De nouveaux médicaments pour s’attaquer au mauvais cholestérol

Congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) à Londres. [Henriette Jacobsen]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le risque cardiovasculaire.

De nouveaux médicaments bientôt disponibles sur le marché européen permettront aux patients de réduire plus efficacement leur taux de mauvais cholestérol. Les bénéfices de ces médicaments demeurent très variables d’un patient à un autre.

Un nouveau type de médicaments produits par les laboratoires pharmaceutiques Sanofi et Regeneron a obtenu le feu vert des autorités de régulation européennes en février, soit deux mois après l’approbation d’un produit concurrent d’Amgen.

L’Agence européenne des médicaments a déclaré que ses experts recommandaient le Praluent chez les patients qui ne pouvaient pas contrôler leur cholestérol malgré un traitement par statines ou chez ceux qui ne pouvaient pas prendre de statines.

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Lors du Congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) la semaine dernière à Londres, des chercheurs ont qualifié les derniers développements d’étapes importantes dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires.

Ils ont souligné le lien entre un taux élevé de mauvais cholestérol, aussi connu sous le nom de cholestérol LDL, et le risque d’accident cardiovasculaire. « De plus en plus de données confirment la conclusion que plus on réduit le taux de mauvais cholestérol, plus on réduit les risques de maladies cardiovasculaires », a rappelé Peter Toth, un médecin américain.

Réduire le risque de maladies cardiovasculaires

Pendant des années, les recommandations générales étaient de faire passer le cholestérol LDL en dessous des 100 mg/dL chez les patients présentant un haut risque d’accidents cardiovasculaires et sous les 70 mg/dL pour les patients très à risque.

Pour Peter Toth, les nouveaux médicaments vont permettre d’abaisser le taux de mauvais cholestérol en dessous de la barre des 50 mg/dL chez les patients à haut risque.

En Europe, 54 % des femmes et des hommes ont un taux de mauvais cholestérol trop élevé.

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Un rapport de 2011 du Cardiovascular Resource Group révélait que 133,3 millions de citoyens allemands, français, italiens, espagnols et britanniques avaient un taux de mauvais cholestérol trop élevé.

Les patients réagissent différemment aux médicaments

Peter Toth a également invité les docteurs à analyser les gènes de leurs patients, puisque les médicaments contre le cholestérol peuvent agir de manière différente selon la personne.

Le médecin américain a cité une étude qui se penche sur la réduction du taux de cholestérol chez des patients noirs et blancs, à haut risque cardiovasculaire.

L’étude révèle que les patients blancs qui sont parvenus à réduire leur taux de cholestérol LDL de 15 % grâce aux médicaments avaient 47 % moins de risques de développer une maladie cardiovasculaire 15 ans plus tard. Chez les patients noirs, les médicaments ont eu un effet beaucoup plus notoire, les aidant à abaisser leur taux de mauvais cholestérol de 40 %. 15 ans plus tard, ces patients ont 88 % moins de chances de souffrir d’une maladie cardiovasculaire.

Dominique Lautsch, qui représente un groupe de travail qui compare les effets des médicaments contre le cholestérol chez plus de 50 000 patients en Europe et en Chine, s’accorde à dire que ces médicaments peuvent avoir un impact différent entre les patients du monde entier.

Selon son étude, parmi les patients à haut risque en Europe, 80 % des patients britanniques ont pu passer en dessous des 100 mg/dL grâce aux médicaments. En revanche, seuls 35 à 50 % des patients grecs, allemands, portugais, espagnols et autrichiens ont pu atteindre le même résultat.

Pour Dominique Lautsch, la différence réside dans les gènes. Cela pourrait aussi être dû au fait que quand les recherches ont débuté en 2007, le Royaume-Uni avait un système de santé différent qui encourageait ces traitements.

Profils cardiovasculaires

Le chercheur a notamment expliqué que les Chinois et les patients européens par exemple avaient des profils cardiovasculaires très différents à cause des gènes et des différents modes de vie. Cela signifie que les médecins doivent utiliser des différents dosages des médicaments.   

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« Des études de grands groupes de patients ont montré que la plupart voient baisser leur taux de cholestérol LDL, mais chez certains patients, le bénéfice est moindre, voire nul », a conbfirmé Alberico Catapano, professeur de pharmacologie à l’université de Milan, a confirmé ce point de vue.

Peter Toth a également mentionné l’hypercholestérolémie familiale, ou HF, une maladie génétique qui engendre un taux de cholestérol trop élevé, occasionnant des maladies cardiovasculaires. L’HF « amplifie considérablement » le risque de développer prématurément une maladie cardiovasculaire, a-t-il déclaré, encourageant les médecins à garder cela en tête lorsqu’ils traitent les patients.

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Contexte

Le congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) est le plus grand évènement au monde sur les maladies cardiovasculaires. Il permet de présenter et de débattre sur les dernières techniques et recherches en cardiologie, et de la façon dont elles peuvent améliorer la vie des patients.

Cette année, le congrès de Londres s’est penché sur les avancées en termes de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies cardiovasculaires.

Prochaines étapes

  • 29 septembre : table ronde de l’institut EURACTIV au Parlement européen, sur le thème « le cholestérol au cœur de la famille ».