Déjà 3 ans de retard pour l’étiquetage de l’alcool

La Commission a encore donné un an à l'industrie pour faire une proposition sur l'information nutritionnelle. [chriscrowder_4/Flickr]

La Commission européenne a présenté sa proposition sur l’étiquetage des alcools avec deux ans de retard. Elle donne un an à l’industrie pour élaborer une proposition d’« autorégulation ».

Le régime actuel n’oblige pas, au niveau européen les producteurs de boissons alcoolisées à indiquer la liste d’ingrédients et les informations nutritionnelles sur l’étiquette des bouteilles.

 

L'industrie de la bière frustrée par le retard de la Commission sur l'étiquetage de l'alcool

Les nouvelles règles de l’UE sur l’étiquetage nutritionnel pour les aliments et les boissons sont entrées en vigueur il y a quelques mois, mais le doute persiste sur le sort des boissons alcoolisées, au désespoir des brasseurs européens.

Parmi les éléments importants du rapport de la Commission figure la reconnaissance de la nécessité d’informer les consommateurs quant au contenu des boissons qu’ils choisissent.

« Dans le cas des boissons alcoolisées, on ne saurait présumer que les consommateurs connaissent nécessairement les ingrédients – généralement variés – qui sont utilisés dans le processus de fabrication et leur valeur nutritionnelle», stipule le rapport.

« La Commission n’a relevé aucun motif objectif justifiant l’absence d’informations relatives aux ingrédients et d’informations nutritionnelles sur les boissons alcoolisées, ou la différence de traitement à l’égard de certaines boissons alcoolisées comme les ‘alcopops’ », souligne l’exécutif.

Autorégulation

Malgré les deux années de retard  pris par la Commission et les appels à un cadre clair, l’exécutif a insisté sur le fait que l’industrie aurait encore un an pour développer un système de manière volontaire et le présenter.

La Commission « invite donc le secteur à répondre aux attentes des consommateurs et à présenter, dans l’année suivant l’adoption du présent rapport, une proposition d’autoréglementation couvrant l’ensemble du secteur des boissons alcoolisées. La Commission évaluera la proposition présentée par le secteur ».

Si la proposition n’est pas jugée satisfaisante, l’exécutif lancera une évaluation d’impact qui se penchera sur les options réglementaires et non réglementaires. Ce processus retardera donc encore l’adoption d’une décision finale.

Déception des consommateurs

Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) approuve l’inclusion de plus d’informations sur les étiquettes des boissons alcoolisées, mais a vertement critiqué le délai supplémentaire dont bénéficie l’industrie.

« Aujourd’hui, les consommateurs peuvent savoir ce qui se trouve dans une bouteille de lait ou de jus, mais pas dans une bouteille de whisky ou de bière », commente Monique Goyens, directrice générale de l’organisation. Elle doute également de la valeur ajoutée d’une initiative volontaire de la part de l’industrie, qui ne pourra pas, selon elle, combler le manque d’information « inacceptable » entre les boissons alcoolisées et les autres.

« Pourquoi attendre encore un an pour envisager des règles contraignantes ? C’est le seul moyen d’aller de l’avant si tous les consommateurs européens doivent être également informés sur ce que contient un verre de vin ou de vodka », a-t-elle continué, soulignant qu’il n’y avait pas de raison pour que l’alcool bénéficie d’un traitement de faveur.

Le BEUC fait également remarquer qu’un verre de bière contient autant de calories qu’une barre de chocolat et qu’en ces temps d’obésité croissante, l’indication obligatoire de la teneur en calorie et des ingrédients d’une boisson est essentielle pour que l’acheteur puisse faire un choix sur le type et les quantités d’alcool qu’il consomme.

Dans un entretien avec Euractiv, le commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a déclaré que comme au moins un cancer sur trois était évitable, il était essentiel de s’attaquer aux facteurs de risque.

« Or, on ne fera pas seulement ça grâce à la législation européenne sur les pesticides, la quantité de l’air, le tabac et l’exposition aux produits cancérigènes, par exemple, mais aussi via des plateformes et projets liés à la consommation d’alcool, aux régimes alimentaires équilibrés et à l’obésité », a-t-il ajouté.

L’industrie peut-elle coopérer ?

La Commission attend donc de l’industrie qu’elle coopère pour élaborer une stratégie commune. Pourtant, les producteurs d’alcool sont très divisés sur certains sujets clés, comme la manière de quantifier l’alcool contenu dans une boisson.

L’industrie des spiritueux, représentée par SpiritsEurope, estime que les informations liées aux calories devraient être fournies « par verre » et non par 100 ml, la mesure utilisée pour toutes les autres boissons en Europe.

L’association de représentation des brasseurs de 29 pays européens, Brewers of Europe, voudrait que la mention « par verre » soit optionnelle, et que la mesure officielle reste celle des 100 ml.

« Nous pouvons rencontrer les gars de la bière et du vin, et les autres du secteurs, pour voir s’il sera possible de trouver une solution commune. Nous entamerons ces discussions de manière constructive, mais, franchement, si les brasseurs insistent sur les 100 ml, nous ne l’accepterons pas », a expliqué Paul Skehan, directeur de SpiritsEurope, à Euractiv.

« Imposer un volume trois fois plus grand qu’un verre de whiskey normal, mais qui représente moins de la moitié d’une bière ne constitue ni une comparaison juste, ni un indicateur utile pour les consommateurs. Cela aura plus pour effet d’induire en erreur que d’informer », assure-t-il.

De leur côté, les brasseurs estiment que « la référence de 100 ml prévaut pour toutes les boissons, alcooliques ou non, et est largement comprise par les consommateurs européens, à qui elle permet de comparer les valeurs nutritionnelles des différentes boissons ».

« Quand il n’existe de toute façon pas de portions standard pour les boissons alcoolisées dans l’UE, un système fondé uniquement sur les portions ne pourrait jamais remplacer la référence de 100 ml », ajoute Pierre-Olivier Bergeron, secrétaire-général des Brewers of Europe. « Le droit européen permet d’ailleurs aux entreprises d’ajouter toute référence pertinente aux portions, à la condition que cela n’induise pas les acheteurs en erreur. »

Sur l’étiquette, ou non ?

Autre sujet épineux : la valeur nutritionnelle doit-elle figurer sur l’étiquette ou sur Internet ? L’industrie a déjà lancé des initiatives de manière volontaire pour informer les consommateurs. Les brasseurs européens estiment ainsi que d’ici la fin de l’année, les informations nutritionnelles de plus de 60 % de la bière arrivant sur le marché européen apparaitront sur les étiquettes ou en ligne.

Le secteur des spiritueux est d’accord : le mécanisme d’information devrait être laissé à la discrétion du producteur. « Si certains peuvent préférer repenser les étiquettes pour inclure ces informations, d’autres voient plus de potentiel dans l’utilisation de moyens modernes, numériques », indique SpiritsEurope dans un communiqué.

Contexte

Les règles actuelles n’obligent pas les producteurs de boissons alcoolisées à indiquer la liste d’ingrédients et la valeur nutritionnelle, contrairement aux secteurs des aliments et des boissons non alcoolisées.

Le règlement européen sur l’information liée aux denrées alimentaires (2011) prévoyait l’adoption par la Commission d’un rapport sur la transposition de ces mesures au secteur des boissons alcoolisées d’ici le 13 décembre 2014.

En outre, en 2015, une résolution du Parlement européen a encouragé l’exécutif à présenter avant fin 2016 un rapport sur les possibilités d’introduire des règles contraignantes d’étiquetage.

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