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17/01/2017

La Commission a-t-elle un problème avec l’alcool ?

Santé & Modes de vie

La Commission a-t-elle un problème avec l’alcool ?

Sans action de la Commission, le secteur de la bière a pris des engagements volontaires pour l'étiquetage de ses boissons, mais toutes les industies de l'alcool n'ont pas suivi.

Crédit : [Thomas Hawk/ flickr.com]

Exclusif. La Commission européenne a une nouvelle fois reporté la publication d’un rapport sur l’alcool. L’inscription des ingrédients et des calories sur les bouteilles de vin pose visiblement problème.

Le rapport sur l’étiquetage des boissons alcoolisées était censé être adopté en décembre 2014, mais a été repoussé à « fin 2015 » par la Commission.

Le problème, c’est que d’autres priorités ont encore retardé les avancées sur ce sujet délicat, a déclaré un porte-parole de la DG Santé de la Commission à EurActiv. Jusqu’à présent, seules des discussions avec les États membres ont été menées, ainsi que des recherches bibliographiques.

« La Commission tente de se conformer à l’obligation légale d’adopter ce rapport, mais une date précise ne peut pas encore être communiquée », a déclaré le porte-parole.

>> Lire : L’industrie de la bière frustrée par le retard de la Commission sur l’étiquetage de l’alcool

Paul Skehan, directeur général de SpiritsEurope, qui représente l’industrie des spiritueux à l’échelle de l’UE, a déclaré à EurActiv que l’industrie attendait le rapport, mais qu’il comprenait les difficultés auxquelles faisait face la Commission pour soumettre un rapport et des recommandations pertinents.

« Pour nous, le délai du rapport est beaucoup moins important que la qualité des recommandations finales qu’il contiendra. Il est important que la Commission soumette une bonne proposition qui ne réduira pas en miettes les années de campagnes d’information du consommateur que nous avons bâti pour promouvoir une consommation responsable », a-t-il affirmé.

Les boissons alcoolisées sont actuellement exclues de la règlementation sur l’étiquetage car les législateurs ne sont pas parvenus à s’accorder sur une définition des fameux « prémix », c’est-à-dire les boissons contenant un mélange d’alcool et de jus ou de soda. La Commission européenne avait jusqu’à décembre 2014 pour définir les prémix, ou « alcopops », et pour émettre un rapport sur le cas des boissons alcoolisées dans le cadre du règlement.

Cette année, certaines industries ont réagi au retard de publication du rapport en décidant de fournir volontairement ces informations aux consommateurs, mais avec diverses approches. 

Alors que le secteur de la bière annonçait en mars son intention de lister les ingrédients et les informations nutritionnelles sur leur produit, pour 100 ml, le secteur des spiritueux déclarait cet été qu’il afficherait la valeur calorique par boisson standard (et non pour 100 ml), mais aussi sur une sélection aléatoire de boissons disponibles sur le marché.

« En attendant le rapport de la Commission sur l’étiquetage énergétique et des ingrédients, nous voulons fournir des informations pertinentes et compréhensibles aux consommateurs », a affirmé Paul Skehan.

Forum annulé

L’étiquetage n’est pas le seul domaine pour lequel la Commission reste inactive sur l’alcool.

En mai dernier, le commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, expliquait qu’il était peu probable que l’exécutif européen publie une autre stratégie sur la manière dont les États membres devraient s’attaquer aux dommages liés à l’alcool depuis que la précédente stratégie a expiré en 2012.

Cette déclaration a poussé vingt organisations pour la santé publique à quitter le forum européen « Alcool et santé » (EAHF), une plateforme de parties prenantes, en juin.

>> Lire : Les ONG de la santé claquent la porte du forum «Alcool et santé»

Ce mois-ci, les membres restants de l’EAHF ont reçu une lettre de la Commission les informant de l’annulation de la séance plénière de novembre. C’est la première fois depuis la création du Forum en juin 2007 qu’une réunion est annulée.

L’industrie a exprimé son regret quant à l’annulation. « L’UE doit continuer et accélérer son travail pour réduire les dommages causés par l’alcool », a déclaré Malte Lohan, directeur des affaires internationales du plus grand brasseur au monde, AB InBev.

Citant un récent rapport du Parlement, Malte Lohan confirme que travailler avec toutes les parties prenantes permet souvent d’opérer plus de changements, et plus rapidement que les lois.

Le porte-parole de la DG Santé a affirmé que la Commission souhaitait continuer à rencontrer régulièrement tous les acteurs du secteur, mais que la forme que prendraient ces réunions importait peu.

« En ce qui nous concerne, l’EAHF ne nous apporte aucune valeur ajoutée », a estimé Mariann Skar, secrétaire générale d’Eurocare, une des ONG qui était partie du forum. « Nous avons perdu toute foi et confiance en l’industrie des boissons alcoolisées et ses bonnes intentions », a-t-elle affirmé.

Mariann Skar a également souligné que si le secteur brassicole avait pris des engagements significatifs en termes d’étiquetage des ingrédients, d’autres secteurs n’ont non seulement pas emboité le pas, mais ont critiqué cette décision.

Selon elle, lors des premières réunions de l’EAHF, l’industrie avait reconnu que sponsoriser des événements tels que la Formule 1 était inapproprié. Pourtant, lors du Grand Prix F1 de Monaco en 2014, les téléspectateurs pouvaient observer en moyenne 11 références à des marques d’alcool par minute.

Même si l’EAHF ne fonctionne plus, la secrétaire générale d’Eurocare reste confiante sur le fait que les ONG et la Commission trouveront un terrain d’entente pour éviter et réduire les dommages liés à l’alcool.

Contexte

Après trois ans de négociations, les législateurs de l’UE ont adopté un nouveau règlement sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires en 2011.

La nouvelle loi, entrée en vigueur en décembre 2014, vise à aider les consommateurs à faire des choix informés et plus sains sur les produits alimentaires qu’ils achètent.

Les exploitants du secteur alimentaire ont trois ans pour s’adapter aux nouvelles règles, à compter du 13 décembre 2014.

Par ailleurs, les nouvelles règles obligatoires concernant les informations nutritionnelles, telles que la valeur énergétique, les matières grasses, les graisses saturées, les glucides, le sucre, les protéines et le sel, qui devront être détaillées au dos du produit par 100 grammes ou millilitres, ne s’appliqueront qu’à partir du 13 décembre 2016.

Les boissons alcoolisées ne sont toujours pas intégrées dans la nouvelle loi européenne sur l’étiquetage des aliments. 

Prochaines étapes

  • 13 décembre 2016 : Des règles obligatoires sur la déclaration nutritionnelle s’appliqueront aux produits alimentaires et aux boissons non alcoolisées en Europe.