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20/01/2017

Londres peine à gérer ses diplomates face au Brexit

Royaume-Uni en Europe

Londres peine à gérer ses diplomates face au Brexit

Sir Ivan Rogers

La démission de l’ambassadeur britannique auprès de l’UE semble avoir été provoquée par le projet du gouvernement britannique de nommer un autre diplomate au dessus de lui. Le Royaume-Uni a nommé un autre ambassadeur, Sir Tim Barrow.

Le gouvernement britannique prévoyait de mettre Sir Ivan Rogers sur la touche dès l’article 50 activé, ont affirmé deux sources britanniques à Bruxelles. Selon elles, un autre négociateur, probablement du ministère des Affaires étrangères, aurait du être intégré à l’ambassade du Royaume-Uni à Bruxelles à partir du mois de mars.

Le remplacement de Ivan Rogers suite à sa démission surprise a été annoncé le 4 janvier. Sir Tim Barrow, ancien ambassadeur à Moscou et décrit comme un « dur négociateur », prendra ses fonctions dès la semaine prochaine.

Sir Tim Barrow n’est pas un néophyte à Bruxelles. Durant ses trente années de carrière auprès du département britannique des Affaires étrangères, il a été ambassadeur à Moscou – au moment de l’émergence de la nouvelle Guerre froide avec Vladimir Poutine. Tim Barrow est un politique bruxellois chevronné puisqu’avant ça, il était représentant britannique au Comité politique et de sécurité de l’UE de 2008 à 2011.

Enfin, lorsqu’il était plus jeune il a été l’assistant dans une direction de la Commission puis premier secrétaire à la représentation britannique.

Theresa May aurait ignoré les appels de certains membres de son parti conservateur qui voulait un candidat 100 % pro-Brexit, ce qui est loin d’être le cas de Tim Barrow.

Les deux sources ont déclaré que la démission de l’ambassadeur avait été un choc et avait bouleversé les plans pour l’éloigner en douceur des négociations sur le Brexit.

Un micmac qui traduit un certain malaise

Des personnalités du gouvernement britannique avaient senti qu’Ivan Rogers était très pressé d’accepter les règles et procédures de négociation habituelles de l’UE.

Son remplacement signifie que les « règles normales » ne s’appliqueront pas au Brexit et s’appliqueront de manière beaucoup plus sévère avec l’UE, selon les sources.

« Sir Ivan Rogers aurait gardé le titre de chef, mais il serait simplement devenu un canard boiteux », ont-elles commenté. « Il se serait occupé de la paperasse alors que le nouveau aurait mené les négociations sur le Brexit. Et bien sûr, si quelque chose s’était mal passé, il aurait endossé l’entière responsabilité. »

Interrogé sur ce projet, une porte-parole de la représentation permanente du Royaume-Uni a déclaré qu’il n’y avait rien à ajouter à la précédente déclaration faite suite à l’annonce de la démission de Sir Ivan Rogers. « Il a pris cette décision maintenant pour permettre à son successeur d’être nommé avant que le Royaume-Uni n’invoque l’article 50 fin mars. »

>> Lire : L’ambassadeur britannique auprès de l’UE quitte le navire

Selon une source, le sentiment anti-Ivan Rogers s’était accentué suite à la visite de David Davis, le responsable du Brexit, à Bruxelles et à Strasbourg en novembre. « Davis a été confronté à une réalité qui ne lui a pas plu », a-t-elle indiqué. « Ivan Rogers a exposé ses arguments et le sentiment qu’il n’était pas la bonne personne [pour mener à bien les négociations] s’est développé. »

« Ils ne voulaient pas le virer totalement à cause de son expertise dont ils ont besoin. Sa démission a jeté un pavé dans la mare. »

Ivan Roger, figure centrale des négociations de David Cameron pour une renégociation de l’adhésion du Royaume-Uni avant le référendum, a démissionné le 3 janvier, soit moins de trois mois avant l’activation par Theresa May de l’article 50.

Le 4 janvier, le Times, a rapporté que le tournant décisif dans les relations entre Ivan Rogers et Downing Street avait eu lieu lors de la deuxième semaine de décembre, à l’occasion du Conseil européen à Bruxelles. Ce matin-là, il avait prévenu les ministres que dix années seraient nécessaires pour finaliser un accord commercial post-Brexit.

Le gouvernement ne l’ayant pas soutenu, Ivan Rogers a pris la décision de démissionner, selon le Times. Une décision confortée suite à un désaccord avec David Davis.

Dans sa lettre de démission, il a écrit : « Nous ne savons pas encore quels sont les objectifs de négociation du gouvernement pour une relation du Royaume-Uni et de l’UE après le Brexit. J’espère que vous continuerez à réfuter les arguments non fondés et les réflexions confuses et que vous ne craindrez jamais de dire la vérité à ceux qui sont au pouvoir. »

Le Brexit durera « des années et des années » selon Van Rompuy

Pas de panique, le Royaume-uni ne faisait déjà plus partie de l’UE. C’est en substance, ce que plusieurs ministres des Affaires étrangères de l’UE ainsi que l’ex président du Conseil européen Herman Van Rompuy ont évoqué lors d’une table ronde à Paris.

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