile », a indiqué le représentant. L’adoption de la proposition de Madrid « mettrait un terme à une dispute qui dure depuis plus de 300 ans entre deux pays qui, j’insiste, sont des alliés et amis. »

L’homologue britannique de Román Oyarzun, Peter Wilson, a souligné que Londres était favorable à des négociations trilatérales, qui incluent Gibraltar, et ne participeraient pas à des discussions bilatérales.

« Le gouvernement britannique répète l’engagement pris il y a bien longtemps auprès du peuple de Gibraltar : la souveraineté de Gibraltar ne passera pas entre les mains d’un autre État sans l’accord libre et démocratiquement exprimé des citoyens », a-t-il déclaré.

Sur le « Rocher », le référendum a été tranché, puisque 96 % des Gibraltariens ont voté pour l’UE, avec seulement 800 votes pour le Brexit. Le nombre de votants – 84 % – a également été impressionnant. Les négociations de Brexit promettent donc de compliquer encore davantage la querelle entre Londres et Madrid.

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