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08/12/2016

Le Brexit menacerait le système de santé britannique

Royaume-Uni en Europe

Le Brexit menacerait le système de santé britannique

Si le Royaume-Uni décide de quitter l’UE, cela pourrait avoir de graves répercussions sur le Service de santé national (NHS), selon les eurodéputés britanniques de plusieurs groupes politiques.

La santé publique est devenue un enjeu majeur de la campagne précédant le référendum sur l’avenir du Royaume-Uni dans l’UE, qui aura lieu le 23 juin. Surtout depuis que des doutes ont émergé sur le bon fonctionnement du Service de santé national (NHS) en cas de Brexit.

« Le Brexit aurait un impact énorme sur la santé au Royaume-Uni, et sur l’avenir de notre Service de santé national », a déclaré Glenis Willmott, eurodéputée du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D).

>> Lire : Les partisans du Brexit dénoncent la «propagande» de Cameron

Selon elle, sans les infirmières et les docteurs venant d’autres pays européens, le NHS ne pourrait pas fonctionner comme aujourd’hui. Actuellement, environ 26 % des médecins du NHS sont étrangers.

En effet, rappelle Catherine Bearder, eurodéputée de l’Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE), les Européens immigrés sont nombreux à travailler en tant que médecins pour le système de santé britannique.

Les citoyens britanniques peuvent facilement accéder aux systèmes de santé d’autres États membres, et les programmes de recherche européens permettent par ailleurs aux scientifiques de travailler sur de nouveaux traitements révolutionnaires.

>> Lire : Les Pays-Bas restent les champions des systèmes de santé en Europe

« Un Brexit pèserait lourd dans la collaboration internationale, pourtant vitale pour développer des systèmes de santé de renommée mondiale », a déclaré Catherine Bearder.

Craintes des professionnels de la santé

Même si l’UE a peu d’influence sur la manière dont les États membres conçoivent leur système de santé, l’adhésion influence indirectement les finances publiques, le personnel, et les fonds disponibles pour la recherche médicale dans les universités.

Si le Royaume-Uni quittait l’UE, mais restait dans le marché unique, il faudra déterminer quelles sont les lois sur la protection des droits des consommateurs s’appliquent dans le pays et si les citoyens britanniques peuvent continuer à participer à des programmes de santé européens.

>> Lire : Relâcher la pression pour éviter le Brexit ?

La semaine dernière, plus de 200 professionnels de la santé, dont deux anciens responsables du NHS et plusieurs professeurs de médecine ont publié une lettre ouverte dans The Times où ils assurent que « les services de santé, la collaboration dans la recherche et la protection de la santé publique sont plus robustes à l’intérieur de l’UE ».

Simon Wessely, professeur de médecine psychologique au King’s College de Londres et signataire de la lettre, soutient qu’un Brexit aurait des conséquences négatives sur « les fonds, les citoyens et la recherche ».

Le système de santé britannique aurait moins de fonds et subirait une plus grande pression financière si le Royaume-Uni coupait ses liens avec son plus grand marché.

Division sur la science et la recherche

Par ailleurs, la position du Royaume-Uni en tant que leader en science et en recherche serait mise à mal puisque le pays recevrait moins de fonds européens et les universitaires ne pourraient plus circuler librement dans l’UE, estime Simon Wessely.

Actuellement, un tiers des projets scientifiques financés par l’UE sont menés par le Royaume-Uni, ce qui changerait si la Grande-Bretagne n’influençait plus la politique scientifique européenne.

Julia Reid, porte-parole du parti UKIP pour les questions scientifiques, et biochimiste de profession, a pour sa part qualifié ces arguments d’alarmistes.

Avant que le Royaume-Uni rejoigne l’UE, les scientifiques voyageaient en Europe et dans le monde à leur guise, a-t-elle rappelé. L’actuelle politique d’immigration du Royaume-Uni empêche les scientifiques non européens de se rendre en Grande-Bretagne, a assuré Julia Reid.

« Sept des dix meilleures universités européennes se trouvent au Royaume-Uni, et quatre sont dans le top cinq. C’est notre excellence universitaire dans la recherche qui attirera les investissements dans la recherche scientifique, pas le fait que nous faisons partie d’une union politique défaillante », a-t-elle commenté.

Julie Girling, eurodéputée du groupe des conservateurs et réformistes européens, a quant à elle décidé de soutenir la campagne pour rester dans l’UE. Un de ses principaux arguments est que l’UE permet de soutenir les institutions universitaires, et donc l’emploi.

« Les universités britanniques veulent à tout prix rester dans l’UE, qui leur apporte de nombreux fonds pour la recherche, dont le bénéfice est bien connu. Cela montre qu’être membre de l’UE, permet de créer de l’emploi et de la croissance », a poursuivi l’eurodéputée.

Des normes plus strictes

Selon Julie Girling, la loi européenne a aussi permis d’élever les normes de la sécurité alimentaire, de l’étiquetage et de la santé animale, entre autres.

Pour Glenis Willmott, membre du conseil consultatif de Healthier in the EU, les grandes victoires de l’UE en matière d’amélioration de la santé publique incluent la coopération pour combattre la pollution de l’air, les règles communes sur les problèmes de santé publique comme le tabac, et le financement de la recherche innovante.

Cette eurodéputée socialiste dirige le travail de révision de la loi sur les essais cliniques au Parlement européen, et essaye de faciliter le travail transfrontalier des chercheurs, afin qu’ils puissent mener des essais dans plusieurs pays à la fois et ainsi élargir leur panel de participants.

Elle craint désormais que la Grande-Bretagne n’entre dans une longue période d’incertitude. « Nous ne savons pas si nous allons garder ou perdre telle ou telle loi et une des raisons pour laquelle je milite contre le Brexit est le travail crucial accompli grâce au règlement sur les essais cliniques », a-t-elle indiqué.

Les Verts craignent surtout le TTIP

Une sortie de l’UE ne supprimera pas le « vrai » danger qui menace la NHS : les négociations de l’accord de libre-échange TTIP avec les États-Unis, estime quant à lui Keith Taylor, du parti écologiste.

« Comme nombre d’autres activistes, je reconnais la menace que représente le TTIP, mais quitter l’UE ne nous protègera pas d’accords commerciaux dangereux. [Le Parti conservateur] est le plus grand fan du TTIP. Si nous quittions l’union, il mettrait en place des accords bilatéraux tout aussi dangereux pour notre service public le plus important », explique-t-il à EurActiv.

Pour Keith Taylor, la plus grande menace pour la NHS est les « politiciens pro-privatisation qui passent les législations atrophiant les services de santé ».

« Avec mes collègues européens et de nombreux militants de toute l’Europe, nous avons une chance de stopper le TTIP. Nous continuerons à protéger les intérêts de la NHS et à rejeter tout accord qui menace nos services de santé », assure-t-il.

EurActiv a tenté de demander à la Commission quelles seraient les conséquences d’un Brexit sur la santé publique. La Commission ne répond pas à des « questions hypothétiques », nous a-t-on répondu.

Contexte

En 2015, pendant sa campagne de réélection, le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis de renégocier les conditions d'adhésion du pays à l'UE et d'organiser un référendum pour que les Britanniques décident s'ils souhaitent rester dans l'union ou en sortir.

Après un sommet lors duquel il a obtenu des concessions des 27 autres États membres, David Cameron a confirmé qu'il ferait campagne pour que le Royaume-Uni ait un avenir européen.

Les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l'UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l'interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l'UE.

Un Brexit aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l'investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

La campagne sera rude dans ce pays de tradition eurosceptique et doté d'une presse de droite très hostile à l'UE. Les sondages indiquent une course très serrée.

Prochaines étapes

  • 23 juin: Référendum britannique sur l'UE.
  • 27-28 juin: Sommet européen.
  • Juillet-décembre 2017: Le Royaume-Uni sera à la présidence tournante du Conseil de l'UE.