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11/12/2016

Le lien entre stérilité et perturbateurs endocriniens confirmé

Santé & Modes de vie

Le lien entre stérilité et perturbateurs endocriniens confirmé

Les perturbateurs endocriniens seraient à l'origine de 70% des problèmes de fécondité chez les femmes.

[barcai9527/Flickr]

Les pesticides et certains dérivés du plastique semblent indéniablement liés au recul de la fertilité. Une tendance qui coûterait 1,4 milliard d’euros par an à l’UE. Un article d’EurActiv Allemagne.

Si les perturbateurs endocriniens sont considérés comme dangereux, il est néanmoins devenu impossible d’éviter les produits chimiques. Pourtant, les preuves du lien entre la progression des taux de stérilité et certains produits chimiques, comme les plastifiants et les pesticides, se multiplient.

Une nouvelle étude indique ainsi qu’au moins deux maladies gynécologiques communes qui entrainent des problèmes de conception sont souvent provoquées par les substances présentes dans ces produits. Les chercheurs ont en effet découvert que l’endométriose, une maladie chronique de la paroi utérine, et les fibromes utérins, des tumeurs bénignes apparaissant dans l’utérus, sont liés aux perturbateurs endocriniens. Ces deux maladies peuvent empêcher les femmes d’avoir des enfants et causent en général des douleurs graves.

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Au moins 70 % des femmes qui ont des problèmes de fertilité souffrent d’une de ces maladies, ou des deux, selon les chercheurs. L’étude, publiée dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, estime le coût de ce phénomène à 1,4 milliard d’euros par an en Europe. Cette somme cumule les soins de santé et la perte d’heures de travail.

L’étude s’est notamment penchée sur le DDE et le DEHP, un plastifiant classé dans la liste des « substances extrêmement préoccupantes » par la réglementation REACH sur les produits chimiques. Son utilisation dans la production de jouets et d’autres objets destinés aux enfants est interdite, mais les États membres envisagent aujourd’hui de l’autoriser dans des plastiques composant plusieurs types d’objets courants.

Le DDE, ou dichlorodiphényléthane, est un dérivé du pesticide DDT, et a été interdit en Europe il y a plusieurs dizaines d’années. Plusieurs études ont néanmoins révélé sa présence dans la terre et dans les tissus adipeux d’animaux et d’êtres humains, ce qui indique que la substance reste dans la chaîne alimentaire pendant très longtemps. Aux États-Unis, des chercheurs ont également établi un lien entre le DDT et Alzheimer.

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La partie émergée de l’iceberg

« Des millions de femmes dans le monde souffrent de ces deux maladies gynécologiques. Et pourtant, cette étude ne montre que la partie émergée de l’iceberg », prévient Leonardo Trasanden professeur de pédiatrie, de médecine environnementale et de santé publique à l’université de New York.

Un nombre croissant de recherches indiquent que l’exposition aux perturbateurs endocriniens est liée à un grand éventail de problèmes reproductifs féminins, comme la stérilité et des complications pendant la grossesse. « Ces maladies représentent également un coût non négligeable pour les femmes, leurs familles et la société en général », souligne Leonardo Trasande.

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« Cette nouvelle étude alourdit d’un demi-milliard l’addition déjà salée de 157 milliards d’euros que représente l’exposition aux perturbateurs endocriniens en Europe », précise Lisette van Vliet, de l’ONG Health and Environment Alliance. Si l’utilisation des produits qui ont été identifiés comme toxiques dans les plastiques de qualité médiocre continue, la santé des Européens continuera d’être en danger, défend-elle, rappelant que des alternatives « bien plus sûres » existent.

Si les effets néfastes des perturbateurs endocriniens sont de plus en plus acceptés, les scientifiques ne sont pas d’accord sur la démarche à suivre. Certains estiment que l’utilisation de ces substances doit être plus strictement réglementée, conformément au principe de précaution, alors que soulignent leur importance dans la fabrication des objets quotidiens.

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Contexte

La Commission européenne aurait dû définir des critères de test pour les potentiels perturbateurs endocriniens avant mi-décembre 2013. Ces substances chimiques se trouvent dans un très grand nombre de produits d’usage quotidien : aliments, produits de nettoyages, contenants alimentaires, etc.

Le délai prévu n’a cependant pas été respecté et à ce jour il n’existe toujours aucune définition officielle qui permettrait l’élaboration de directives en la matière.

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