Les ODD, nouvelle arme de lutte contre le tabagisme

Le tabagisme a des conséquences lourdes sur la santé et les finances publiques. [Jan Michael Dimayuga/Flickr]

Des militants anti-tabac appellent leurs gouvernements à s’appuyer sur les objectifs de développement durable de l’ONU pour renforcer les législations anti-tabac.

Pour les militants anti-tabac, l’application des objectifs de développement durable de l’ONU (ODD) pourrait permettre des mesures législatives plus strictes concernant le tabac.

Les ODD sont un ensemble d’objectifs et d’indicateurs que les membres de l’ONU se sont engagés à utiliser pour former leurs politiques dans les 15 années à venir. Les 17 ODD ont pour ambition d’éradiquer la pauvreté, de protéger la planète et d’assurer prospérité, bien-être et santé à tous ses habitants. Ils sont conçus pour aider à la fois les pays en développement (plus vulnérables, notamment face à l’industrie du tabac) et les pays plus riches.

De son côté, Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen à la santé, a appelé à la création d’un « monde sans tabac ». Dans un message vidéo, cet ancien médecin tente de convaincre les gouvernements d’Europe et d’ailleurs à appliquer le cadre de contrôle du tabac des ODD.

Tweet de Vytenis Andriukaitis : Le tabac affaiblit le capital humain et la main d’œuvre, fait grimper les coûts de la santé et de l’aide sociale – comment tout cela s’inscrit-il dans la lutte contre la pauvreté ?

Lors de la rencontre de la Course contre le tabac, qui s’est déroulée le 31 mai à Bruxelles, le tabac a ainsi été qualifié de menace contre le développement durable. L’événement était accueilli par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Société respiratoire européenne et le Réseau européen de prévention contre le tabac et le tabagisme.

Non seulement le tabagisme tue environ 700 000 Européens tous les ans et six millions de personnes dans le monde, mais il représente également un coût énorme en termes de soins de santé et pèse ainsi sur les budgets, aussi bien au niveau national qu’au niveau des ménages.

En 2015, dans le monde, un décès sur dix était lié au tabagisme, explique le professeur Guy Joos, président de la Société respiratoire européenne. L’UE doit agir pour contrer les effets dévastateurs du tabac et montrer l’exemple au reste du monde, estime-t-il. « Tous les jours devraient être des jours sans tabac. »

La journée mondiale sans tabac s'en prend au tabagisme passif

Sachant que près de 650 000 personnes décèdent chaque année à cause de la cigarette et que 80 000 autres sont tuées par la fumée des cigarettes, quelques ONG du domaine de la santé pressent les gouvernements de transformer tous les lieux de travail et les lieux publics fermés en espaces 100% sans tabac.

« Il s’agit d’une crise sanitaire », tranche Francisco Rodriguez Lozano, président du Réseau européen de prévention contre le tabac et le tabagisme. « À situation extraordinaire, mesures extraordinaires. »

Sonja von Eichborn, de l’organisation Unfairtobacco accuse quant à elle les producteurs de tabac d’encourager le travail des enfants dans les pays pauvres, comme le Malawi, la Zambie, la Tanzanie et le Brésil. Les grandes entreprises du secteur paient les récoltes à bas prix et encouragent donc les exploitations familiales à profiter du travail gratuit de leurs enfants, assure-t-elle. 90 % du tabac est cultivé dans le tiers monde.

Recours juridiques

L’industrie du tabac a l’habitude de lancer des procès au niveau national ou international pour ralentir la progression des lois censées limiter le tabagisme. Selon Kristina Mauer-Stender, responsable du programme européen de l’OMS pour la lutte anti-tabac, indique que ces actions en justice pourraient décourager les petits pays, moins puissants que l’industrie, à proposer des lois.

Heureusement, chaque victoire devant les tribunaux a renforcé la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac de l’OMS, en créant des précédents judiciaires.

« Elles [les entreprises du tabac] sont plus puissantes et ont plus d’argent, mais nous devons être plus forts qu’elles », martèle Oxana Domenti, présidente de la commission parlementaire moldave pour la protection sociale, la santé et la famille. La Moldavie a adopté une série de lois et de mesures contre le tabagisme depuis le début de l’année.

Cette force ne sera possible que via une unité internationale sur le contrôle du tabac, a-t-elle ajouté.

Les critiques ont également fusé vis-à-vis des stratégies de lobbying des géants du tabac. Un militant s’est adressé aux lobbyistes du tabac présents à l’évènement sous de faux prétextes et « sous couverture ».

Andrew Hayes, qui a reçu une récompense pour son travail de longue haleine contre le tabac a déclaré qu’il avait vu les conséquences du tabac dans les centres de traitement du cancer au début de ses recherches. « Ils sont en train de nous tuer. Ils tuent leurs clients et ils le savent », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une bonne personne ne peut pas travailler pour l’industrie du tabac.

Au vu de la date butoir des ODD, qui est de 2030, les participants ont qualifié cette période de course, tout en rappelant qu’il s’agissait plus d’un marathon que d’un sprint. Les délégués des 52 pays ont reçu des informations détaillées pour poursuivre leurs efforts et entrer dans la dynamique des engagements des ODD.

L’Europe est sur la bonne voie, assure Kristina Mauer-Stender, soulignant par exemple la décision de la Géorgie, dont 60 % des hommes fument, de continuer à soutenir une législation anti-tabac.

« Les lois antitabac ne servent à rien si elles ne sont pas appliquées »

Les pays européens devraient prioriser les lois protégeant la santé publique, cela ne sert à rien de les avoir pour ne pas les appliquer, a déclaré le commissaire européen à la Santé, à quelques jours de la journée mondiale sans tabac.