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07/12/2016

Tusk s’indigne de la comparaison entre l’UE et Hitler dans la campagne du Brexit

Royaume-Uni en Europe

Tusk s’indigne de la comparaison entre l’UE et Hitler dans la campagne du Brexit

Adolf Hitler se retrouve au milieu de la bataille sur le Brexit.

[Recuerdos de Pandora/Flickr]

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’en est pris de manière virulente à Boris Johnson, figure de proue de la campagne pro-Brexit et ancien maire de Londres, qui a comparé le projet européen à celui d’Adolf Hitler.

Boris Johnson, conservateur partisan du Brexit, a déclaré le 15 mai que dans l’histoire européenne, plusieurs personnes avaient essayé d’unifier le continent sous un seul gouvernement.

« Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s’est terminé de manière tragique. L’Union européenne est une autre tentative, mais avec des méthodes différentes », a-t-il expliqué dans un entretien avec le Sunday Telegraph.

« Inexcusable »

L’ancien maire de Londres est un fervent défenseur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, sur laquelle doivent se prononcer les Britannique lors d’un référendum le 23 juin. Mais la métaphore du conservateur a choqué du côté de Bruxelles.

« Quand j’entends que l’UE est comparée aux plans et aux projets d’Adolf Hitler, je ne peux pas rester silencieux », a déclaré Donald Tusk le mardi 17 mai, lors d’une conférence de presse à Copenhague, aux côtés du Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen.

« Il faudrait ignorer des arguments aussi absurdes s’ils n’avaient pas été formulés par l’un des hommes politiques les plus influents du parti au pouvoir », s’est indigné le président du Conseil européen.

« Boris Johnson a dépassé les limites d’une discussion rationnelle, faisant preuve d’amnésie politique », a-t-il accusé, tout en ajoutant que ce trou de mémoire était inexcusable.

Intervention sans précédent

L’ancien Premier ministre de la Pologne, pays qui a beaucoup souffert pendant la Seconde Guerre mondiale, est le premier responsable européen à intervenir dans le débat du Brexit. La Commission européenne a toujours refusé de commenter ce débat de plus en plus houleux, insistant sur le fait qu’il ne concernait que les Britanniques.

« Nous nous sommes retenus de faire tout commentaire sur le référendum britannique, quel que soit leur ton, et nous ne changerons pas de position aujourd’hui » déclaré le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, le 17 mai à Bruxelles

>> Lire : La campagne pour ou contre le Brexit démarre officiellement

Au Danemark, Donald Tusk a rappelé que tout le monde en Europe avait le droit d’organiser un référendum sur des questions sensibles.

« Les citoyens britanniques prendront cette décision eux-mêmes et n’ont pas besoin qu’on leur souffle la réponse, et surtout pas Bruxelles. Je comprends très bien cela », a-t-il déclaré. « Mais nous, défenseurs de l’Union européenne, avons aussi le droit, et même l’obligation, de défendre notre vision de l’Europe. »

Le responsable polonais a affirmé que l’UE n’était pas un « super-État », mais un outil commun pour faire face à la politique étrangère agressive de la Russie ou à la crise des réfugiés.

Le chaos politique comme alternative à l’UE

« On peut reprocher beaucoup de choses à l’UE, mais elle reste encore le rempart le plus efficace contre les conflits toujours dangereux et souvent tragiques entre les nations européennes », a déclaré Donald Tusk aux journalistes. « Aujourd’hui, nous devons nous rappeler cette vérité banale et ennuyeuse : la seule alternative à l’Union est le chaos politique, le retour des égoïsmes nationaux, et par conséquent, le triomphe des tendances antidémocratiques, qui pourraient faire en sorte que l’histoire se répète. »

Les commentaires de Boris Johnson ont également été critiqués ce week-end par le camp pro-UE. Le principal opposant du parti travailliste a estimé que les commentaires de Boris Johnson montraient bien que sa campagne perdait « toute conscience morale », alors que l’ancien chef de file des libéraux démocrates, Paddy Ashdown, a qualifié l’ancien maire de Londres d’imitation de Churchill de pacotille.

Boris Johnson n’en est pas à sa première déclaration polémique. Le mois dernier, alors que Barack Obama avait encouragé les Britanniques à rester dans l’UE, Boris Johnson lui avait prêté un penchant antibritannique lié à ses origines « en partie kenyanes ».

>> Lire : Obama au Royaume-Uni en avril contre le Brexit

 

Contexte

Le Premier ministre britannique, David Cameron a promis de renégocier les relations de son pays avec l’Union européenne. La renégociation sera donc suivie d’un référendum, qui aura lieu le 23 jui, pour décider si, oui ou non, le Royaume-Uni reste dans l’UE.

Après l’accord conclu lors du Conseil européen des 18 et 19 février 2015, David Cameron fera campagne pour que le pays reste dans l’UE.

Prochaines étapes

  • 23 juin : référendum