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28/09/2016

L’exécutif européen s’interroge sur la résistance antimicrobienne

Santé & Modes de vie

L’exécutif européen s’interroge sur la résistance antimicrobienne

Les antibiotiques devraient uniquement être utilisés comme dernière ligne de défense.

Le programme de l’exécutif européen néglige pour l’heure l’enjeu de la résistance antimicrobienne. Ce qui pourrait évoluer en 2017.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la résistance antimicrobienne comme la capacité d’un microorganisme (comme les bactéries et les virus) à résister contre un agent antimicrobien, et particulièrement un antibiotique.

La résistance aux médicaments, principalement provoquée par un usage excessif et inadapté des médicaments antimicrobiens, constitue un risque grave pour la santé humaine. À mesure que les traitements deviennent inefficaces, les infections évoluent et se propagent.

La résistance aux antimicrobiens a largement été causée par le manque de connaissance des patients, et surtout par la propension des médecins à prescrire des antibiotiques à tort et à travers (voir Contexte).

Le rôle des médecins

Pour l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), un groupe de pression lié à la santé publique, changer l’attitude de la société face aux antibiotiques ne sera pas facile, et nécessite des efforts continus.

Archie Turnbull, président de l’organisation, a expliqué à EurActiv que l’augmentation de l’utilisation des antibiotiques était liée au fait que ni patients ni médecins ne tiennent compte de la résistance aux médicaments qui se développe.

Il soutient pour sa part l’utilisation des antibiotiques comme mesure d’urgence ou dernière ligne de défense contre une infection, plutôt que comme première ligne de défense.

« Il y a une tendance générale des médecins à prescrire des antibiotiques pour des situations beaucoup moins graves. L’antibiotique est à présent utilisé dans la prévention, et non dans le traitement, un peu comme un vaccin », regrette-t-il, ajoutant que c’est également le cas dans l’élevage. « Les animaux, et particulièrement les bovins, à qui l’on injecte des antibiotiques grossissent plus rapidement. Ces médicaments sont donc aussi utilisés pour des raisons de croissance physique. »

Quelle solution ?

Archie Turnbull estime que la seule solution à ce phénomène serait de former spécifiquement médecins, pharmaciens et patients. « Il ne sert à rien de courir chez six médecins différents dans l’espoir que l’un d’en eux vous donne un antibiotique. C’est parfois ce qui arrive quand un docteur refuse d’en prescrire », indique-t-il.

Les entreprises pharmaceutiques commencent également à jouer leur rôle et coopèrent avec les médecins, en leur fournissant du matériel didactique et des informations sur l’utilisation la plus adaptée des médicaments.

Le plan d’action de la Commission

En 2011, l’exécutif européen a adopté un plan d’action pour combattre les menaces croissantes de la résistance aux antimicrobiens. Celui-ci expire au mois de novembre.

Lors d’une conférence à Bruxelles le 9 septembre, l’EPHA a accusé la Commission de négliger « la plus grande menace sanitaire du 21e siècle ».

Dans une déclaration publiée après la conférence, l’organisation suggère que Xavier Prats-Monné, directeur-général à la santé, ne bénéficiait pas du soutien nécessaire dans les sphères plus élevées de la Commission.

« Xavier Prats-Monné a signalé que le manque d’engagement de la Commission hors de sa DG était le principal obstacle au plan d’action contre la résistance aux antimicrobiens pour 2017 », écrit l’EPHA.

Les réticences de l’exécutif sont d’autant plus étonnantes que le sujet fait l’objet d’un rare consensus parmi les organisations dédiées à la santé et l’industrie pharmaceutique.

Le 15 septembre, jour du discours sur l’état de l’union, l’EPHA et la Fédération européenne des associations de l’industrie pharmaceutique (FEAIP) ont envoyé une lettre à Jean-Claude Juncker, l’appelant à se pencher immédiatement sur le plan d’action sur la résistance aux médicaments pour 2017. Dans leur lettre, les organisations expriment leur déception – dans son discours, le président de la Commission n’a pas parlé du rôle de l’UE dans le domaine de la santé.

Des sources au sein de la Commission ont cependant souligné que le discours ne reflétait pas le programme de travail de l’exécutif, qui doit être communiqué à l’automne.

Contacté par EurActiv, un porte-parole de la Commission a insisté sur le fait que la déclaration de l’EPHA ne correspondait pas tout à fait à la réalité.

« Il est particulièrement incorrect de dire que le Directeur-Général Xavier Prats sous-entend un manque de volonté politique de la part de la Commission ou d’autres DG », a-t-il affirmé. « Ce qu’il a dit, c’est qu’il n’y avait pas de confirmation d’un nouveau plan d’action sur la résistance aux antimicrobiens pour l’expiration de celui qui est en cours, parce que le programme de travail pour 2017 n’a pas encore été adopté. »

En ce qui concerne la lettre ouverte, il répète « encore une fois » que le sujet est important pour l’exécutif. « Le plan d’action sur la résistance aux antimicrobiens de 2011 doit être évalué. Nous nous efforcerons de renouveler et de renforcer nos activités pour la période après 2016 », assure-t-il. « Les actions stratégiques futures de la Commission ont pour objectif de faire de l’UE une région appliquant les meilleures pratiques liées à la résistance antimicrobienne, afin de promouvoir la recherche et l’innovation. »

Contexte

Selon les spécialistes, les infections résistantes aux médicaments pourraient mener à 10 millions de décès par an d’ici 2050, avec un coût total de 89 trillions d’euros. Sans stratégie concrète et efficace, même les maladies communes et les opérations chirurgicales mineures pourraient devenir dangereuses.

En Europe, les bactéries résistantes aux antibiotiques tuent 25 000 personnes par an. Selon une étude de l’Eurobaromètre de juin 2016, la consommation d’antibiotique a baissé de 6 % ces dernières années. Dans certains pays européens, leur utilisation continue toutefois d’augmenter.

Les connaissances générales sur la résistance aux médicaments sont en outre très pauvres. Ainsi, un grand nombre d’Européens (57 %) ne sait pas que les antibiotiques sont inefficaces contre les virus (57 %) et les rhumes et grippes (44 %). Pour s’informer sur les antibiotiques, les citoyens font avant tout confiance aux médecins (84 %), aux pharmaciens (37 %) et aux hôpitaux (19 %).

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