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27/08/2016

La fin des quotas de sucre pourrait favoriser…l’obésité

Santé & Modes de vie

La fin des quotas de sucre pourrait favoriser…l’obésité

Le diabète est la quatrième cause de décès en Europe. [Shutterstock]

En 2017, le marché du sucre sera entièrement libéralisé au sein de l’UE. Ce qui pourrait provoquer une explosion des cas d’obésité et de diabètes selon certains chercheurs, qui craignent que l’UE soit inondée de sirop de maïs

Le sirop de maïs à haute teneur en fructose est largement utilisé outre-Atlantique, car il est moins cher que la betterave et le sucre de canne. Il est en outre plus sucré au goût et aussi plus facile à exploiter. Son utilisation a été jusqu’à maintenant limitée au sein de l’UE par des quotas, mais cette situation pourrait bien changer en 2017 avec la libéralisation du marché européen du sucre.

« C’est vraiment une mauvaise nouvelle » a commenté Per Bendix Jeppesen, chercheur sur l’obésité et le diabète à l’Université danoise d’Aarhus, à la chaîne danoise DR. « il est bien connu que [le recours au sirop de maïs] a provoqué une véritable épidémie d’obésité aux États-Unis depuis qu’il a été introduit. Nous l’avons testé sur des rats, et ce type de sucre augmente le risque de contracter une maladie du foie et de développer du diabète » a-t-il poursuivi.

Le chercheur craint que l’industrie européenne se précipite dans le futur sur le sirop de maïs pour édulcorer les aliements. « Pourquoi ne le ferait-elle pas ? Après tout, le sirop de maïs est à la fois moins cher et plus facile à utiliser » a-t-il commenté.

Un produit très dangereux

Selon lui, le problème est que le sirop de maïs est principalement constitué d’un type de fructose monosaccharide qui est déjà  déjà raffiné. Par conséquent, il va directement dans le sang. Même s’il existe en quantité infime dans les gâteaux, ce type de sucre peut devenir dangereux s’il est utilisé dans les boissons, car ce sont des produits consommés en grande quantité, a expliqué le chercheur danois.

En 2017, l’Organisation commune des marchés dans le secteur du sucre de l’Union mettra un terme aux quotas fixés par pays, et aussi au soutien des prix du marché, ce qui permet actuellement aux producteurs d’écouler leurs stocks non vendus à un prix minimum garanti par l’UE.

Les quotas sur le sucre dans le viseur de l’OMC

Le système actuel a été remis en question en 2006, quand l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a posé une restriction sur le sucre européen, à la suite de plaintes de plusieurs pays producteurs accusant l’UE de dumping.

En vue de mettre fin à ces restrictions, l’UE a alors annoncé qu’elle réformerait le marché de l’industrie sucrière européenne en 2015, date qu’elle a repoussée par après à 2017.

En ce qui concerne la levée des quotas sur le sucre, l’Association danoise des diabétiques demande à l’UE « d’appuyer sur la pédale de frein à la place de celle sur l’accélérateur ». Elle demande aussi que des études en profondeur soient menées sur le sirop de maïs à haute teneur en fructose avant de libéraliser son exploitation.

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Le sirop de maïs, inconnu au bataillon

L’eurodéputée sociale-démocrate Christel Schaldemose, membre de la commission parlementaire de l’Environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI), a déclaré ne pas avoir eu connaissance jusqu’à ce jour du sirop de maïs.

« Si le chercheur a raison, alors cette situation est vraiment inquiétante. La dernière chose dont a besoin dans l’UE est d’avoir encore plus de citoyens touchés par le diabète » a commenté l’eurodéputée danoise. Elle a ajouté qu’elle demanderait à la Commission européenne si celle-ci était au courant du sirop en question et le cas échéant ce qu’elle comptait faire pour gérer ce produit.

EurActiv à chercher à solliciter FoodDrinkEurope, mais l’association des industriels du secteur alimentaire a refusé de faire tout commentaire.

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Contexte

Toutes les deux minutes, un citoyen européen meurt des suites de maladies liées au diabète, selon le European Diabetes Leadership Forum (EDLF), une organisation qui est à l’origine de l’entreprise pharmaceutique danoise Novo Nordisk, dont l’objectif est mettre en haut du calendrier de la santé publique la question du diabète.

Quelque 50 % des personnes touchées par le diabète meurent d’une maladie cardiovasculaire. Le diabète est ainsi la quatrième cause la plus importante de décès en Europe, selon les chiffres de l’EDLF. Environ 10 à 20 % meurent d’une défaillance rénale, quelque 10 % développent de graves troubles visuels et 50 % souffrent d’une neuropathie diabétique, selon l’organisation.

Le diabète est provoqué par un manque d’insuline, induit par une production insuffisante de sucre dans le sang par le pancréas. Cette maladie peut être également causée par une résistance à l’insuline, c’est-à-dire quand le corps rejette l’insuline produite par le pancréas.

Prochaines étapes

  • 2017 : réforme du secteur de l’industrie sucrière

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