La France étudie la mise en place d’un code couleurs pour les aliments

Un projet de loi propose de simplifier l’étiquetage des produits alimentaires grâce à la mise en place d’un code couleur. Une mesure qui vise à lutter contre la « malbouffe » en permettant au consommateur d’identifier rapidement les produits trop gras, trop sucrés ou trop salés.?

Simplifier la vie des acheteurs en leur permettant de juger au premier coup d’œil la qualité des produits alimentaires proposés, l’idée n’est pas nouvelle mais pourrait faire son chemin en France.

Dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la Santé, qui a débuté le 31 mars à l’Assemblée nationale, l’application d’un code couleur classant les produits alimentaires en fonction de leur qualité nutritionnelle va être discutée. 

Ce code de couleur, proposé fin 2013 par le professeur Serge Hercbergprésident du Programme national nutrition santé, permet de classer les produits sur une échelle de cinq pastilles allant du A vert, produit équilibre, au E rouge, produit trop salé, trop sucré ou trop gras. 

En plus de permettre aux consommateurs de repérer facilement les aliments trop gras, trop salés ou trop sucrés, ce système aidera les citoyens de s’éduquer à une alimentation plus équilibrée. Il permettrait ainsi de réduire l’obésité et les maladies cardio-vasculaires, deux conséquences liées aux mauvaises habitudes alimentaires. 

Pour Europe Écologie les Verts (EÉLV), « cet étiquetage est primordial : pour la santé des consommateurs, pour l’éducation à l’alimentation des enfants mais aussi pour limiter le coût pour la Sécurité sociale de toutes les maladies chroniques liées à l’alimentation – telles que l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, certains cancers ou les problèmes dentaires ».

Une proposition qui fâche l’industrie

Si le projet de loi est adopté, l’industrie agroalimentaire pourrait être obligée d’apposer ces pastilles sur tous les produits préparés. Une mesure jugée essentielle par le milieu scientifique et les associations de consommateurs, mais qui fâche l’industrie.

« Nous avons toujours été favorables à l’idée de poursuivre le travail d’amélioration de l’information des consommateurs et avons affirmé publiquement notre opposition aux dispositifs reposant uniquement sur un code couleurs », explique Jean-Philippe Girard, président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA).

L’association craint que certains produits se retrouvent stigmatisés. « L’équilibre alimentaire d’un individu ne peut pas se réduire à une pastille de couleur sur un produit. Ces systèmes de notation nutritionnelle ignorent les déterminants fondamentaux d’une alimentation équilibrée que sont la prise en compte de la taille de la portion consommée, le moment de consommation, la fréquence et surtout les associations d’aliments au cours d’un repas », souligne l’ANIA dans un communiqué de presse.

Fin février, l’association de consommateurs Que Choisir a publié une simulation de ce qu’indiqueraient ces pastilles pour 300 produits. En pratique, le système révèle des disparités inattendues entre des produits du même type mais de marques différentes, et permet de rationaliser les allégations parfois exagérées des producteurs.

Les règles européennes

Confrontée à l’augmentation de l’obésité et d’autres maladies chroniques liées à l’alimentation, l’Europe et ses membres se penchent depuis un moment déjà sur l’étiquetage des aliments. L’UE a ainsi introduit des mesures obligeant notamment les industriels à mentionner la présence possible d’allergènes. Depuis juillet 2007, un règlement européen régit également les allégations nutritionnelles et de santé, telles que « à faible teneur en matières grasses », « aide votre corps à lutter contre le stress » ou « purifie votre organisme ».

>> Lire : La nouvelle loi sur l’étiquetage des aliments fait débat

De nouvelles règles d’information des consommateurs sur les denrées alimentaires vont par ailleurs entrer en vigueur à partir de décembre 2016. La valeur énergétique des aliments, les quantités de lipides, d’acides gras saturés, de glucides, de sucres, de protéines et de sel (pour 100 g ou 100 ml ou par portion) devront être clairement indiquées sur l’étiquette, 

Des informations qui ne sont pas toujours très claires pour le consommateur, selon le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), qui estime qu’il faudrait élaborer une signalisation facile à lire et à comprendre pour tous. L’idée d’un code de couleur n’avait pourtant pas convaincu les eurodéputés, qui avait rejeté cette proposition en 2010.

>> Lire : Les législateurs de l’UE rejettent le système de code de couleurs pour les étiquettes alimentaires (mars 2010)

L’exemple britannique

Le système du code couleur a pourtant déjà fait ses preuves au Royaume-Uni, où il a été adopté de façon volontaire et après quelques adaptations par les entreprises du secteur alimentaire. Le système des feux tricolores est basé sur une proposition de l’agence britannique de sécurité sanitaire de l’alimentation, soucieuse du nombre de citoyens touchés par l’obésité. Les teneurs en sel, en sucre et en graisse des aliments sont mis en évidence sur les étiquettes, en vert, jaune ou rouge, afin que le consommateur puisse juger sans effort de la qualité nutritionnelle des produits.

Ce système ne fait toutefois pas l’unanimité. L’organisation Foodwatch a ainsi dénoncé son application, estimant que les seuils de sucre tolérés par ce système sont trop favorables aux industriels. De fait, ils ne s’appuient sur aucun besoin journalier, et a été élevé lors des négociations avec les lobbys de l’industrie, passant des 12,5 g par 100 g initiaux à 22,5 g sur 100 g.

L’organisation souligne aussi les possibles retombées en termes de privatisation des soins de santé, un sujet particulièrement sensible outre-Manche : puisqu’ils sont à présent mieux informés, les citoyens devraient se nourrir mieux, et ce sera donc de leur faute s’ils sont obèses et ont besoin de soins spécifiques, qui ne seraient donc plus pris en charge par l’État.

Malgré ces problèmes, l’exemple du Royaume-Uni est édifiant. Non seulement le code couleur facilite les choses pour les consommateurs et leur permet d’acheter mieux, mais il encourage donc aussi les producteurs de plats préparés et autres produits transformés à modifier leurs recettes pour les rendre plus saines.

>> Lire aussi : L’industrie de la bière frustrée par le retard de la Commission sur l’étiquetage de l’alcool

Réactions

Europe Écologie les Verts soutient fermement la ministre Marisol Touraine, qui défend cette mesure : « cet étiquetage est absolument indispensable à une correcte information des consommateurs. Ils permettent d’éviter les pièges marketing comme les produits minceur qui sont en fait plein de sucres ou les produits équilibrés bourrés de graisses saturées ».

« L’intérêt général dictait que ces étiquetages deviennent obligatoires. Les industriels souhaitent qu’ils soient facultatifs. Pourquoi lutter si intensément contre sauf à vouloir masquer des stratégies marketing fallacieuses dans le seul but de tromper les consommateurs ? », s’interrogent les Verts.

Contexte

L’hygiène de vie et les mauvaises habitudes alimentaires des Européens entraînent de plus en plus de cas d’obésité et de maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires ou le diabète.

Selon l’OMS, en Europe, l’obésité a doublé entre 1980 et 2010. Un rapport de l’OCDE indique que plus de la moitié des adultes sont en surpoids dans les pays de l’OCDE. Ce phénomène touche également de plus en plus les enfants.

Un problème bien réel, puisque toutes les quatre minutes, un citoyen européen meurt des suites de maladies cardiovasculaires liées au diabète, selon le European Diabetes Leadership Forum (EDLF).

Face à ce constat et à la facture salée qu’il représente pour les systèmes de santé, l’UE et les États membres tentent de mettre en place des stratégies permettant de mieux informer les citoyens quant à l’importance d’une alimentation saine et équilibrée et de limiter leur consommations de produits trop gras, trop sucrés ou trop salés.

Prochaines étapes

  • 13 décembre 2016 : date limite pour la mention des valeurs énergétique sur les étiquettes alimentaires.