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04/12/2016

Frites : attention danger sur l’acrylamide

Santé & Modes de vie

Frites : attention danger sur l’acrylamide

L'acrylamide est une substance toxique qui se forme dans les aliments cuits à haute température, comme les frites, les chips ou le pain.

[Lara604 / Flickr]

Une proposition de l’exécutif européen sur l’acrylamide, une substance toxique qui se forme lors de cuisson à haute température, pourrait émerger en 2017. Les frites sont au banc des accusés.

Scientifiques et ONG estiment que la proposition de la Commission ne protège pas efficacement les consommateurs. L’industrie alimentaire a pour sa part déclaré qu’il s’agissait d’un pas dans la bonne direction.

Qu’est-ce que l’acrylamide ?

Il s’agit d’un composé chimique qui se forme en général dans les produits alimentaires riches en amidon, tels que les pommes de terre frites, les chips de pommes de terre, le pain, les biscuits et le café, lors des processus de cuisson à haute température, soit au-delà de 120°C, comme lors de la friture, de la cuisson au four et du rôtissage.

En 2002, les scientifiques suédois ont révélé que l’acrylamide se formait lors de la transformation alimentaire de toute une série de produits cuits ou frits. Les scientifiques estiment toutefois que sa présence pourrait être limitée grâce à des mesures spécifiques prises par les fabricants.

Risques sanitaires

En juin 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé que l’acrylamide constituait une « inquiétude au niveau de la santé publique, puisqu’il multiplie potentiellement le risque de développement de cancers à tous les âges ». La substance est également catégorisée comme «extrêmement dangereuse» par l’agence de protection de l’environnement américaine.

Lors d’un événement organisé le mois dernier par l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), Camille Perrin, responsable de politique alimentaire au Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a notamment mentionné des tests selon lesquels l’acrylamide causerait des cancers chez les animaux. Outre le risque de cancer, elle souligne d’autres conséquences possibles, même si moins probables : « des dommages aux systèmes nerveux et reproductifs ».

Rien de tout cela n’est neuf, puisque scientifiques et décideurs politiques ont commencé à se pencher sur la question en 2000. Jusqu’ici, l’industrie alimentaire européenne a surveillé elle-même les niveaux d’acrylamide de manière volontaire, en développant une série d’outils et un code de pratique en collaboration avec la Commission et les États membres.

Certains observateurs estiment cependant que les résultats de ce régime d’auto-réglementation sont peu probants. La Changing Markets Foundation, qui milite sur des sujets écologiques et sociétaux, estime également que cette approche ne fonctionne pas, au vu des recherches menées par les États membres. Nombre d’entreprises ne sont par exemple pas consciente des risques que pose l’acrylamide, alors que d’autres sont réticentes aux mesures qui permettrait de limiter ce risque.

Vote en 2017

L’exécutif européen a déclaré son intention d’adopter des mesures contraignantes le 25 octobre. Toute décision à ce sujet devrait être prise à la commission permanente sur les plantes, les animaux et l’alimentation, un groupe d’experts composé de représentants des États membres qui assiste l’exécutif pour ses décisions scientifiques.

Contacté par EurActiv, un porte-parole de l’UE a souligné qu’il ne s’agissait que d’une discussion sur la possibilité de réglementer l’acrylamide. « Le vote sur cette éventuelle mesure pourrait être prévu pour plus tard dans l’année », a-t-il ajouté.

Consommateurs

Les associations de consommateurs sont quant à elles très favorables à l’engagement de la publication, mais doutent de l’efficacité des mesures à l’étude. Dans une lettre au commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, l’organisation SAFE a insisté sur l’occasion manquée par l’exécutif.

« Au lieu de déterminer un plafond d’acrylamide obligatoire pour différents types d’aliments, la proposition législative se réfère à des valeurs indicatives trop élevées et non contraignantes », estime SAFE, qui souligne par ailleurs que les agences nationales des États membres devraient jouer un plus grand rôle dans les contrôles et la surveillance de l’application d’un niveau maximum obligatoire de la substance.

Une opinion partagée par le BEUC. « L’industrie alimentaire a eu tout le temps du monde pour prendre des mesures pour limiter les niveaux d’acrylamide […] Malheureusement, l’absence d’une diminution de l’acrylamide dans la nourriture montre les limites de l’autoréglementation », a déclaré l’association dans un communiqué.

Comment protéger les consommateurs ?

« Via nos membres [au niveau national], nous essayons de militer pour les consommateurs parce qu’ils ne savent pas ce qu’est l’acrylamide et comment réduire leur consommation de cette substance », indique pour sa part Floriana Cimmarusti, secrétaire général de SAFE.

La spécialiste italienne explique également que les consommateurs pourraient se protéger en examinant la couleur des aliments et en évitant les produits cuits. « Le moins c’est foncé, le mieux c’est », assure-t-elle, ajoutant que quand un aliment est brûlé, le niveau d’acrylamide est « plus élevé et toxique ».

Approbation de l’industrie

EurActiv a également contacté l’association européenne des producteurs d’aliments et boissons, FoodDrinkEurope, qui s’est déclarée en faveur de la proposition de la Commission.

En ce qui concerne la surveillance, Florence Ranson, directrice de communication, a fait remarquer que la proposition ne se basait pas sur l’autoréglementation, mais sur les codes de pratique. « Le non-respect des niveaux indicatifs peut entrainer des sanctions », a-t-elle souligné. Elle réfute également les allégations selon lesquelles les efforts de l’industrie pour limiter les niveaux d’acrylamide se sont soldés par un échec.

« La teneur en acrylamide des snacks salés a ainsi diminué de 53 % ces neufs dernières années […] Les codes de pratiques sont obligatoires et tous les producteurs doivent les respecter », a-t-elle assuré, ajoutant que des limites obligatoires seraient trop statiques et n’encouragerait pas les entreprises à continuer à réduire les niveaux d’acrylamide. « C’est pourquoi nous sommes en faveur d’une approche visant les niveaux les moins élevés possibles, tout en gardant à l’esprit que la substance ne peut être totalement éliminée de la chaine alimentaire. »

« Pour que les codes de pratiques soient tout à fait efficaces, il faut généraliser davantage leur utilisation dans les PME en particulier. Pour ces entreprises, c’est un processus coûteux, elles ont besoin de temps pour s’adapter, mais quand ces codes seront devenus obligatoires, elles n’auront plus le choix », conclut-elle.

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