Un réseau électrique en mer pourrait relier les éoliennes de 10 pays

Le réseau énergétique en mer du Nord a le vent en poupe.

La création d’un grand réseau électrique en mer, qui relierait les parcs éoliens de dix pays du Nord de l’Europe, pourrait rentrer dans le cadre de l’Union de l’énergie.

Le groupe de réflexion E3G, spécialisé dans les sujets environnementaux, exhorte les ministres de l’Énergie et la Commission à collaborer pour mettre en place des infrastructures électriques coordonnées.

L’idée d’un réseau électrique en mer du Nord est une des pistes de réflexion. Il permettrait d’augmenter le potentiel d’utilisation des énergies renouvelables et l’interconnexion, et aurait des effets positifs en termes de sécurité énergétique et de lutte contre le changement climatique, souligne E3G.

Certains eurodéputés ont déjà exprimé leur soutien au projet, qui connecterait l’Irlande, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège.

En 2014, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont alloué sept milliards d’euros au financement de projets de parcs éoliens offshore. Ces sept milliards ont permis, entre autres, de financer le projet Gemini 600MW, un parc éolien situé dans les eaux néerlandaises. À hauteur de 4,1 milliards d’euros, il s’agit de la plus grande installation non-hydraulique d’énergies renouvelables au monde.

Le secteur offshore, en pleine expansion, se détache nettement du reste du secteur des énergies renouvelables en Europe, qui n’a obtenu que 1 % de croissance en 2014, selon un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement.

>> Lire : Croissance atone des énergies renouvelables en Europe

Présidence néerlandaise

Maroš Šef?ovi?, vice-président de la Commission, chargé de l’Union de l’énergie, a aussi exprimé son soutien au réseau de mer du Nord.

« C’est un des projets les plus impressionnants que j’ai vu depuis longtemps », a-t-il assuré à EURACTIV, avant de mentionner les conditions favorables de la région, comme la stabilité de la législation, par exemple.

« Je pense que c’est vraiment un exemple à suivre pour l’avenir et nous devons étudier ce modèle de très près pour éventuellement l’appliquer de manière plus générale [dans l’UE]. »

Maria Donnelly, directrice à l’Énergie à la Commission, estime que le réseau devra être la priorité lors de la présidence néerlandaise de l’UE, en 2016.

L’interconnexion des réseaux électrique permet à l’excédent d’énergie produit dans une zone de l’UE d’être déplacé vers des zones en situation de pénurie. Elle constitue un élément crucial du projet d’Union de l’énergie, qui renforcera la résistance de l’UE face aux pénuries.

Ce projet prévoit une interconnexion transfrontalière des réseaux électriques d’au moins 10 % des capacités de production d’énergie des États membre d’ici 2020.

>> Lire : L’Union de l’énergie vise une interconnexion de 10 % pour l’électricité

Les entreprises du secteur éolien au large s’inquiètent cependant du manque de volonté politique des États membres, qui les empêcherait d’obtenir des investissements au taux le plus bas possible.

Conseil informel de l’Énergie

Les entreprises concernées et d’autres organismes, dont E3G, ont adressé un appel à dix ministres de l’Énergie de la région de la mer du Nord cette semaine. Les ministres de l’Énergie de l’UE se réunissent à Luxembourg le 16 avril pour un sommet informel.

« C’est une occasion idéale de donner un nouvel élan politique à la coopération énergétique stratégique, afin de développer le réseau électrique en mer du Nord », estime Jonathan Gavanta, directeur associé de E3G.

La lettre exhorte le Conseil Énergie informel de soutenir la mise en place du réseau, un aspect-clé de l’amélioration de la coopération dans la région, dans le contexte de l’Union de l’énergie.

Les ministres devraient également, selon ses auteurs, déterminer un accord intergouvernemental légal définissant une stratégie commune concernant l’électricité en mer du Nord.

Une plateforme d’investissement multinationale pour la mer du Nord devrait aussi être créée. Elle permettrait de donner une meilleure visibilité aux projets en attente, d’attirer les investisseurs privés et publics et de faire baisser le coût du capital.

L’industrie regrette que la communication de la Commission sur l’Union de l’énergie ait mentionné des projets comme le plan d’interconnexion des marchés de l’énergie de la mer Baltique, mais pas le réseau électrique en mer du Nord.

Ses représentants soulignent que l’initiative a facilité la collaboration dans la région depuis 2009 et qu’il existe une réserve de projets d’investissement de plus de 100 milliards d’euros pour les 15 ans à venir.

>> Lire : L’Europe de l’énergie, un projet en devenir

Le soutien des eurodéputés

L’initiative en mer du Nord a déjà convaincu des eurodéputés de plusieurs familles politiques. Le conservateur écossais Ian Duncan et l’écolo néerlandais Bas Eickhout ont organisé un événement de promotion du projet au mois de mars.

Jusqu’à 10 % de l’électricité utilisée en Europe pourrait être générée par le vent en mer du Nord, mais sans interconnexion entre l’Irlande, le Royaume-Uni, la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège, une grande partie de cette énergie sera perdue, comme le soulignaient les deux eurodéputés dans une tribune parue sur EURACTIV.

Le 9 avril, Ian Duncan a déclaré que la présidence néerlandaise de 2016 était l’occasion idéale de joindre l’acte à la parole. Il lui semble essentiel que les dix ministres de l’Énergie sollicités soutiennent le réseau.

« Si nous voulons progresser vers un marché commun de l’électricité, avec des factures et des coûts réduits pour les consommateurs et l’industrie, il faut agir sans tarder », insiste-t-il.

« Nous avons l’occasion de connecter nos réseaux nationaux, ce qui créera des emplois dans la construction à court terme et dans l’entretien des câbles à plus long terme. Ce type d’initiative donnerait un coup de pouce bien nécessaire dans les ports en difficulté économique. »

Contexte

L'Union de l'énergie est la réponse de l'UE face aux menaces que la Russie fait peser sur ses livraisons de gaz. La majorité des importations de gaz russe vers l'UE, soit 30 % de sa consommation annuelle, transite par l'Ukraine. En 2009, la Russie avait fermé les robinets de gaz suite à une dispute avec Kiev, ce qui avait engendré des pénuries dans l'UE.

L'Union de l'énergie concernera des secteurs divers, comme l'énergie, les transports, la recherche et l'innovation, la politique étrangère, la politique européenne de voisinage, le commerce et l'agriculture, explique la Commission. Les objectifs de cette Union de l'énergie se sont diversifiés pour inclure des problèmes tels que la lutte contre le changement climatique.

L'objectif d'interconnexion de 10 % est le volet central du paquet de propositions de la Commission sur l'Union de l'énergie. L'interconnexion des réseaux de gaz et d'électricité, est considérée comme un point-clé de l'amélioration de l'indépendance énergétique des États membres vis-à-vis du gaz russe et de la diversification des sources d'énergie.

L'objectif d'interconnexion de 10 % ne date pas d'hier, loin de là, puisqu'il a été fixé en 2002, soit il y a plus de 10 ans, par les dirigeants européens. Pourtant, il n'a jamais été atteint.

En décembre 2009, les pays de la mer du Nord ont annoncé qu'ils coopéreraient pour construire un réseau qui pourrait couter jusqu'à 30 milliards d'euros, selon les estimations de l'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA). Le potentiel de production éolienne offshore en Europe pourrait atteindre les 40 GW d'ici 2020, selon l'Agence.

L'idée sur le long terme serait de mettre en place un « super réseau » européen capable de livrer de l'énergie renouvelable sur tout le continent en utilisant les ressources solaires abondantes de la Méditerranée et le vent du nord de l'Europe.

Le développement de « réseaux intelligents » au niveau de la distribution locale sera toutefois essentiel afin de réduire les pics de demande d'électricité et donc de soulager la pression exercée sur le réseau général pour améliorer sa capacité d'accueillir des énergies renouvelables.

Prochaines étapes

  • 16 avril : Conseil Énergie informel à Luxembourg.

Plus d'information

Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA)

E3G