Theresa May envisage un Brexit radical

Theresa May

La Première ministre britannique veut entamer en mars 2017 la procédure de divorce avec l’UE. En évoquant la reprise du contrôle de l’immigration, elle semble fermer la porte au marché unique.

En activant en début d’année prochaine l’article 50 du Traité de Lisbonne, Mme May donnera le coup d’envoi à deux ans de discussions particulièrement complexes entre la deuxième économie européenne et les 27 membres restants de l’UE.

«Cette décision veut dire que nous avons le temps de développer notre stratégie pour les négociations et (mettre au point) nos objectifs», a-t-elle déclaré lors d’un discours devant le congrès des conservateurs à Birmingham (centre de l’Angleterre).

Avant d’ajouter que si elle s’était donné du temps depuis son arrivée à la tête du gouvernement le 13 juillet, il ne fallait pas non plus laisser les «choses s’éterniser».

Un marathon diplomatique démarre pour envisager l'après-Brexit

Les rencontres entre dirigeants européens vont se multiplier avant la mi-septembre. Le moteur franco-allemand veut ranimer l’élan européen autour d’une feuille de route politique. Mais les thèmes de la sécurité ou de l’investissement sont aussi source de discorde.

L’annonce devrait donner satisfaction à Bruxelles, qui n’a pas caché son impatience de voir Londres traduire en actes le référendum du 23 juin, alors que l’UE est confrontée à la pire crise de son histoire.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a d’ailleurs immédiatement salué sur Twitter une «déclaration qui apporte une clarté bienvenue sur le démarrage des discussions sur le Brexit».

En précisant ses intentions, Mme May apaisera aussi ceux qui, dans les rangs de son parti conservateur, l’appelaient à faire montre de volontarisme.

Lors de son discours, elle a assuré que la transition se ferait «en douceur», et rejeté comme une «fausse dichotomie» le clivage entre «Brexit dur» et «Brexit allégé» qui divise son parti, mais aussi son gouvernement.

Inquiétude des milieux économiques

Elle a aussi réaffirmé qu’elle souhaitait négocier le «meilleur accord possible», donnant quelques indices sur la stratégie qu’elle pense mettre en place, mais sans trancher définitivement sur des questions comme le contrôle de l’immigration, réclamé par les Britanniques, ou la place du Royaume-Uni dans le marché unique.

Elle a toutefois prévenu que le Royaume-Uni ne quittait pas l’UE pour «abandonner à nouveau le contrôle de l’immigration». Or pour Bruxelles, les quatres piliers du marché unique, soit la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, n’est pas négociable. Le président de la Commission européenne, tout commes les dirigeants français et allemand, l’ont répété à plusieurs reprises depuis juin dernier.

L’incertitude quant à la direction que prendra le Brexit inquiète les milieux économiques, ce que n’a pas manqué de rappeler la puissante organisation patronale britannique CBI.

Mme May, a réagi la CBI, a certes répondu à une question pressante en précisant son calendrier, mais elle a aussi «accentué un besoin urgent de réponses sur les autres».

Le Medef s’inquiète des conséquences du Brexit

Lors de sa 18e université d’été, la question du Brexit a agité les représentants du patronat français. Qui craignent que ce coup d’arrêt au projet européen ne plombe la relance économique de l’Union européenne.

Sans «plan» clairement identifié, l’annonce n’a «aucun sens», a fustigé de son côté l’opposition travailliste.

Dans les allées du centre de conférence ICC de Birmingham, où se déroule le congrès des tories, les paroles de la Première ministre ont en revanche ravi des militants en quête de repères.

«C’est une bonne chose que d’avoir un certain niveau de certitude quant au Brexit», a déclaré à l’AFP Dan Tor, 25 ans. «On a voté pour quelque chose (le Brexit) et ça va se produire. C’est bien».

Fin mars, «c’est le bon moment», a abondé Rachel Joyce, une autre militante, selon laquelle ce délai permettra «de se mettre en ordre de bataille» pour négocier avec l’UE.

Le Brexit sera une réussite, veut-elle croire, en imaginant, dans 10 ans, un Royaume-Uni prospère, faisant «ce qu’il sait faire de mieux: le libre-échange». Les observateurs s’interrogeaint toutefois dès dimanche sur la capacité du pays à pouvoir organiser des traités de libre-échange rapidement, ne serait-ce qu’avec les 27 pays de l’Union européenne, dans les deux ans à venir.

Pas d’élections anticipées

Avant d’en arriver là, le pays devra négocier l’accord de sortie avec l’UE, une tâche titanesque aux innombrables répercussions.

Pour le Financial Times, Theresa May vient de vivre ses «meilleures semaines» et celles qui l’attendent ne peuvent être que pires, d’autant que les autres membres de l’UE n’ont nullement l’intention de lui accorder de faveurs.

Pour l’instant, elle dispose encore de plusieurs atout dont une cote de popularité confortable. Elle profite également des déboires du Labour, le principal parti d’opposition, devenu quasi inaudible à force de querelles intestines.

Seuls maîtres à bord du bateau Royaume-Uni, les tories pourraient être tentés de pousser leur avantage en précipitant les élections législatives prévues en 2020. Mais Theresa May a exclu cette hypothèse dimanche, pour ne pas créer de l’«instabilité», dans un entretien au journal Sunday Times. Elle y annonce par ailleurs qu’elle présentera une loi au printemps 2017 pour révoquer l’Acte d’adhésion à l’UE de 1972.

«Cela marquera la première étape pour faire du Royaume-Uni un pays souverain et indépendant à nouveau», déclare Mme May, qui prononcera le discours de clotûre du congrès mercredi.