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08/12/2016

La Finlande, championne des « États paternalistes » de l’UE

Santé & Modes de vie

La Finlande, championne des « États paternalistes » de l’UE

La Finlande, paysage idylliques et population en bonne santé, malgré ou grâce à son statut d'État paternaliste.

[Mariano Mantel/Flickr]

La Finlande arrive en tête du premier « Indice sur les États paternalistes » de l’UE en raison de l’importance de ses taxes sur l’alcool et certains aliments. Un classement qui oublie cependant d’évaluer l’efficacité de ces  politiques.

La Finlande est « le pire endroit où manger, boire et vapoter de l’UE », selon le premier Indice des États paternalistes publié par Epicenter le 5 avril. La Finlande est suivie par la Suède, le Royaume-Uni et l’Irlande.

À l’autre extrême du classement, c’est en République tchèque que ces secteurs sont le moins réglementés, après l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Epicenter est une initiative lancée par plusieurs groupes de réflexion qui se concentrent sur les politiques économiques, comme l’European Policy Information Centre et l’Institute of Economic Affairs.

Opposés aux politiques de réglementation de la consommation qu’ils considèrent comme une menace pour le pouvoir d’achat des consommateurs, ses membres ont décidé de créer un Indice des États paternalistes, qui évalue le poids des mesures comme les taxes supplémentaires, les restrictions sur la publicité de certains produits ou les politiques ayant pour but de « stigmatiser » les consommateurs.

La Finlande a mis en place un large éventail de taxes sur la nourriture et les boissons, comme les sodas, les confiseries, le chocolat et la glace. Helsinki a également rendu impossible la vente de cigarettes électroniques.

>> Lire : L’alcool absorbe 1 % du PIB des États membres

Les analystes ont placé la Suède au deuxième rang à cause de sa politique restrictive sur l’alcool. Avec la Finlande, le pays est le seul dans l’UE où l’État a le monopole de la vente d’alcool. Il impose également la taxe la plus élevée sur les alcools forts et l’interdiction de faire de la publicité pour l’alcool à la TV et à la radio.

Une étude aux limites flagrantes

L’indice ne se penche par contre pas sur l’efficacité de ces mesures sur l’amélioration de la santé et du bien-être de la population. Pourtant, les politiques finlandaises et suédoises sur l’alcool fonctionnent, souligne Lauri Beekmann, le secrétaire général du réseau NordANN, dédié à la politique nordique sur l’alcool et la drogue, en réaction à l’indice.

>> Lire : La Commission a-t-elle un problème avec l’alcool ?

Ainsi, les Finlandais et les Suédois de plus de 15 ans consomment respectivement 11,1 et 9,4 litres d’alcool par personne par an, alors qu’en République tchèque, en Slovaquie et au Portugal, la consommation atteint 13 litres par personne par an.

Lauri Beekmann dénonce aussi un autre oubli d’Epicenter : les citoyens finlandais et suédois soutiennent les politiques mises en place dans leur pays.

« L’Indice des États paternalistes pourrait être pratique pour les jeunes gens qui cherchent où aller s’amuser sans limites et sans se ruiner pour un enterrement de vie de garçon, mais il ne contient aucune information utile aux pays qui font face à des problèmes d’alcool, de tabagisme et d’obésité et n’ont pas trouvé la volonté politique de changer la situation », juge-t-il.

>> Lire : L’Europe confrontée à une épidémie d’obésité d’ici 2030

Les taxes et politiques de santé publique du nord de l’Europe sont étroitement liées au modèle d’assistance sociale de ces pays, explique le spécialiste. La Suède et la Finlande arrivent en effet aux premières places des classements sur le bonheur, la situation économique, l’espérance de vie, la santé des femmes et des enfants et la qualité de vie, rappelle-t-il.

Contexte

Ces dernières décennies, les États membres ont essayé divers types de taxes pour limiter le diabète et d’autres maladies liées au style de vie. La France, la Hongrie, la Finlande et le Danemark, par exemple, ont ainsi introduit une taxe sur le sucre et les graisses présents dans les produits alimentaires.

>> Lire : «Food tax», solution la plus efficace pour l’OMS

Plus récemment, le gouvernement britannique a présenté sa stratégie contre l’obésité infantile, qui inclut une taxe sur le sucre. Le gouvernement écossais tente pour sa part depuis des années d’introduire un prix unitaire minimum sur l’alcool, mais est freiné par des poursuites lancées par l’industrie de l’alcool. Une décision devrait être prise au printemps 2016.

Prochaines étapes

  • Spring 2016: Court of Session in Edinburgh to decide whether the Scottish government is allowed to put a minimum price on alcohol in the country.

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