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01/07/2016

Non au chantage du Royaume-Uni !

Royaume-Uni en Europe

Non au chantage du Royaume-Uni !

Virginie Rozière

L’Europe doit-elle céder aux exigences de David Cameron si cela met l’idée même de l’Union européenne en péril ? Pas sûr, selon Virginie Rozière.

Virginie Rozière est une eurodéputée française, membre du Parti radical de gauche et de la délégation S&D française au Parlement européen.

Le 2 février 2016, après des mois de négociations, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a dévoilé ses propositions à David Cameron. Ces projets de mesures ont été élaborés pour répondre à des enjeux de politique intérieure dans une Grande-Bretagne secouée par des mouvements de plus en plus ouvertement europhobes. Sa lettre liste quatre domaines d’exigence : la gouvernance économique, la compétitivité, la souveraineté et la libre circulation des personnes.

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En promettant d’organiser un référendum sur la sortie de l’Union européenne d’ici deux ans, le Premier ministre britannique David Cameron a tenté un coup de poker historique pour assurer sa victoire électorale. Sous la pression d’un éventuel Brexit, il espère arracher aux dirigeants européens une série d’évolutions visant à affaiblir les règles européennes au profit de revendications politiques internes. Ses exigences ? « Obtenir une sorte de droit de regard sur les décisions de l’Eurozone pour éviter qu’elles ne nuisent aux intérêts nationaux ; simplifier le cadre législatif et favoriser la compétitivité au sein du marché européen ; être dispensé de l’objectif d’intégration croissante, inscrit dans les traités ; et limiter les aides sociales octroyées aux migrants ». S’il échoue, David Cameron serait prétendument contraint d’appeler à voter pour une sortie définitive de l’UE.

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Quel regard porter sur cette manœuvre de David Cameron ? En exigeant des dérogations toujours plus importantes pour la Grande-Bretagne, il s’inscrit dans la continuité des relations plus qu’ambiguës des conservateurs britanniques avec la construction européenne. Comment accueillir ses revendications, comment lire les propositions de Donald Tusk, sans entendre l’écho de Margaret Thatcher dans son « discours de Bruges » : « Nous n’avons pas repoussé avec succès les frontières de l’État en Grande-Bretagne pour les voir réimposées à un niveau européen, avec un méga-État qui exerce une nouvelle domination à partir de Bruxelles ! » 

Mais cette offensive intervient dans un moment bien particulier de l’histoire européenne. Alors que projet d’une Europe unie est en train de s’éroder face à l’individualisme et au manque de solidarité, face aussi à l’absence de vision des dirigeants européens depuis plus de 10 ans, alors que des crises redoutables – financière, sociale, humanitaire, sécuritaire, géopolitique – ébranlent le continent, les exigences de David Cameron, s’il leur est fait droit, seront un coup difficilement soutenable pour un édifice européen terriblement fragilisé.

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Le chantage exercé par M. Cameron sur les dirigeants européens, qu’on pourrait résumer en « soit vous acceptez mes conditions, soit la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne » n’est ni plus, ni moins qu’une prise en otage de 60 ans de construction européenne au bénéfice d’un agenda électoraliste et domestique de court terme. La démarche, déjà méprisable en elle-même, relève, face à la gravité de la situation, d’une irresponsabilité coupable.

L’UE, perdante inévitable ?

Avec son referendum, David Cameron pose les termes d’une alternative dont l’Union européenne sortira affaiblie, quelle que soit la réponse apportée. Soit la mise en scène de ses antagonismes avec l’Union européenne est suffisamment convaincante pour amener ses électeurs à vouloir y demeurer. Que les concessions obtenues soient réelles ou de façade, elles ancreront néanmoins l’idée d’une Union européenne à la carte, où chaque État membre fait son marché, dégagé de toute idée de solidarité européenne. Soit il acte la sortie de la Grande Bretagne de l’Union, ce qui constituera un recul historique de la construction européenne et un précédent dont il est impossible de mesurer les conséquences.

Aujourd’hui, les parlementaires européens, mais aussi toutes les personnalités politiques européennes ont une responsabilité : tout faire pour que le Royaume-Uni se maintienne dans l’Union européenne. Le Brexit serait un signal dramatique, une fissure dans le projet européen dans laquelle tant chercheraient à s’engouffrer. Et pourtant… Pourtant, à chaque concession, l’Europe perd son âme. Chaque compromis nous éloigne un peu plus de l’Europe politique nécessaire à la résolution des crises économiques, sociales, humanitaires et environnementales qui nous assaillent.

Il existe cependant une responsabilité plus grande encore : refuser de nous laisser enfermer dans cette aporie. En fait, David Cameron a déjà choisi pour la Grande-Bretagne. En exposant une conception de l’Europe aux antipodes du projet européen, il rend sa dérive loin de l’Europe continentale inéluctable, fut-elle longue et lente, ou brève et brutale et se focaliser sur elle nous détourne de la véritable urgence. Plutôt que d’essayer de raccommoder des liens trop distendus, construisons cette solidarité européenne dont l’absence nous fait aujourd’hui si cruellement défaut. Face à l’urgence, face aux crises, face aux dangers, la consolidation de cet édifice imparfait mais nécessaire qu’est l’Union européenne est une brûlante nécessité. Refusons de nous laisser enfermer dans cette logique du délitement. C’est une perspective, un sens, en un mot un projet commun que doivent construire tous ceux qui veulent que vive l’Europe. C’est une condition indispensable pour regagner la confiance des citoyens. C’est aussi l’unique issue pour bâtir un avenir à la mesure des défis auxquels nous sommes confrontés.