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27/09/2016

Bras de fer entre les eurodéputés et la Commission sur l’étiquetage de la viande

Santé & Modes de vie

Bras de fer entre les eurodéputés et la Commission sur l’étiquetage de la viande

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Dans une lettre ouverte, neuf députés européens appellent la Commission à tenir ses engagements sur la traçabilité des viandes. Une modification du règlement sur l’étiquetage de la viande dans les plats préparés est attendue dans les prochaines semaines.

Les députés européens sont vent debout contre la Commission européenne sur la question de l'étiquetage de la viande dans les plats préparés. Dans une lettre ouverte écrite jeudi, ils sont neuf à demander à l’exécutif européen  d’imposer l’étiquetage des lasagnes et autres plats préparés, au cœur du récent scandale sur la viande de cheval.

L’exécutif européen doit présenter dans « les prochaines semaines » un rapport permettant – ou  non – d'étendre aux plats préparés l'étiquetage de l'origine de la viande. Une mesure fortement attendue par les députés européens, huit mois après le début du scandale.

Les députés européens vent debout

Pourtant, malgré les garanties données  par le Commissaire européen à la santé, Tonio Borg, sur « l'évolution favorable du dossier » la Commission européenne « serait sur le point d'enterrer la possibilité de mentionner l'origine des viandes dans les plats préparés » s’insurge l’eurodéputé française Agnès Le Brun (UMP, PPE) dans un communiqué.

Neuf eurodéputés de nationalistés et de groupes politiques divers ont ont ainsi  décidé de signer la lettre ouverte pour réclamer l’application de cette mesure. Les français Agnès Le Brun, Michel Dantin, Sophie Auconie, Jean Paul Gauzès et Corinne Lepage, l’allemande Elisabeth Jeggle (PPE),  les belges Marc Tarabella (S&D) et  Anne Delvaux (PPE), et la Vice-présidente  du groupe des verts Kartika Tamara Liotar font partie de l'initiative. 

"Pouvez-vous Monsieur le Commissaire nous confirmer que, contrairement à l’engagement que vous avez pris, vous seriez sur le point d’enterrer la possibilité de mentionner l’origine des viandes dans les plats préparés?" demande la lettre commune.

Des consommateurs plus intéressés par le prix que par l'origine de la viande

"Il semble que pour justifier son choix, la Commission européenne prétende que les consommateurs européens seraient plus intéressés par le prix que par l'origine de leur viande " poursuit Agnès Le Brun.

Les députés, français en tête, espèrent qu’un étiquetage détaillant les étapes de la viande (provenance, transformation et emballage) permettra  une meilleure information du consommateur, notamment sur les produits à bas prix.

Du côté de la Commission, les services du commissaire Tonio Borges ont affirmé que « les  commentaires de députés sur la "Commission qui abandonnerait un projet" n'ont pas lieu d'être : le rapport n'est pas encore publié ».

Reste que les députés européens comptent rester fermes sur le sujet. En effet, les mesures d’exécution que prépare la Commission sont discutées au sein de l’exécutif via des commissions interservices, mais pas au sein du Parlement européen puisqu’il ne s’agit pas d’une procédure de codécision.  

La Commission européenne a cependant souligné que toute modification du Règlement  sur l'étiquetage se ferait en consultation avec les Etats membres et le Parlement européen.

Indécision de la Commission européenne

La position de la Commission européenne sur l’étiquetage des plats préparés reste trouble depuis le début du scandale sur la viande de cheval.

Lors d’une interview accordée à Euractiv en mars 2013, le Commissaire européen en charge de la santé et de la politique des consommateurs avait expliqué que le scandale de la viande de cheval relevait  d’une fraude plutôt qu’une lacune dans la réglementation.

>> Retrouver l’intégralité de l’interview de Tonio Borg : L’étiquetage n’est pas la réponse au scandale de la viande chevaline 

Mais suite à une visite d’une délégation française emmenée par Benoît Hamon en septembre pour défendre un étiquetage alimentaire de la viande dans les plats préparés, le Commissaire à la santé avait donné des gages sur le dossier.

En avril, les résultats d’une grande opération de tests ADN effectués en Europe avait révélé que 5% de la viande contrôlée présentait des traces de cheval. En France, le chiffre grimpait  à plus  13%, soit presque le triple de la moyenne européenne 

Réactions

Monique Goyens, la directrice générale du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), déclare :

« En abandonnant les projets d'étiquetage de l'origine de la viande dans les saucissons, les lasagnes et autres plats préparés à base de viande, la Commission européenne a fermé les yeux sur les intérêts du consommateur. Notre rapport, publié juste avant le scandale de la viande chevaline, indique clairement que 70 % des consommateurs européens veulent savoir d'où viennent leurs aliments.

« La Commission affirme que l'étiquetage de l'origine de la viande transformée impliquerait des coûts supplémentaires que les consommateurs ne sont pas prêts à payer. Ces estimations sont toutefois discutables à bien des égards. Si nous voulons améliorer la traçabilité de la viande, les opérateurs doivent connaître leurs fournisseurs et leurs clients. Si l'étiquetage de l'origine est possible pour la viande fraîche, la même chose est possible pour les plats préparés. »

Contexte

En février 2013, le scandale de la viande de cheval éclate en Europe, révélant que de nombreux plats préparés notamment les lasagnes surgelées et des boulettes de viande contenaient de la viande de cheval bon marché au lieu de la viande de boeuf, plus onéreuse.

L'étiquetage précisant le pays d'origine de la viande utilisée n'est obligatoire que pour le boeuf frais et doit être étendu à partir de décembre 2014 à l'agneau, au porc et à la volaille.

La France, fortement touchée par le sandale du "horsegate"s'était prononcée en faveur d'un étiquetage détaillé de la viande dans les plats préparés. Plusieurs Etats membre avaient exprimé des réserves sur l'efficacité de cette mesure.

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