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27/08/2016

L’étiquetage de la viande divise le Parlement européen

Santé & Modes de vie

L’étiquetage de la viande divise le Parlement européen

La présence de viande de cheval dans des plats préparés avait fait scandale en 2012

La plupart des partis du Parlement européen souhaitent préciser l’étiquetage de la viande intégrée aux plats préparés. Une mesure dont le coût reste incertain. 

Parce que les lasagnes et autres pizzas et moussakas préparées ne précisent toujours pas l’origine des viandes qu’elles utilisent, les députés européens ont débattu lundi soir des réformes envisageables, dont l’introduction de l’origine géographique des ingrédients carnés. 20 % à 30 % de la viande serait utilisés sous forme transformée dans l’UE. Alors que les viandes fraîches sont traçables, le Conseil de l’UE avait refusé en 2012 qu’il en soit de même pour les plats préparés.

>>Lire : Le Parlement européen revient sur la viande des lasagnes

Fin janvier, la commission Environnement du Parlement avait voté en faveur d’une réforme de l’étiquetage. Mais le sujet ne fait absolument pas consensus à Strasbourg : le groupe majoritaire, le Parti populaire européen, a notamment qualifié le débat « d’ absurde ».

« Les consommateurs attendent des normes plus sévères ! Donc nous demandons des informations supplémentaires sur le principal obstacle apparu dans l’introduction de cette précision, qui serait le prix supplémentaire induit par cet étiquetage » a plaidé l’italien Giovanni Lavia.

Selon la Commission, qui a établi un rapport sur le sujet, qui pointe que l’introduction d’une mention du pays d’origine aurait un coût important, pouvant aller jusqu’à 25 % du prix de l’ingrédient, voire 50 % pour certains ingrédients. Un coût contesté par l’association UFC Que Choisir, qui avait fait une contre expertise en 2013.

Le commissaire Jyrki Katainen a néanmoins pointé du doigt les faiblesses de l’évaluation française, en soulignant que l’estimation du prix de l’étiquetage dépendait du type de viande. Selon lui, l’étiquetage du boeuf est moins coûteux en France en raison des volumes importants concernés. Le commissaire a aussi reproché à l’étude française son manque de précision.

L’étude de l’UFC Que Choisir portait en effet exclusivement sur la viande de bœuf. Elle avait conclu à une hausse de 0,67 % des prix lors de la crise de la viande de cheval, en 2013. Les revendeurs de viande avaient alors été contraints d’ajouter l’origine sur leurs produits.

« Il y a un décalage entre l’attente des consommateurs sur l’origine de la viande, et le fait qu’ils ne soient pas prêts à payer plus » a constaté le commissaire. 90 % des Européens souhaitent savoir d’où vient la viande.

Doutes sur les desiderata du consommateur

« Le consommateur ne veut pas de prix plus élevé ; or les coûts vont clairement augmenter ! Et nous voulons lutter contre cette bureaucratie » a indiqué l’élue PPE Renate Sommer, estimant que la réouverture du dossier avait peu de sens.

« Ce débat n’a aucun rapport avec le scandale de la viande de cheval. Il est absurde de revenir sur ce sujet » a conclu Mme Sommer.

A ce propos, le commissaire a assuré que la Commission prendrait en compte les exigences des consommateurs quoi qu’il arrive.

Le flou qui entoure la question d’une éventuelle inflation des prix a aussi mobilisé les députés. « Est ce que c’est 1 centime par kilo ou est-ce que ça peut aller jusqu’à 50 % comme le rapport de la Commission l’évoque ? En Finlande nous avons une industrie alimentaire qui étiquette les aliments. C’est visiblement rentable puisque les consommateurs consomment plus les aliments dont ils connaissent l’origine » a évoqué Anneli Jaatteenmaki, élue finlandaise.

Les lobbys et le TTIP au menu

« Les groupes des consommateurs sont défavorisés parce qu’ils ne peuvent faire face au poids des lobbys ! » a regretté Glenis Willmott, qui estime que le rapport de la Commission se fondait totalement sur un rapport établi par les industriels.

« Les associations de consommateurs n’approuvent pas ces conclusions ! Il faut prendre en compte ce que veulent les consommateurs a martelé l’élue S&D, alors que d’autres évoquaient le fait qu’en cas de conclusion des négociations sur le TTIPP, un tel étiquetage serait encore plus important.

Le Parlement européen doit voter mercredi 11 février une résolution non-contraignante sur le sujet appelant la Commission à faire de nouvelles propositions législatives en la matière. 

Réactions

« On transporte des animaux dans des conditions scandaleuses simplement parce qu'il faut du cochon abattu à Parme pour faire du jambon de Parme ; ou parce que l'abattage des poulets en Pologne présente un coût très faible. Un tel étiquetage simple indiquant l'origine UE ou non permettrait d'éviter cela » a assuré l'élue Anja Hazekamp, élue du Parti pour les animaux, qui siège avec la GUE.

Contexte

Le 17 décembre 2013, la Commission européenne a soumis un rapport au Parlement et au Conseil sur les conséquences probables d'une loi obligeant les producteurs à indiquer le pays d'origine ou de provenance de la viande utilisée dans les plats préparés.

Les eurodéputés estiment qu'entre 30 et 50 % de la viande produite dans les pays européens est transformée pour la production de viande hachée et de préparations à base de viande.

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