EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/09/2016

Un marathon diplomatique démarre pour envisager l’après-Brexit

Royaume-Uni en Europe

Un marathon diplomatique démarre pour envisager l’après-Brexit

La rencontre Merkel, Renzi et Hollande aura lieu à bord du porte-avion Garibaldi le 22 août

Les rencontres entre dirigeants européens vont se multiplier avant la mi-septembre. Le moteur franco-allemand veut ranimer l’élan européen autour d’une feuille de route politique. Mais les thèmes de la sécurité ou de l’investissement sont aussi source de discorde.

La rentrée européenne démarre dès ce 22 septembre sur l’île de Ventotene, près de Naples, et ouvre un véritable tunnel de rencontres avant le sommet à 27 de Bratislava, prévu le 16 septembre. Les dirigeants sociaux-démocrates se réuniront ensuite, jeudi 25 août à la Celle Saint Cloud près de Paris. Le 31 août, François Hollande rencontrera Donald Tusk à Paris. Le 2 septembre, François Hollande et Angela Merkel, se retrouveront de nouveau pour dîner, en Suisse, tandis qu’Alexis Tsipras attend les dirigeants du bloc du Sud de l’Europe, dont la France, le 9 septembre à Athènes. Objectif de ce marathon diplomatique : trouver un élan politique commun à ceux qui restent, après le départ du Royaume-Uni.

Les palabres bi latérales ont démarré doucement cet été, et la rencontre France-Allemagne-Italie de lundi prétend accélérer une séquence politique encore un peu molle sur le projet européen post-Brexit.

Il faut dire que les thèmes principaux que le couple franco-allemand souhaite voir avancer, déroulés dès le mois de juin, ne font pas exactement rêver. Il s’agit plutôt de colmater les brèches, voire de coller des rustines face aux défis qui menacent l’UE.

Des points de vue divergents sur la sécurité

Le premier enjeu identifié, celui de la sécurité, est justement un thème sur lequel les 27 peinent à s’entendre. Symboliquement, les dirigeants italiens, français et allemand se retrouvent pour dîner, lundi soir, sur le porte-avion Garibaldi, un équipement avant tout militaire, même si le bâtiment sert aussi à secourir des migrants en Méditerranée.

Or si la crainte du terrorisme est générale, l’attitude à adopter en matière de sécurité est très différente entre les pays de l’Est d’un côté qui veulent fermer leurs propres frontières, et les grands pays qui prétendent reprendre le contrôle de la zone Schengen en contrôlant mieux les frontières extérieures. Le trio Italie, France, Allemagne veut accélérer la mise en place du corps de garde-frontières européen, qui doit commencer ses opérations d’ici la fin de l’année. La France doit ainsi fournir 170 personnes à ce nouveau corps qui sera géré par Frontex. La France soutient aussi le projet Etias de la Commission, pour instaurer un système de visa payant pour les non-européens sur le modèle de l’Esta américain, et qui permettrait de mieux contrôler les profils des individus pénétrant sur le territoire européen. Le paradoxe étant que la question de la sécurité, si cruciale pour le futur de l’UE, vient justement d’être confiée à un diplomate britannique, Sir Julian King, désigné comme commissaire cet été.

L’autonomie stratégique de l’UE en question

Pour les pays fondateurs, la question de la défense s’avère aussi cruciale. « On perd une capacité militaire avec le Royaume-Uni, il faut rebondir et se renforcer sur ce domaine » assure-t-on à l’Elysée. Le Royaume-Uni est le pays européen qui dispose de l’armée la plus conséquente, après la France, et son départ risque de créer des lacunes dans l’arsenal de l’UE. Tant et si bien que la France et l’Allemagne souhaitent voir des investissements spécifiques dédiés à la recherche, et songent à une structure d’investissement dédiée pour soutenir des projets conjoints. La question de l’autonomie stratégique européenne, chère aux plus europhiles comme Guy Verhofstadt ou même Jean-Claude Juncker, ne représentait pas jusqu’alors un enjeu pour la France, qui se satisfaisait de son propre arsenal doublé d’une coopération poussée avec son voisin britannique.

Les questions économiques interviennent au troisième plan des principaux enjeux que la France et l’Allemagne souhaitent mettre en avant. Mais pour remporter l’adhésion de l’Allemagne, c’est la question de l’investissement qui est mise en avant, plutôt que les questions sociales. C’est en investissant plus dans le numériques, les énergies propres ou l’agriculture raisonnée que la croissance reviendra, promet le trio. La question de l’harmonisation sociale fiscale, qui prend tout son sens au sein de la zone euro, doit une énième fois être remises sur le tapis, même s’il est peu probable que les choses bougent de ce côté là. Qui dit harmonisation dit nivellement pour les pays dont la protection est la plus élevée, comme la France. Or raboter le SMIC ou reculer l’âge de la retraite sont des thèmes qui ne risquent pas d’émerger en ces périodes électorales de part et d’autre du Rhin.

Doubler le plan Juncker ?

Reste donc le projet du plan Juncker, que le président Hollande souhaite voir multiplié par deux, comme il l’a annoncé le 14 juillet. Un thème dont il a discuté fin juillet avec le président Juncker, et qui devrait séduire un certain nombre de pays d’ici la rencontre de Bratislava, selon certaines sources. S’il a relativement bien fonctionné selon la Commission, le plan Juncker a aussi permis d’identifier des besoins d’investissements non satisfaits, et donc crée une demande. Mais il a aussi renforcé les inégalités. Et c’est là un de ses effets pervers : les pays du Nord ayant des projets plus aboutis et mieux présentés ont été les premiers à en bénéficier, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne raflant le gros de la mise, alors que les pays méditerranéens et de l’Est sont à la traîne.

Autre rengaine maintes fois répétée, les 27 devraient insister, à Bratislava, sur l’importance à donner à la jeunesse. Et pourtant, dans la pratique, l’action européenne est loin d’être satisfaisante en la matière. La garantie jeunesse, mise en place pour trouver en 6 mois à tous les moins de 25 ans une formation, un stage ou un emploi, n’est par exemple pas financée pour 2016. Là encore, le désir d’action commune de l’Europe bute sur un manque de moyens, alors que l’urgence pour la survie de l’Europe repose surtout sur l’adhésion de la jeunesse à son projet, plus que sur la mise en place d’une défense commune.

La jeunesse européenne au cœur de la renaissance européenne, une urgence vitale

Écrivains, philosophes, personnalités politiques et des affaires écrivent une lettre ouverte à Angela Merkel, François Hollande et Matteo Renzi.

EurActiv.fr